Agroalimentaire les transferts de technologies vont s'accelerer

La recherche régionale en agroalimentaire reste concentrée dans quelques grandes entreprises qui travaillent avec les laboratoires publics. Les PMI se tournent vers les centres techniques pour trouver les compétences dont elles ont besoin.

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Avec 40 000 personnes travaillant dans l'agroalimentaire, le potentiel industriel de ce secteur est important dans la région. Grâce, en particulier, aux investissements réalisés ces dernières années par de grands groupes étrangers. Mais une infrastructure de recherche ne se bâtit pas toujours aussi vite que des usines. Et si les moyens publics ou privés existent, ils ne sont pas encore capables de répondre à toutes les attentes des industriels. Côté privé, tout d'abord, les effectifs sont là. Mais très concentrés au sein d'une dizaine de grandes entreprises, leaders mondiaux ou européens. Pour une entreprise comme Roquette, numéro 1 mondial des polyols, qui investit chaque année 250 millions de francs pour sa seule activité de recherche-développement, mobilisant 320 techniciens et chercheurs, beaucoup d'autres, à l'image de Gelmer, n'emploient qu'un tout petit nombre de chercheurs. Côté public, " malgré sa qualité, la recherche dans la région demeure sous-représentée, comparée au reste du territoire ", reconnaît Marc Lalande, directeur de l'Inra, qui travaille à la coordination des programmes de recherche en agroalimentaire. Si bien que les grandes entreprises (comme le très discret Lesaffre) sont obligées d'aller chercher hors de la région les compétences techniques dont elles ont besoin. Avec des forces limitées, mieux vaut éviter de se disperser. C'est pourquoi les laboratoires publics, les centres techniques et les deux écoles d'ingénieurs en agroalimentaire se sont entendus sur des thématiques de recherches communes : biotechnologies végétales et qualité hygiénique et organoleptique des produits transformés. De leur côté, les industriels ont mis en place il y a deux ans le Certia Interface, destiné à orienter les actions en matière de recherche en fonction de leurs propres besoins. Les premiers résultats sont là. L'effet de taille aidant, ce sont bien sûr les groupes internationaux qui travaillent le plus étroitement et le plus régulièrement avec les laboratoires publics. C'est le cas de la filiale du néerlandais Gist Brocades, qui produit, à Seclin, des bio-ingrédients et des auxiliaires technologiques. Avec 42 personnes en recherche- développement, l'entreprise s'est appuyée sur les compétences de l'Inra dans le cadre d'un projet européen sur la valorisation de la lécithine et de la biomasse.

Le Cerbia, Le CEVPM et l'Adrianor répondent aux PMI

Le canadien McCain complète également sa recherche propre en collaborant avec des centres techniques qui disposent d'installations pilotes. En amont, un partenariat avec l'école d'ingénieurs ISA a permis de déterminer une mesure objective de la texture des frites en établissant une corrélation entre la mesure rhéologique et l'analyse sensorielle. Théoriquement, la priorité dans les organismes publics est donnée au transfert de technologie en direction des PMI. Mais les laboratoires publics sont peu adaptés aux attentes des petites entreprises, qui se tournent plutôt vers les centres techniques. Dans la région, ils sont trois à se partager les secteurs agroalimentaires : le Cerbia (céréales et dérivés), le CEVPM (produits de la mer) et l'Adrianor, qui prend en charge les autres secteurs. Ces structures légères proposent des analyses, de la formation, du conseil et de la recherche- développement. Ils sont très sollicités par les PMI sur les problèmes liés à la durée de conservation et aux mises aux normes européennes. Un centre comme le CEVPM, à Boulogne-sur-Mer, consacre ainsi 90 % de ses prestations à des activités de recherche-développement. Certaines PMI, comme les Entrées de la mer, lui délèguent l'ensemble de leur activité de recherche- développement. Ce centre est particulièrement précieux pour les nouvelles entreprises qui innovent en exploitant une niche de marché. Ainsi, Pierre-François Beinaert et Benoît Germe, fondateurs de Cap BG, ont validé leur projet de création d'entreprise en testant leur Steak du pêcheur (à base de poisson sans liant artificiel) au CEVPM. De son côté, Friamer, une entreprise en création, a sollicité le centre technique pour la mise au point de son fondant de saumon mariné " à sec ". Obligés de se serrer les coudes pour compenser leurs faiblesses relatives face à d'autres régions, laboratoires et entreprises ont appris à développer des coopérations fructueuses. Même si tout n'est pas toujours parfait. Un extrudeur à froid de pulpe de poisson, mis au point par l'Ifremer en 1994, cherche toujours des débouchés industriels...



Une compétence enviée en matière d'ingrédients

Avec la présence de poids lourds industriels comme Roquette, Cerestar ou Gist Brocades, la région ambitionne une compétence nationale en matière de recherche sur les ingrédients alimentaires. SBI (ex-Sanofi) a ainsi installé à Cambrai son centre européen de développement des ingrédients pour les métiers de la viande. La dernière initiative en date est la création au sein de l'Adrianor d'une cellule spécialisée dans les ingrédients. Jean-François Boudiez, directeur scientifique de la coopération laitière Prospérité fermière et de sa filiale Ingredia (50 personnes), n'est pas étranger à ce développement. A la recherche de nouvelles technologies, en particulier dans le domaine de la microfiltration tangentielle ou de l'ultrafiltration, il est un défenseur du maillage des compétences. Il démultiplie ainsi ses collaborations avec les centres techniques, l'Institut Pasteur, l'Inra, l'Enil de Poligny, ou encore avec l'ISA, avec lesquels il travaille sur les applications pharmaceutiques et alimentaires (nutraceutiques) d'un peptide issu du cracking du lait.

USINE NOUVELLE N°2569

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