AGROALIMENTAIRENOUVELLE DONNE DANS LE SUCRELa reprise par Eridania Béghin- Say du sucre de Navigation mixte signe la prééminence du groupe franco-italien. Alors que le pôle concurrent, Eurosucre, est en perte de vitesse depuis deux ans.

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NOUVELLE DONNE DANS LE SUCRE

La reprise par Eridania Béghin- Say du sucre de Navigation mixte signe la prééminence du groupe franco-italien. Alors que le pôle concurrent, Eurosucre, est en perte de vitesse depuis deux ans.

La cession de la très rentable Compagnie française de sucrerie (2,2 milliards de ventes, 10 % de marge nette) par Paribas entame le démembrement de Navigation mixte dans son giron depuis juin 1995. Elle marque surtout un nouvel équilibre dans le paysage sucrier français, régi par le très strict système des quotas. Et signe la suprématie d'Eridania-Béghin-Say, qui s'adjuge désormais 36 % du quota français.

Chef de file de l'opération, le groupe franco-italien aura dû toutefois faire quelques concessions, sous la pression du ministre de l'Agriculture, qui exigeait qu'une part revienne aux coopératives. Après avoir signé l'accord définitif (fin juin) et acquis la CFS pour 3,5 milliards de francs, Eridania Béghin-Say rétrocédera donc, contre paiement, 52 % de sa proie. Un tiers revenant à Générale sucrière (GS), filiale de Saint-Louis, les deux autres tiers aux coopératives Union-SDA, d'une part, et Bazancourt, Arcis-sur-Aube, Corbeilles-en-Gâtinais, Sucreries Distilleries des Hauts-de-France de l'autre.

62 % des quotas français aux mains de trois groupes

Sur le plan industriel, les cinq usines - toutes en bon état - de la CFS, celle de Vauciennes (Oise) et de Villenoy (Seine-et-Marne) iront rejoindre EBS. Lui permettant de renforcer son pôle industriel à l'est de Paris, où il exploite notamment l'usine de Connantré (Marne), la plus grosse sucrerie de betterave au monde. Les betteraves ne pouvant guère, pour des raisons de coûts, voyager plus de 50 kilomètres, disposer, comme ce sera le cas, de six usines dans un rayon de moins de 100 kilomètres est évidemment un gros avantage pour le groupe. Pour la même raison, Générale sucrière se trouve dotée de l'usine de Marle (Aisne), encadrée par quatre de ses sucreries. La coopérative Union SDA récupérant le site de Bucy-le-Long (Aisne), entouré, là encore, de trois de ses usines. Ce " Yalta " industriel survient alors que le paysage commercial sucrier a récemment évolué, notamment en raison des tensions apparues ces deux dernières années au sein de Sucre Union. Ce regroupement de sucreries indépendantes, qui s'était associé, en 1991, avec Générale sucrière (GS) pour créer la société commerciale Eurosucre (marques Saint-Louis, Daddy, Sol...) a vu certains de ses adhérents contester ses choix. Jusqu'à quitter le navire. Cela a été le cas de Vermandoise Industrie, la plus grosse des sucreries indépendantes privées (10 % du quota) et de la CFS, qui, en conflit avec la GS - actionnaire à 65 % d'Eurosucre - confiait, fin 1994, plus de la moitié de sa commercialisation à Béghin-Say, lui donnant alors une carte maîtresse pour aujourd'hui emporter la mise. Cette situation nouvelle, " liée notamment à la retraite du dirigeant paysan Alain Delaunoy, fondateur de Sucre Union, et au décès accidentel, début 1995, de Max de la Giraudière, patron de Générale sucrière ", selon un professionnel, a contracté la part de marché d'Eurosucre, passée de 58 % à 36 % (avant opération CFS). Résultat : le poids commercial de Béghin-Say égalait celui d'Eurosucre, même avant la reprise de la CFS. Et la filiale d'EBS est en bonne position pour tirer parti de toute redistribution des cartes. Car, sous ses airs de cartel, la France, premier producteur européen, est l'un des pays de l'Union le moins concentrés, avec 62 % des quotas aux mains de trois groupes (avant opération CFS). Presque partout ailleurs, 100 % des quotas sont contrôlés par moins de quatre sociétés, hormis l'Italie, l'Espagne (93 % revenant à leurs trois leaders), l'Allemagne (76 % aux trois premiers). " La profession va mettre quelques temps à digérer la disparition de la CFS, mais il est fort probable que de nouvelles opérations se joueront ces prochaines années ", note un observateur averti. D'autant que les situations quasi monopolistiques dans le sucre n'ont jusqu'ici guère effrayé Bruxelles. Dans ce contexte plus ouvert qu'il n'y paraît, chacun cherche à prendre position avant la grande échéance à venir : la renégociation, en 2001, du règlement européen " sucre ".

C'est le cas d'un indépendant comme SDA, établi à Origny-Sainte-Benoite (Aisne), qui vient de fusionner il y a quelques mois avec la sucrerie d'Artenay, gonflant ainsi son périmètre des quelque 80 000 tonnes commercialisées jusqu'alors par Eurosucre.USINE NOUVELLE N°2554

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