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Quotidien des Usines

Agroalimentaire : Doux peut-il se sauver lui-même ?

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Publié le

Enquête Le patron du volailler breton veut reprendre le contrôle de son groupe, criblé de dettes. Il s'enferre dans une stratégie d'isolement. Pour mieux le vendre ?

Pour qui connaît le secteur agroalimentaire, la déconfiture du groupe Doux, l'un des leaders européens de la volaille, n'est pas une surprise. Depuis une vingtaine d'années, la rumeur du dépôt de bilan du volailler breton ressurgit régulièrement. Le 1er juin, elle a pris vie subitement. Le tribunal de commerce de Quimper (Finistère) a décidé, à la surprise générale, de le placer en redressement judiciaire avec une période de surveillance de six mois. Est-ce le baroud d'honneur de Charles Doux ?

Pour préserver sa mainmise, le businessman de Châteaulin (Finistère) a décidé de tourner le dos à tout le monde. À son créancier principal, Barclays, avec lequel il négociait la reconversion d'une créance de 140 millions d'euros contre une partie du capital et l'injection de 35 millions de cash dans le groupe. Aux pouvoirs publics, à qui il oppose une fin de non-recevoir. Et à son actionnaire BNP Paribas (détenteur de 20% du capital), en limogeant le directeur général, Guy Odri, placé à la tête de l'entreprise il y a huit ans par la banque. Charles Doux a décidé de nommer son fils, Jean-Charles, à ce poste, et de rappeler à ses côtés Briec Bounoure, l'ancien directeur général. Un homme que la FGA-CFDT tient pour partie responsable de la chute du groupe il y a une dizaine d'années ! Mais le patriarche de 75 ans n'en a cure : il veut reprendre le contrôle de son groupe à la dérive avec 430 millions d'euros de dettes. Ces difficultés ne sont pas récentes. « Depuis vingt ans, rappelle le syndicat, le groupe a fermé 25 usines en France et a perdu ses filiales espagnole et allemande. » Pourtant, jusque dans les années 1990, l'histoire de l'industriel breton avait la saveur d'une success-story.

 

Filière fragile

Dans les années 1960, Charles Doux prend la direction du petit groupe volailler créé par son père et en fait une entreprise internationale implantée sur trois marchés : la découpe de volaille en frais, les produits élaborés à la marque Père Dodu (rachetée dans les années 1980) et le poulet congelé à destination des pays tiers (essentiellement le Moyen-Orient), exporté grâce aux restitutions de la politique agricole commune (PAC). « En 1993, quand l'agriculture est entrée dans les négociations du Gatt, dont la philosophie est d'abandonner les subventions à l'agriculture, le groupe n'a pas réagi et s'est contenté de gérer les acquis », explique un observateur. En 1998, les restitutions fondent, Doux va chercher des relais de croissance au Brésil. Ce choix audacieux a bien failli être payant : l'activité brésilienne tire un temps les profits du groupe. Un temps seulement, car cette activité plombe aujourd'hui les comptes.

À l'image du breton, la filière volaille est fragile, comprimée entre la grande distribution surpuissante et les évolutions des coûts des matières premières. « La moitié du prix du poulet, c'est l'alimentation, or le soja a doublé de prix en cinq ans », explique Jean-Paul Simier, le directeur agriculture et agroalimentaire à l'agence régionale Bretagne développement innovation (BDI). L'industrie avicole travaille avec des marges serrées et peut vite dérailler : on se rappelle de l'effondrement, en 2000, du groupe de Gérard Bourgoin, l'une des plus grosses faillites de l'agroalimentaire français.

L'onde de choc pourrait être aussi forte si Doux tombe. Réalisant un chiffre d'affaires de 1,4 milliard d'euros, il possède encore 24 sites (couvoirs, usines d'abattage et de découpe, de fabrication d'aliments) pour la plupart en Bretagne, et travaille avec près de 800 éleveurs intégrés. Pour eux, la fin de Doux serait rude. Les services de l'État sont déjà à leur chevet. Deux animateurs de la cellule d'appui à la filière volaille, dépêchés par le ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire se sont rendus à leur rencontre. À court terme, ils seront payés pour leurs livraisons, a assuré la région Bretagne. Le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) interviendra aussi. « Il travaille sur ce dossier depuis des années et il est formel : même un plan social ne suffira pas à sauver Doux », indique-t-on du côté du gouvernement.

