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AGROALIMENTAIRELa mauvaise graisse d'Auguste CyprienLe fabricant de foie gras haut de gamme n'a pas résisté aux erreurs de management et aux malversations.

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AGROALIMENTAIRE

La mauvaise graisse d'Auguste Cyprien

Le fabricant de foie gras haut de gamme n'a pas résisté aux erreurs de management et aux malversations.



" Blanchiment d'argent en amont, abus de biens sociaux à la sortie ! " L'enquête judiciaire confiée au SRPJ de Bordeaux déterminera les responsabilités des dirigeants d'Auguste Cyprien. C'est que derrière cette petite conserverie de foie gras et de plats cuisinés du terroir, située à Saint-Cyprien (Dordogne) au coeur du Périgord noir, émanent des odeurs de scandale. Entre gestion hasardeuse et holding luxembourgeois, la société installée dans un ancien monastère du XIIe siècle n'y a pas résisté : elle est en redressement judiciaire et affiche une perte d'exploitation de 8,9 millions de francs pour 64 millions de chiffre d'affaires.

En direct de Pologne

Un beau gâchis pour ce fabricant racheté en 1978 par le roi du caviar, Armen Petrossian, qui n'a fait qu'une bouchée de son fournisseur exclusif en foie gras ! Au milieu des années 80, la société travaille pour la grande distribution et fournit Petrossian. Son foie gras mi-cuit truffé pour Petrossian est primé meilleur foie gras du monde en 1987 par Gault et Millaut ! Curieusement, l'entreprise n'en profite guère. Et pour cause : sa ma- tière première ne vient pas du Sud-Ouest mais des abattoirs montés par le " danseur mondain " en... Pologne. " Petrossian nous facturait la ma- tière première au même prix que n'importe quel autre fournisseur. Ce qui l'intéressait, c'était de prendre sa marge à la source. Plus il faisait du volume, plus il gagnait de l'argent en Pologne ", explique cet ex-collaborateur en tout anonymat. Dirigée de Paris par Armen Petrossian, la gestion laisse également à désirer. Sur place, elle ne s'appuie que sur un directeur de production. " Dans le foie gras, on n'improvise pas, on travaille des produits vivants périssables.", estime André Bizac, président du Comité interprofessionel des palmipèdes à foie gras. Bref, le métier n'est pas facile. Et la course aux volumes est tentante. En 1996, avec la hausse du cours du foie gras, la PME enregistre même une perte d'exploitation de 5,8 millions de francs pour 60 millions de ventes. Une dizaine des 70 salariés sont licenciés. " Nous étions dans une totale absence de stratégie. Aucun investissement conséquent n'a été réalisé entre 1994 et 1998 ", se souvient ce salarié. A l'été 1998, Armen Petrossian, en proie à des difficultés dans le caviar, cède pour 7 millions la PME à Selwer. Cette société luxembourgeoise se portera acquéreur sans demander d'audit, ni de garantie de passif ! Avant d'être assignée fin 1999 devant le tribunal de commerce de Paris par Petrossian, qui ne récupérera que 3 millions de la vente. A peine propriétaire, Selwer cède ses parts à Partners Corp., autre société luxembourgeoise ayant des participations aux Etats-Unis et en Asie. " Nous n'avons jamais pu savoir qui étaient vraiment les actionnaires et quels étaient leurs projets ", confie Christel Neyrat, secrétaire du comité d'entreprise. Même topo avec Jean-Charles Pascolini et son fils, Jean-Pierre - déjà impliqué dans plusieurs procédures collectives -, qui débarquent dans l'entreprise en août 1998 comme " représentants des actionnaires ". Très vite, les Pascolini manifestent un appétit féroce et accumulent les erreurs de gestion : relance de la course aux volumes, inflation des participations publicitaires aux grandes surfaces, campagne publicitaire locale de 554 000 francs inefficace, frais de représentation exorbitants... Sans oublier la condamnation de 1 million de francs au profit du groupe agroalimentaire CCA pour concurrence déloyale après le débauchage de six collaborateurs en septembre 1998. A cela, s'ajoute une commission de 120 000 francs par mois versée à Selwer. En novembre 1999, Sylvain Schweighoffer, ex-directeur financier de CCA, est nommé directeur général. Le précédent ayant été remercié après avoir détourné 78 000 francs. Celui-ci tente alors de remettre de l'ordre dans la maison. Trop tard. " J'ai trouvé une entreprise pillée, rongée ", reconnaît-il. Quand cela ne tourne pas au règlement de comptes : en avril 1999, l'entreprise Auguste Cyprien reçoit un arrivage de 13 tonnes de cuisses de canard faisandées livrées par Muller (filiale de CCA). Une affaire aux mains de la justice.

Du canard faisandé

Un beau jour de l'été 1999, nouveau rebondissement : les Pascolini quittent Auguste Cyprien. Pour créer le Canard nantais, un négociant en volailles qui fournira la conserverie. Peu après, le conseil général de Dordogne achète pour 6 millions le bâtiment de l'abbaye. De quoi donner un peu d'oxygène à Auguste Cyprien. Les Pascolini, qui ont consenti des avances de trésorerie à l'entreprise, réclament alors cette somme. Un arrangement est trouvé : le paiement en nature ! En janvier 2000, trois camions quittent l'entreprise remplis de foie gras et de plats cuisinés (valeur : 3 millions de francs). Le quatrième camion, lui, repartira à vide face à l'opposition des salariés. S'estimant victimes de manquements graves à la gestion de leur entreprise, ces derniers ont fini par porter plainte en mars dernier, auprès du procureur de la République de Bergerac.



Les causes

Erreurs de gestion et course aux volumes.

La situation actuelle

Redressement judiciaire le 14 mars, avec période d'observation jusqu'au 13 juin.

Les perspectives

Candidature de reprise de Rougié Bizac pour les plats cuisinés, voire de CCA, ou liquidation judiciaire.



L'entreprise en bref

Activité : fabrication de foie gras et de plats cuisinés.

Siège social : Périgueux (Dordogne).

Principal dirigeant : Felice Di Sanza, président du conseil d'administration.

Actionnaire : Partners Corp., société financière luxembourgeoise.

Chiffre d'affaires 1998-1999 : 64 millions de francs (sur 21 mois).

Effectif : 43 salariés.

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