Agroalimentaire : Le prix du poulet s'enflamme

Alors que les prix des matières premières s'envolent, les industriels sont parvenus à revoir à la hausse les tarifs en grande distribution, qui vont progresser de 8 %.

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Les amateurs de volaille vont devoir ouvrir plus largement leur porte-monnaie ! En cause, la flambée des cours des céréales, qui se traduit par une hausse des coûts dans les productions animales intensives, grosses utilisatrices de céréales. L'industrie de la volaille, un secteur qui pèse 25 milliards de francs, dont un quart à l'export, est la première touchée. Car 1 kilo de poulet, c'est avant tout 2 kilos d'aliment. " Celui-ci compte pour 70 % dans le coût de revient sortie élevage ", explique Alain Guyonvarch, directeur de recherche de Guyomarc'h Nutrition animale. Travaillant à marge fixe, les fabricants d'aliments ont, ces derniers mois, scrupuleusement répercuté la hausse de la matière première. Les aliments, dont la proportion en céréales est variable, ont vu leurs prix monter de 10 à 15 %. Pression commerciale, concurrence aiguë sur des produits aisément substituables , il est traditionnellement difficile, pour les industriels, de répercuter les hausses de coûts sur les grandes surfaces. Cette fois, pourtant, les principaux industriels - Doux, Bourgoin, Unicopa ou LDC - ont réussi à faire passer, il y a quelques semaines, une hausse de 8 %. Du jamais vu ! " Nous y étions contraints ; sans cela, c'était le dépôt de bilan assuré ", juge ce professionnel, qui rappelle que, pour des raisons de concurrence exacerbée, 1995 avait déjà été une année noire dans le secteur, notamment pour la filière dinde. L'an dernier, Codivol et France Volailles, deux des sept premiers groupes français, pesant 3 milliards au total, ont disparu, respectivement absorbés par Doux et Bourgoin. La toute-puissante Direction de la concurrence (DGCCRF), informée de la démarche des industriels, a même discrètement fermé les yeux sur ce qu'elle aurait pu considérer comme une entente, d'autant que les volaillers commencent à bénéficier d'un net report de consommation au détriment du boeuf.


Les Etats-Unis sont également touchés de plein fouet

Mais voilà, l'envolée du prix des céréales a pris une tournure inconnue depuis des lustres qui, outre la volaille, touche de nombreux métiers, comme celui des amylacés, et conduit les industriels à réclamer à cor et à cris à Bruxelles une baisse du taux de jachère. Ce printemps, le prix du blé sur les marchés internationaux a atteint des records qualifiés de " vertigineux " par l'Office des céréales. A Chicago, place de référence, le blé supérieur (HRW) a dépassé 290 dollars la tonne en avril dernier. En 1986, à l'ouverture des négociations du Gatt, le blé américain s'échangeait autour de 110 dollars la tonne ! La situation est à l'avenant pour le maïs et le tourteau de soja. Ce dernier, peu coûteux, a vu ses cours progresser d'environ 50 % en un an pour atteindre près de 1,50 franc le kilo. En Europe, l'affaire de la " vache folle ", qui a entraîné une moindre disponibilité en farine de viande, a accentué les tensions. Dans l'Union européenne, les cours du blé bénéficient encore pour quelques années d'un " cordon sanitaire " constitué du système de régulation des prix. La hausse reste donc atténuée, par rapport, notamment, à celle que connaissent les Etats-Unis, premier producteur et exportateur mondial de volaille. Touché de plein fouet par l'envolée des cours, Tyson, le numéro 1 américain (25 milliards de francs de chiffre d'affaires, dont 75 % en volaille), installé dans l'Arkansas, a récemment annoncé que le prix de son aliment avait progressé en un an de 68 % ! Le géant américain, confronté de surcroît à une miniguerre commerciale avec la Russie, qui l'a accusé de lui vendre des produits impropres à la consommation, a réduit de 7 % ses capacités de production. Pour autant, cette situation n'accorde aux trois principaux exportateurs sur pays tiers (Doux, Bourgoin, Unicopa) qu'un mince avantage sur le marché mondial. Dans le Golfe arabo-persique, principal marché des Français (les Américains y sont peu présents), les prix du poulet, qui tournent autour de 1 400 dollars la tonne, ont légèrement progressé (de l'ordre de 5 %). Mais la Commission de Bruxelles, pressée de faire des économies, a réduit ces derniers mois les restitutions, qui ont baissé de 10 % depuis fin 1995, passant sous la barre des 2 francs le kilo. USINE NOUVELLE N°2552

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