"Agir sur le transport n'est qu'une mesure parmi d'autres contre la grippe aviaire", selon Marie-Pierre Pé du Cifog

Alors que la zone d'abattage préventif vient d'être étendue à 48 nouvelles communes, et après les déclarations du ministre de l'Agriculture qui a préconisé lundi un changement du modèle de production du foie gras en France afin de limiter la propagation des virus H5N8, le Cifog (Comité interprofessionnel du foie gras) tente de colmater les fuites. Recentrant le débat autour du plan de sécurisation sanitaire que la filière a proposé à Stéphane Le Foll mi-janvier pour faire face à cette crise d'ampleur, l'organisation ne croit pas que la simple question des transports permette de résoudre l'épidémie. Eleveur et gaveur, ce n'est ni le même métier ni les mêmes moyens, pour Marie-Pierre Pé, déléguée générale du comité.

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L'Usine Nouvelle – Comment recevez-vous les déclarations de Stéphane Le Foll qui appelle à "revisiter le modèle de production" du foie gras en limitant au maximum les transports d'une exploitation vers une autre ?

Marie-Pierre Pé – Les déclarations de M. Le Foll sont incomplètes. Agir sur le transport n'est qu'une mesure parmi d'autres pour agir efficacement dans le cadre de ce nouvel épisode de grippe aviaire, qui reste le plus virulent jamais connu par la filière. On a proposé en janvier dernier au ministre de l'Agriculture un plan de sécurisation sanitaire reposant sur quatre axes majeurs et quinze mesures. Le transport en fait partie : "sécuriser le transport sur la filière", il y a aussi la question des intervenants en élevage et le respect de la biosécurité. Mais surtout, le plus important est de mettre en oeuvre un système d'alerte et de gestion sanitaire plus efficaces. Cela fait plusieurs semaines que nous travaillons avec l'Etat pour éteindre l'incendie, et c'est cela qui est le plus urgent.

Quels seraient donc les mesures à adopter d'urgence selon vous ?

Nous avons détaillé un plan qui couvre l’ensemble des phases d’élevage des palmipèdes depuis l’élevage jusqu’au transport des animaux. Le Cifog doit d'ailleurs apporter des précisions sur ces mesures, ce jeudi 16 février à l'issue de son conseil d'administration à Bordeaux.

Pour l'heure, les principales mesures proposées visent, entre autres, à détecter systématiquement la présence ou non de virus hautement pathogène sur l’élevage avant tout déplacement des animaux grâce à des analyses afin de sécuriser le transport et d’éviter la diffusion d’un éventuel virus vers d’autres sites. Nous voulons aussi mettre en place un système d’alerte sanitaire par les vétérinaires sous l’autorité des pouvoirs publics et relayée à l’ensemble des intervenants de la filière par les professionnels. Egalement, nous proposons de mettre en œuvre l’audit de tous les producteurs par un organisme indépendant pour assurer que les mesures de biosécurité sont bien appliquées mises en œuvre. Et bien sûr de sécuriser les étapes de transport en déterminant un protocole de nettoyage et de désinfection des cages et des camions. Seuls l’application rigoureuse de ce plan de sécurisation sanitaire et l’accompagnement financier de l’amont et de l’aval de la filière pour supporter les très lourdes conséquences économiques du plan d’abattage et du vide sanitaire à venir, permettront de sauver et d’assurer l’avenir des 100 000 emplois de la filière palmipèdes à foie gras.

Et, comme le propose Stéphane Le Foll, regrouper un peu plus les professionnels afin de limiter les trop nombreux déplacements des animaux, ne vous semble pas pertinent ?

Le ministre semble dire qu'il faudrait relocaliser toute la production. Or on ne devient pas gaveur comme on devient éleveur et inversement. Lorsqu'on est éleveur, on est équipé, structuré, avec des parcours en plein air, de l'espace. Une exploitation de gaveur n'a pas du tout la même configuration. Et on ne peut pas réaliser la même activité indépendamment du lieu. Il faut absolument agir vite mais on ne va pas remettre en cause la filière telle qu'elle est construite. Et imaginer qu'on va pouvoir transformer la filière du foie gras qu'avec de petites exploitations qui font tout de A à Z comme autrefois, cela est très compliqué.

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