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L'Usine Aéro

Airbus en Chine : un pari presque gagné

Hassan Meddah , , ,

Publié le

Analyse La société chinoise de leasing ICBC vient de passer une commande de 50 appareils A320 pour une valeur de 3,5 milliards de dollars. Une simple commande de plus dans le carnet d'Airbus qui compte déjà près de 3500 monocouloirs à livrer ? Pas seulement.

Airbus en Chine : un pari presque gagné

Cette dernière commande de rentrée ravit à plus d'un titre les dirigeants d'Airbus. Il s'agit d'une part du premier contrat siginificatif qui a suivi le gel des achats imposé par les autorités chinoises pour protester contre la taxe carbone européenne. D'autre part, il s'agit du premier contrat local décroché pour la version remotorisée de l'A320, l'A320neo commandé en 20 exemplaires.

Cet achat tend surtout à valider la pertinence du choix d'Airbus de s'implanter industriellement en Chine. Pourtant l'affaire n'était pas gagnée quand la décision fut prise en 2005 à l'occasion de la visite du dirigeant chinois Wen Jiabao en France. Les observateurs notaient les risques d'une telle décision : délocalisation sauvage au détriment de l'Europe, espionnage industriel, accélération de la montée en puissance d'un futur concurrent... D'ailleurs, Boeing n'a pas pris cette option et continue d'assembler tous ses 737 dans son usine de Renton aux Etats-Unis.

Pour Airbus, le succès est d'abord commercial. Aujourd'hui l'avionneur européen revendique faire jeu égal avec Boeing sur le marché le plus dynamique au monde. Or en 1985, il vendait son premier A310 à la compagnie China Eastern Airlines. Plus de 25 plus tard, ce sont plus de 800 avions Airbus, opérés par une quinzaine de compagnies locales, qui ont été mis en service dans le ciel chinois.

L'enjeu est d'autant plus important que la Chine représente déjà 20% des livraisons au niveau mondial . Et l'avenir s'y annonce radieux. Selon les études, le pays sera le deuxième plus important acheteur d'appareils civils de plus de 100 places, juste derriète les Etats-Unis sur les vingt ans à venir. Soit un marché de plus de 4000 avions pour un montant dépassant les 500 milliards de dollars sur la période 2011-2030.

Le succès industriel est en voie d'être gagné. L'usine de Tianjin, qui est un copier-coller de celle d'Hambourg, voit sa production grimper d'année en année : 11 appareils assemblés en 2009, 26 en 2010, 36 en 2011. Elle assemble actuellement les tronçons du 100eme modèle. Et elle en assemblera encore beaucoup plus puisque Airbus et Pékin viennent de conclure un accord de principe pour prolonger l'activité de l'usine de Tianjin au delà de 2016. Selon l'avionneur européen, les modèles produits sur le site chinois sont au même niveau de qualité que sa production occidentale.

Cela ne s'est pas fait au détriment des emplois en Europe où Airbus a prévu cette année d'embaucher 4000 salariés. Toutefois, en assemblant seulement 4 appareils par mois, l'usine est largement sous-exploitée. En comparaison, Hambourg assemble plus de 20 avions par mois.

1200 salariés hautement qualifiés

Quid également du partage de la production des futurs A320 entre les multiples lignes d'assemblage du groupe : Toulouse, Hambourg, Tianjin et... Mobile dans l'Alabama américain où Airbus a décidé de s'implanter ?

Il faudra encore quelques années pour qualifier de succès définitif ou non l'implantation d'Airbus en Chine. Et notamment voir qui d'Airbus ou de Boeing résistera le mieux à la montée en puissance d'AVIC. Cet avionneur chinois a l'ambition de lancer le C1919, un appareil d'une capacité maximale de 190 places pour concurrencer l'Airbus 320 et le Boeing 737.

Or, avec son implantation en Chine, Airbus a pris le risque de favoriser la montée en puissance de l'industrie chinoise. Outre sa ligne d'assemblage à Tianjin, l'avionneur européen a en effet développé en Chine un véritable base de compétences aéronautiques: un centre d'ingénierie à Pékin, un centre logistique à Tianjin, une usine de fabrication de pièces composites à Harbin, des unités de support technique dans les principales villes du pays (Xi'an, Chengdu, Shenzhen...)....Soit au total 1200 salariés hautement qualifiés.

Mais Airbus n'est pas le seul. Les équipementiers fournisseurs de Boeing et d'Airbus sont des partenaires précieux pour AVIC. Le C919 chinois sera équipé de moteurs GE/Safran, de systèmes électriques d'Hamilton Sundstrand, des commandes de vol d'Honeywell, des trains d'atterrissage de Liebherr...

Par ailleurs, le canadien Bombardier commence à partager une large partie de son savoir faire technique et commercial d'avionneur avec Avic en espérant s'ouvrir les portes du marché chinois. Avec autant de soutien, l'avionneur local compte lancer son appareil C919 dès 2016 en plein dans le calendrier de lancement de l'A320 NEO.

On verra alors si Airbus sera suffisamment chinois pour les compagnies locales ou si au contraire elles privilégieront leur champion national. Pour Airbus, la bataille du marché chinois ne fait que démarrer.

galerie photo Diaporama

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1 commentaire

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05/09/2012 - 11h51 -

En fait, pour la Chine, il était impératif de construire – au moins – les avions nécessaires à ses liaisons intérieures sur son territoire. La sous-évaluation du Yuan, absolument nécessaire pour maintenir la compétitivité es Chinois, de leur propre aveu, entraine des couts énormes lorsqu’il s’agit d’équiper le pays avec des matériels aussi performants, impossibles jusqu’ici à trouver en low cost, d'autant plus si il faut les payer en euros. Un ingénieur chinois me confiait, il y a peu : « la Chine doit fabriquer un milliard de paires de chaussures pour acheter un Airbus»…
Fallait-il se presser pour autant, à leur confier un tel savoir-faire? Les américains, eux, n'ont pas joué à ce jeu-là: ils préfèrent faire pression pour que Yuan soit évalué à sa juste valeur...
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