Air France, la grève de février qui prépare l'affrontement de l'été

Au lendemain d'un conflit plus ou moins bien suivi selon les catégories de personnel au sein de la compagnie aérienne, se pose toujours la nécessité de réformer l'entreprise pour l'adapter à la concurrence. Avec un chantier de taille : renégocier les accords collectifs d'Air France.

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Air France, la grève de février qui prépare l'affrontement de l'été

En pleine grève sur le service minimum dans l'aérien, dont le texte passera au sénat le 15 février, Alexandre de Juniac, le PdG d'Air France a fait part de son intention de dénoncer l'ensemble des accords collectifs de l'entreprise. Cette décision sera officialisée lors du Comité central d'entreprise qui se tient ce vendredi 10 février.

Les salariés d'Air France, veulent montrer les dents avant une rénégociation qui risque de modifier leurs conditions de travail. Anonymement, un mécanicien confie même "se réserver sur ces journées de grève actuelles en prévision d'un prochain conflit, plus dur".

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La décision du Pdg n'est pas anodine. Si, comme le confirme Emmanuelle Rivez-Domont, avocate chez Jones day, "les signataires d'un accord collectif peuvent librement le dénoncer, hors conditions particulières de date anniversaire, c'est une mesure que l'on ne prend pas à la légère. Il faut avoir des arguments économiques de poids pour affronter les partenaires sociaux de l'entreprise." Et ces arguments, le PdG d'Air France en a plein sa banette.

Les pertes d'exploitation de l'entreprise ont dépassé 500 millions d'euros en 2011 et l'impératif est de faire 2 milliards d'économie d'ici à 2014. Le gel des embauches et des salaires a déjà été annoncé pour 2012 et 2013.

La direction veut désormais s'attaquer à un modèle social jugé "dépassé. Construit à un moment où nous ne faisions pas face à la même concurrence qu'aujourd'hui des compagnies low cost sur les courts et moyens courriers, ni les compagnies du golf sur les longs courriers" a déclaré Alexandre de Juniac dans une vidéo interne aux salariés.

Règles de fonctionnement, de productivité, de compétitivité, emplois et évolutions coûts salariaux tout va y passer. Pour les salariés actuels, plus que les salaires eux-mêmes, ce sont le temps et les conditions de travail qui devraient être revu.

Selon une enquête publiée par l'hebdomadaire Challenges du 2 février dernier, il y aurait "52 navigants par avion sur Air France et 47,5 à Lufhtansa". En cause moins de personnel à bord et des temps de récupération différents.

La nécessité d'aller vite

Il y a encore quelques mois, les A319 d'Air France était composés de 4 stewards ou hôtesses contre 3 chez Lufhtansa, le minimum de personnel autorisé par la réglementation aérienne pour assurer la sécurité des vols. Quant aux pilotes, toujours selon le document publié par Challenges, ils voleraient 545 heures par an contre 596 heures dans la compagnie allemande.

Parmi, les accords dénoncés, il y a aussi celui du recrutement et de l'utilisation du personnel naviguant commercial (PNC) de nationalité étrangère à l'UE. Il limite actuellement ces PNC à 8 % de l'effectif et oblige l'employeur à utiliser des contrats de droit français.

Avec le développement dans les pays d'Asie ou d'Amérique du Sud, certains observateurs craignent l'embauche d'un personnel naviguant basé localement, dont les coûts sociaux seront bien évidemment très différents. Comme le font déjà les compagnies low cost…

Comment va se passer la négociation ? Alexandre de Juniac, l'affirme aux salariés : il veut aller vite et souhaite terminer les négociations avant l'été. La loi prévoit elle que lors de la dénonciation d'un accord collectif, ce qu'on appelle le délai de survie de l'accord est de 15 mois.

C'est donc le temps maximum pendant lesquels pourrait traîner les choses. Mais direction, comme salariés savent que la situation économique ne leur permet pas de tels atermoiements. On peut sans doute s'attendre à un conflit dur pour arracher des concessions de part et d'autres. Un moyen de clore le dossier plus rapidement plutôt que d'alimenter un long mouvement perlé de plus d'un an qui risquerait de plonger l'entreprise dans une crise encore plus grave.

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