 

Aides sous conditions

La décision du « self-made man » breton de placer son groupe en redressement judiciaire à quelques jours du premier tour des élections législatives a passablement énervé les pouvoirs publics. Désormais, ils n'aideront pas le groupe à tout prix, a assuré le ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Stéphane Le Foll, qui a même étrillé Charles Doux : « On ne peut pas dire que depuis des années et des mois, il a montré beaucoup de pertinence dans ses choix industriels, dans ses choix stratégiques, et il va falloir qu'il comprenne que, si on doit lui venir en aide, ça ne se fera pas sans conditions. » L'environnement économique du groupe tremble, comme certains fournisseurs dont les créances atteignent jusqu'à 2 millions d'euros. « L'usine Père Dodu ne peut plus travailler, car ils n'ont plus de gaz à injecter dans les barquettes de découpe », explique Vanessa Perrotin, secrétaire fédérale de la FGA-CFDT. Le volailler travaille de façon intégrée avec les éleveurs, mais aussi avec des entreprises de transport frigorifique, de maintenance et de ramassage de poulet, soit un bon millier d'emplois. Si Doux est rayé de la carte, ce sera aussi un coup dur pour le port de Brest.

Et les salariés ? Les usines sont souvent implantées dans des bassins d'emploi difficiles. « Nous avons des craintes pour les sites de production en frais, indique Vanessa Perrotin. Certains sont d'une extrême vétusté. » Elle souligne par ailleurs l'urgence auprès d'un salariat peu formé, dont la pyramide des âges est vieillissante. « Il y a un avenir pour la production de volailles en Bretagne, veut croire Jean-Paul Simier. C'est la viande qui se développe le plus sur la planète, la moins chère, la plus facile à préparer, qui ne supporte pas de tabou religieux, et dont l'empreinte carbone est la plus faible. Il y a des savoir-faire chez Doux en matière industrielle, commerciale et à l'export, et une filière entière derrière. » En cas de cessions, les fortunes seraient très variées. « La valeur des outils industriels ne tient que par les marchés qu'ils servent », explique un observateur. La marque Père Dodu possède un certain capital de confiance auprès des consommateurs français. Le leader national, LDC, a déjà manifesté son intérêt, mais sera sans doute sélectif dans ses achats.

Pour son activité de poulets congelés à destination du Moyen-Orient, c'est plus compliqué. La demande est forte et le marché dynamique, mais l'offre française n'est compétitive face au Brésil ou à la Thaïlande que grâce aux subventions européennes, à terme menacées. Doux est d'ailleurs le principal récipiendaire des aides de la PAC en France. Tilly-Sabco, implanté à Guerlesquin (Finistère), est sur le même créneau. Daniel Sauvaget, qui a repris avec succès semble-t-il l'activité des mains de la coopérative Unicopa, serait-il intéressé par une partie des actifs ? Rien n'est moins sûr. À moins que Charles Doux ne sorte un dernier atout maître de sa manche. Il pourrait très bien, comme la rumeur lui en a souvent prêté l'intention, céder tout ou partie de son groupe à l'un de ses concurrents brésiliens (JBS, Brasil Foods), qui n'attendent que ça pour prendre pied sur le marché européen...

LE ROI DU POULET

  • Chiffre d'affaires 1,41 milliard d'euros en 2010
  • Dettes 430 millions d'euros
  • Effectif 9 700 salariés (3 400 en France)
  • Sites 24 en France, 12 usines au Brésil

 

SES CONCURENTS EN FRANCE

  • LDC LE LEADER 

Chiffre d'affaires 2,77 milliards d'euros

Marques Le Gaulois, Loué, Maître Coq, Arrivé, Marie, Tradition d'Asie

Après de nombreuses opérations de croissance externe, le groupe sarthois dirigé par Denis Lambert est devenu le leader de la volaille et un des poids lourds de l'agroalimentaire. Il s'est diversifié vers les produits traiteurs asiatiques (Agis) et vers les plats préparés ( Marie).

  • GASTRONOME LA COOPÉRATIVE

Chiffre d'affaires 819 millions d'euros

Marques Gastronome, Douce France

Gastronome est la branche volaille du groupe coopératif Terrena, l'un des plus puissants dans l'Hexagone. Le groupe peut plus facilement amortir les évolutions des prix des matières premières. Il vend des produits élaborés, sous la marque Douce France en grande distribution.

  • DUC LE MAILLON FAIBLE

Chiffre d'affaires 188 millions d'euros

Marque Duc

Issu de la déconfiture du groupe Bourgoin, Duc connaît régulièrement des difficultés financières. Le bourguignon mise sur son poulet certifié face aux poulets labels, ainsi que sur le marché halal - en fort développement - et sur les produits élaborés, sur lesquels il s'est positionné tardivement.

 

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