L'Usine Santé

Air Liquide et le ministère de la Santé font bloc face à la polémique sur le projet 10000 respirateurs

Julien Cottineau , , , ,

Publié le

Des enquêtes du Point et de Radio France estime que 8500 des 10 000 respirateurs produits par le consortium Air Liquide, PSA, Valeo et Schneider Electric et commandés par l’Etat, sont inadaptés pour les malades graves du Covid-19. Le ministère des Solidarités et de la Santé dénonce la polémique et certifie, comme Air Liquide, que le modèle incriminé peut bien répondre à l’urgence.

Air Liquide et le ministère de la Santé font bloc face à la polémique sur le projet 10000 respirateurs
La France devrait disposer à fin juin de 15 000 respirateurs lourds de réanimation et de 15 000 respirateurs d'urgence et de transport.
© Air Liquide

C’est une polémique dont se seraient bien passé l’Etat et les quatre industriels engagés dans le projet de construire en France 10 000 respirateurs en 50 jours pour couvrir les besoins d’urgence de prise en charge des cas graves de Covid-19. Selon deux enquêtes, l'une du Point et l'autre de la cellule investigation de Radio France, 8 500 respirateurs inclus dans cette commande d’urgence de l’Etat seraient "inadaptés aux malades du Covid-19". En l’occurrence pour traiter les malades en réanimation lourde, selon l’avis de plusieurs médecins anesthésistes réanimateurs interrogés dans le cadre de cette enquête.

Dans un tweet, Olivier Véran, le ministre des Solidarités et de la Santé a fustigé que l’heure n’était "pas aux polémiques vaines et malvenues". Un communiqué co-signé avec le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, dénonce aussi une "polémique sur les prétendus excès de moyens engagés par le gouvernement pour protéger les Français".

Usage en service de réanimation validé

De son côté, Air Liquide ne commente pas directement mais a, également dans un tweet, défendu son modèle incriminé. Le groupe assure qu' "Osiris est un ventilateur qui permet l’assistance respiratoire des patients #Covid19 intubés en situation de transport et en unités de réanimation étendues. Rapide à fabriquer et facile à utiliser par les soignants, il répond à l'appel de l’État dans un contexte d'urgence". Le communiqué ministériel abonde dans ce sens, en précisant, à propos de ce modèle, qu’il "s’agit de respirateurs d’urgence et de transport bénéficiant de toutes les certifications utiles" et que leur "usage en service de réanimation, en cas d’indisponibilité de respirateurs plus lourds et en dernier recours, avait été validé par les deux sociétés savantes françaises de réanimation".

Air Liquide et le ministre de la Santé reconnaissent ainsi à demi-mots que le modèle Osiris incarne peut-être plus une réponse jugée conforme et utile à une urgence sanitaire qu’un équipement médical totalement approprié à la prise en charge habituelle d’un malade du Covid-19 en détresse respiratoire aigüe nécessitant une prise en charge lourde et longue en réanimation. Donc pas inadapté mais moins adapté que l’autre modèle, le T60, qui sera produit à 1500 exemplaires dans le cadre du consortium.

Quantité de respirateurs supérieure aux besoins

En France, face à l’épidémie, le nombre de lits de réanimation a été presque doublé dans le pays, avec presque 10 000 lits équipés. Et au plus fort de la crise épidémique ces dernières semaines, les malades du Covid-19 en état grave ont occupé un peu plus de 7000 lits. Le ministère des Solidarités et de la Santé indique par ailleurs que d’ici la fin juin, soit avec la contribution du projet industriel des 10 000 respirateurs en 50 jours, 15 000 respirateurs de réanimation et 15 000 respirateurs d’urgence et de transports seraient disponibles dans le pays. Soulignant que cela représenterait une "quantité supérieure aux besoins exprimés et anticipés" et que cela pourrait même permettre "de mobiliser un certain nombre de respirateurs au profit des partenaires de la France à l’international".

Situation catastrophique sans confinement

Dans une étude datée du 22 avril, l’équipe Recherche en pharmaco-épidémiologie et recours aux soins (Reperes), une unité de recherche du CHU de Rennes et de l’Ecole des hautes études en santé publique) a publié des chiffres qui mettent en relief cette notion d’urgence et de besoin. Et qui valide les bienfaits du confinement en décrivant une situation qui aurait pu être totalement catastrophique. Selon les projections, entre le 19 mars et le 19 avril, sans confinement, près de 15 millions de personnes auraient été touchées par le Covid-19 en France, soit 23% de la population. Ce qui aurait généré 587 730 hospitalisations et 140 320 admissions en unité de soins intensifs. De quoi totalement déborder le système de santé. Enfin, selon l’étude, cela aurait conduit au décès de 61739 personnes rien qu’en milieu hospitalier.

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