Agro-Alimentaire : Jacquet a été trop gourmand

L'une des entreprises les plus dynamiques de l'agro-alimentaire des années70, Pain Jacquet Biscotte, est en mauvaise posture. Gérard Joulin, fondateur du leader français de la boulangerie, va se désengager de sa filiale allemande et sans doute devoir passer la main.

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Premier groupe français de boulangerie industrielle avec 2,2milliards de facturations et 3500 salariés, Pain Jacquet Biscotte, basé à Evry (Essonne), traverse une passe critique et s'apprête à se séparer de sa filiale allemande, Rugenberger, un des premiers boulangers allemands, acquise en 1988. La gestion de celle-ci doit être confiée à son conseil de surveillance, et un dépôt de bilan pur et simple n'est pas exclu. "L'exploitation commerciale du groupe n'est pas catastrophique, mais la situation financière est désastreuse à la suite de lourds investissements et des conséquences des grèves dures qui ont touché Jacquet en 1991 et 1993", souligne un financier proche du dossier. Alors que sa situation devenait alarmante, le groupe n'avait pas hésité à se doter de deux usines dernier cri à Clamecy, dans la Nièvre, (60millions d'investissement) et à Pithiviers, dans le Loiret (35millions). De plus, Jacquet n'a jamais vraiment digéré le rachat de Rugenberger (900millions de ventes, 1700salariés), dont la situation est, elle aussi, déficitaire. Depuis un an, Gérard Joulin, 59ans, P-DG du groupe qu'il a créé et dont il détient encore 73% aux côtés de l'IDIA et d'UI (Crédit agricole), arpente les antichambres des banques pour tenter de trouver une solution. Mais la recapitalisation de 150millions, annoncée à plusieurs reprises, n'a pas encore eu lieu. Gérard Joulin, qui avait promis de céder deux sociétés qu'il détient à titre personnel (pâtisserie Gaèlic et 50% de la chaîne La Croissanterie), n'a pas trouvé d'acquéreur. Pourtant le groupe a cruellement besoin d'argent frais: sa situation nette est lourdement négative (autour de 300millions). L'ensemble des dettes (y compris d'exploitation) atteindrait 600millions... mais en la matière, l'opacité reste de mise: non coté en bourse, fortement lié à la personnalité de son patron, le groupe ne cultive pas la transparence, y compris

Verdict imminent

Pourtant Gérard Joulin, parti d'un petit commerce familial dans les années60, avait su, jusque-là, bâtir un empire dans la boulangerie industrielle. Un succès commercial lié à un système de livraison quotidien des points de vente.Ce qui lui a permis de prendre la place de numéro1 français avec ses marques Jacquet et Duroi (35% du marché), devant la société familiale Turner, aussi en difficultés, et Harry's du belge Artal. Le dossier est suivi par le Comité interministériel de restructuration industrielle, et les banques (Crédit lyonnais, Crédit national...) ont détaché un conciliateur. Ce pool devrait livrer son verdict ce 9mars, date limite fixée pour le plan de recapitalisation. En début de semaine, il semblait acquis que Gérard Joulin cède le pouvoir et la majorité de son entreprise. Au rang des acquéreurs possibles figurent les deux groupes britanniques RHM et ABF, coleader du pain industriel en Grande-Bretagne, mais aussi des financiers. "Enormément de groupes français et étrangers s'intéressent au sort de Jacquet", confirme un proche du dossier, même si en la matière l'apurement des comptes sera un préalable. Pierre-Olivier ROUAUD

USINE NOUVELLE N°2493

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