Agro-alimentaireBel s'appuie sur ses marquesSes concurrents, Besnier et Bongrain, ont grandi plus vite que lui. Mais le propriétaire de La Vache qui rit a réalisé plus de bénéfices tout en accumulant un trésor de guerre convoité.

Publié le

Agro-alimentaire

Bel s'appuie sur ses marques

Ses concurrents, Besnier et Bongrain, ont grandi plus vite que lui. Mais le propriétaire de La Vache qui rit a réalisé plus de bénéfices tout en accumulant un trésor de guerre convoité.





La course échevelée au chiffre d'affaires n'a jamais été la religion de la famille Fiévet, qui contrôle les Fromageries Bel et leurs célèbres marques La Vache qui rit, Bonbel, Port-Salut, Apéricube, Kiri et autres Babybel depuis la création de l'entreprise, en 1921, dans le Jura. Depuis ces cinq dernières années, les ventes du troisième groupe laitier français (7,4milliards de francs en 1993) n'ont, de fait, progressé que de 16% pendant que celles de ses deux principaux concurrents, Besnier et Bongrain, s'envolaient, poussées par leurs très actives politiques de croissance externe. Mais Robert Fiévet, 86ans, et son gendre, Bertrand Dufort, 55ans, qui dirigent le groupe de la rue d'Anjou, à Paris, peuvent s'enorgueillir de laisser sur place leurs rivaux sur la base des résultats financiers dégagés depuis 1989 et qui leur valent de figurer cette année en tête du Palmarès de l'industrie de "L'Usine Nouvelle".

Une meilleure productivité

Ces cinq dernières années, Bel a plus que doublé son résultat net (374millions de francs en 1993) et augmenté de 70% ses capitaux propres (2,5milliards de francs). Son endettement ne représente que 10% de ses capitaux propres. Le coup d'accélérateur donné "à froid, avant la crise" par Bertrand Dufort, ingénieur ETP et Insead, depuis trente ans dans le groupe, est manifeste. La productivité a progressé, sans aucun licenciement, dans les domaines matières, main-d'oeuvre et emballages. Pour réorganiser

"en chaîne" les cinq directions du groupe et pour réduire les frais fixes, Bel a beaucoup fait appel aux promotions-mutations assorties de formation et de changement de filières.Les neuf usines françaises, les trois usines européennes, en Allemagne, en Belgique et en Espagne, et les deux unités aux Etats-Unis et au Maroc ont été spécialisées par types de produits homogènes. Trois usines ont été fermées, et leurs activités transférées sur d'autres sites. Toute la logistique, en revanche, a été sous-traitée. En complément de sa politique de qualité et de ses méthodes d'analyse de la valeur, Bel souhaite que l'ensemble de ses sites industriels et commerciaux, français et étrangers, soient certifiés ISO9002 avant la fin de 1995. Les accords du Gatt de décembre 1993, obligeant l'Union européenne à diminuer de 21% en l'an 2000 ses exportations subventionnées et à réduire de 36% les restitutions qui compensent les différences entre les prix européens et les prix mondiaux, conduiront Bel à modifier ses sources d'approvisionnement. Hors de France, Bel s'est efforcé d'"exporter ses succès" et de vendre les innovations qui ont réussi sur son principal marché. Et toujours sous ses marques, "qui constituent un fonds de commerce solide et rémanent" qui lui permet notamment de développer ses gammes de nouveaux produits - souvent par miniaturisation et addition, par conséquent, de valeur ajoutée de ses conditionnements - sous l'ombrelle des anciens. Après l'allemand Adler en 1989 et le belge Maredsous en 1991, Bel a pris le contrôle en juillet dernier de l'italien Cademartori Introbio .D'autres acquisitions sont à l'étude pour renforcer l'implantation dans les pays limitrophes d'Europe. Mais toujours avec quelques règles cardinales: pas de diversification hors du seul métier du groupe, pas d'entreprise qui ne partagerait pas la même culture de marque, et uniquement des affaires ayant des rentabilités sur le long terme au moins équivalentes à celle de Bel. Et, naturellement, sans jamais faire appel au marché financier.Même assiégée, la forteresse tiendra. Le "non-événement" que représente le franchissement, début septembre, du seuil de 20% par la Sofil, filiale de Besnier au sein du capital de La Carbonique, la société mère du groupe laitier, n'aura "aucun effet sur le contrôle des Fromageries Bel", affirme Bertrand Dufort.

Préserver la cohésion du groupe familial

L'assaillant, qui a dû déclarer ce franchissement tout simplement en raison du jeu des droits de vote double attachés aux actions détenues depuis plus de quatre ans, n'a pas - "et n'aura pas" - de siège au conseil d'administration des Fromageries Bel, pas plus qu'au conseil de surveillance de La Carbonique tant que la famille Fiévet détiendra plus de 60% des droits de vote à ces deux niveaux. Ni tant que La Carbonique restera une société en commandite "dans laquelle les pouvoirs des deux gérants associés commandités, Robert Fiévet et Bertrand Dufort, sont particulièrement étendus". Pas question d'envisager le moindre accord industriel, commercial ou financier avec le leader des entreprises laitières européennes! Besnier devra patienter longtemps ou s'éloigner. Tout est prévu, dit-on à la direction du groupe, pour assurer le moment venu le paiement des droits de succession de Robert Fiévet. De même que tout est prêt, "grâce à un verrouillage solide, souscrit unanimement par les intéressés", pour préserver "la cohésion ultérieure du groupe familial."

USINE NOUVELLE - N°2475 -

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte