AFFAIRESLE TEMPS JOUE CONTRE ALCATEL ALSTHOMPrivé de son P-DG, , sous le coup d'un contrôle judiciaire draconien qui lui interdit d'exercer ses fonctions, Alcatel Alsthom ne pourra se contenter bien longtemps d'une solution provisoire. Les dossiers industriels n'attendent pas.

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LE TEMPS JOUE CONTRE ALCATEL ALSTHOM

Privé de son P-DG, , sous le coup d'un contrôle judiciaire draconien qui lui interdit d'exercer ses fonctions, Alcatel Alsthom ne pourra se contenter bien longtemps d'une solution provisoire. Les dossiers industriels n'attendent pas.



Réunis dans l'urgence lundi matin, sous la présidence d'Ambroise Roux, président d'honneur, les administrateurs ont décidé que le quatrième groupe industriel français, qui emploie 196000personnes, continuera d'être géré par le comité exécutif et le comité de direction générale mis en place par Pierre Suard. François de Laage de Meux, 65ans, en assurera la présidence. De leur côté, Pierre Bilger, P-DG de GEC-Alsthom, et Jozef Cornu, vice-P-DG d'Alcatel NV, recoivent tous les pouvoirs et moyens pour conduire les deux grandes filiales. Le conseil a paré au plus pressé. Sans plus. La situation déstabilise pourtant un groupe qui a pris l'habitude d'être dirigé d'une main de fer. Depuis son accession en 1986 à la présidence, Pierre Suard a profondément marqué de son empreinte Alcatel Alsthom, brisant l'autonomie des dirigeants mis en place par Ambroise Roux, puis par Georges Pébereau. La volonté de mener une stratégie industrielle de groupe a encore accentué l'impression de pouvoir sans partage. D'autant plus que le tout-puissant P-DG d'Alcatel Alsthom s'est entouré d'une garde rapprochée restreinte. Dès son arrivée à la tête du groupe, il appelait au siège parisien de la rue La Boétie trois de ses anciens collaborateurs des Câbles de Lyon. En janvier dernier, sous la pression de l'affaire des surfacturations à France Télécom et sur les conseils de ses pairs, Pierre Suard mettait en place un comité exécutif de neuf membres. Des collaborateurs de longue date, mais pas de dauphin désigné. A l'heure où Pierre Suard est dans l'incapacité d'exercer ses fonctions, cette absence fait cruellement défaut. Car les dossiers brûlants sont nombreux. Certains sont critiques pour l'avenir d'Alcatel Alsthom. Tous nécessitent des prises de décision rapides engageant la responsabilité du président. Ainsi, la déréglementation européenne des marchés publics met le groupe sous pression et lui impose de trouver de nouveaux espaces de croissance: aujourd'hui les télécommunications, demain l'énergie, puis le transport ferroviaire. Des métiers où le groupe réalise 85% de ses 167,6milliards de francs de chiffre d'affaires et l'essentiel de ses bénéfices. A la veille de l'éclatement des monopoles européens des télécommunications, prévu pour 1998, Alcatel NV est sur la défensive. Ses concurrents américains intensifient leur offensive, notamment en Allemagne. ATT négocie la création d'une société commune de télécommunications avec RWE et Mannessmann. Le canadien Northern Telecom vient de finaliser une association avec Dasa qui proposera des équipements aux opérateurs européens. Pierre Suard, P-DG d'Alcatel NV, avait décidé de rebondir en Italie, postulant à la privatisation de l'opérateur national Stet. Des liens de longue date avec les responsables de Fiat entretenaient l'espoir d'une réussite.En France, la situation n'est pas moins préoccupante. Sur fond d'accusations de surfacturations (plus de 670millions de francs sur trois ans, pour les matériels de commutation), Alcatel CIT doit s'adapter à la nouvelle politique d'achats de France Télécom, qui, depuis plus de dix ans, assurait à son fournisseur français 84% de ses commandes.

La gestion du quotidien en question

La mise à l'écart de Pierre Suard risque aussi de conduire à une remise à plat de la diversification du groupe dans les services, jugée stratégique pour compenser des marges industrielles qui s'effritent. Une logique que Pierre Suard poursuivait, malgré l'échec de sa tentative d'entrée au capital de France Télécom et sa défaite face à Bouygues lors de l'attribution du troisième réseau de radiotéléphone. Les investissements dans le secteur de la communication (presse, édition) portent, eux, la marque personnelle de Pierre Suard. La gestion du quotidien peut se réveler problématique. Le P-DG d'Alcatel Alsthom ne rechignait pas à s'y impliquer, par souci d'efficacité. C'est le cas de la restructuration de la filiale allemande de télécommunications, SEL, qui a enregistré une perte de 500millions de deutsche Mark en 1994. Décidé à reprendre le contrôle d'une entité trop jalouse de son indépendance, Pierre Suard était venu en personne négocier avec les responsables du Land de Saxe les conditions de la fermeture de l'usine de Rochlitz. Les administrateurs se retrouveront au plus tard le 5avril pour un conseil qui doit approuver les comptes. Ils ont la possibilité, à tout moment, de rouvrir le dossier et de mettre un terme à cette situation provisoire. En interne, un homme ressort comme successeur potentiel, Pierre Bilger. Président de GEC-Alsthom, filiale à 50-50 avec le britannique GEC, il jouit déjà d'une certaine autonomie. Jean-Pierre Jolivet



USINE NOUVELLE N°2494

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