Afrique du Nord : le défi des investissements internationaux

Une conférence réunie à Marrakech sur l’attractivité des pays du nord de l’Afrique pointe le potentiel de croissance de cette zone pour les entreprises internationales mais aussi ses handicaps en matière de cadre des affaires.

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Afrique du Nord : le défi des investissements internationaux

Défis et opportunités… C’est ce cliché un peu éculé qui résume le mieux la teneur des débats de cette première World Investment Conference North Africa. À Marrakech sont en effet réunis du 20 au 23 mars, 350 représentants du monde des affaires, de la finance et de l’administration venus de 19 pays pour débattre du sujet des investissements étrangers en Afrique du Nord.

La question centrale ? Celle de l’attractivité pour les investisseurs internationaux de cette région en plein bouleversement. "Il faut durablement parvenir à mettre le Maroc et l’ensemble de l’Afrique du Nord sur la carte pour les entreprises internationales. Sortir des clichés et regarder les choses comme elles sont : il y a là une zone pour développer les affaires, à long terme", a lancé Abdelkader Amara, ministre de l’industrie du Maroc, en ouverture de la manifestation soulignant la décision ces dernières années de groupes comme Renault, Safran ou Bombardier d’investir lourdement dans son pays.

"Les investissements internationaux peuvent jouer un rôle déterminant en la matière"

"Le printemps arabe a fait souffler sur la région un vent de changement et de réforme inégalés depuis un demi-siècle. Pour l’avenir, au-delà de la question essentielle des libertés, cela doit se traduire par davantage de croissance, d’emploi. Les investissements internationaux peuvent jouer un rôle déterminant en la matière", résume un participant.

Si chacun à Marrakech est persuadé de cette affirmation, la région et ses 200 millions d’habitants reste secouée par une succession de graves crises politiques et sociales en Egypte ou en Tunisie notamment voire par des structures étatiques défaillantes comme en Lybie.

À cela s’ajoute un faible niveau d’intégration régionale en raison notamment du conflit larvé entre le Maroc et l’Algérie au sujet du Sahara occidental qui empêche toute "horizontalité" dans le développement du Maghreb. En 2011, les investissements directs dans la région avaient chuté de 40% à environ 9 milliards de dollars et ne représentent qu’une goutte d’eau à l’échelle mondiale (plus de 1 300 milliards de dollars). En 2012 ils devraient se maintenir à ce niveau.

"Après le printemps arabe, il est clair que les investisseurs s’inquiètent des conditions de stabilité dans la région. C’est un frein pour l’investissement même si le Maroc apparait comme un cas un peu à part", indique Jean-Pierre Chauffour, chef économiste à la Banque Mondiale au Maroc qui souligne aussi le taux de chômage des jeunes diplômés ou le faible niveau de création d’entreprise dans la plupart des pays d’Afrique du Nord, sans parler du cadre des affaires.

"L’Algérie a un potentiel économique énorme mais..."


Dans le classement "Doing business" sur la facilité à faire des affaires de la Banque Mondiale, la zone Afrique du Nord Moyen-Orient pointe en moyenne à la 105ème place sur 185 pays étudiés avec des extrêmes allant de la 50ème (Tunisie) à la 167ème (Mauritanie). Le Maroc est à la 97ème place.

Ce qu’illustre Alain Viry, Président du groupe CFAO : "L’Algérie a un potentiel économique énorme mais sa réalisation reste conditionnée à une amélioration de son cadre réglementaire pour les investisseurs étrangers".

À cela s’ajoute un cadre macro-économique fragile rappelle Lúcio Vinhas de Souza, chef économiste pour les notes souveraines de l’agence de notation Moody's. "Dans la région, aucun pays n’est classé "investment grade", un grand nombre d’états y compris le Maroc connaissent des situations budgétaires très tendues, hormis l’Algérie du fait de la rente pétrolière".

bien des entreprises en Europe aimeraient approcher ce dynamisme

Pour autant, pas question de céder au pessimisme, assurent les chefs d’entreprises présents à la WIC, pointant les avancées récentes dans des secteurs comme l’automobile, l’aéronautique, les technologies de l’information ou les énergies renouvelables. "En Afrique, notamment dans sa partie nord nous avons connu l’an dernier une croissance de l’ordre de 20%, bien des entreprises en Europe aimeraient approcher ce dynamisme", souligne Alain Viry de la CFAO groupe essentiellement présent dans la distribution automobile mais qui prépare, assure-t-il des investissements dans d’autres secteurs comme la production pharmaceutique.

"J’entends bien tous les sujets et arguments d’ordre macro-économiques… mais la réalité, c’est que c’est le bon moment pour investir au Maroc et dans la région. Ne venez pas trop tard !» lance Omar Châabi, vice-président exécutif du groupe Ynna, un des principaux groupes privés marocains.

"C’est une occasion historique", enchérit Maurice Benassayag, vice-président d’Alstom, un groupe qui a ces dernières années emporté d’importants contrats de transport au Maroc, en Tunisie ou en Egypte. Le groupe français a également investit avec Nexans dans une usine de câblage ferroviaire à Fès au Maroc qui servira le marché local mais aussi l’Europe, un type d’investissements qui joue un rôle moteur dans la modernisation de l’économie.

"Il faut casser les clichés et ce n’est pas chose facile"

Comme ceux emblématiques dans l’aéronautique, comme l’illustre Souad Elmallem, chief country representative North Africa du groupe Bombardier qui va ouvrir une usine de composants aéronautiques à Casablanca l’an prochain. "En Amérique du Nord, note-t-elle, personne ou presque ne considère que la région peut fabriquer des produits à forte valeur ajoutée ou qu’il peut y avoir une industrie aéronautique en Tunisie ou au Maroc. Quand des nord-américains visitent l’usine de notre partenaire Aircelle à Casablanca, ils n’en reviennent pas".

Autre exemple, le groupe tunisien Plastic Electromechanic Company qui va ouvrir une usine de plasturgie automobile sur la zone franche de Kénitra au Maroc. Imed Charfeddine, son PDG, explique, "nous nous plaçons dans une optique de produits à valeur ajoutée et non low-cost" Pour Souad Elmallem : "Il faut casser les clichés et ce n’est pas chose facile".

Les participants de la WIC en auront brisé certains. Illustration aussi de ce monde qui change, le site Viadeo qui a ouvert une version marocaine, il y a à peine plus d’un an, compte déjà plus d’un million de membres et va bientôt lancer une version en langue arabe.

À Marrakech, Pierre-Olivier Rouaud


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