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Affaire Renault : l’incroyable conversation d’une réunion de crise

Publié le

Selon les informations de l’hebdomadaire L’Express, une réunion de crise s'est tenue, le 14 février dernier, dans le bureau du directeur juridique de Renault. L’objet de la conversation : les preuves du pseudo dossier d'espionnage incriminant trois cadres de l’entreprise. Morceaux choisis de cet incroyable dialogue, dont L'Express s'est procuré un enregistrement.

Affaire Renault : l’incroyable conversation d’une réunion de crise © SASCHA SCHUERMANN/AFP/Getty Images

Sommaire du dossier

La réunion se serait tenue le 14 février dans le bureau du directeur juridique de Renault, Christian Husson. L’objet de la conversation : les preuves du pseudo dossier d'espionnage incriminant trois cadres de l’entreprise. Morceaux choisis de cet incroyable dialogue, dont L'Express s'est procuré un enregistrement.

"C’est quelqu’un qui nous donne des supertuyaux"

Husson : "On est là, ensemble, pour essayer de sortir une putain de solution. Pas pour t'emmerder. [...]"

Gevrey [parlant de son mystérieux informateur] : "C'est quelqu'un avec qui on travaille depuis un certain temps, qui nous fait confiance, qui nous donne des supertuyaux. Maintenant on va mettre en doute la fiabilité de ses tuyaux ? [...] C'est pas parce que la Suisse répond négativement que ça met en doute la validité de notre informateur. [...] S'ils trouvent pas, c'est qu'ils ne veulent pas trouver."

Husson : " [...] Aide- nous à sortir par le haut de ce merdier. [...] Nous, on vit pas dans le monde de la police. On vit dans le monde du management, une société cotée à l'international. Donc il nous arrive une tuile. Et on veut sortir par le haut. C'est pas pour t'emmerder que je dis ça." […]

"Dès le départ, j'ai dit: attention! Les éléments qu'on a ne sont pas recevables en justice"

Les 3 protagonistes de la réunion
 
Dominique Gevrey, l’enquêteur
 
Christian Husson, le directeur juridique
 
Jean Reinhart , l’avocat de Renault
 
Pour bien comprendre, le rôle de chacun, lisez notre infographie sur les protagonistes de l’Affaire Renault.

 

Gevrey : "Dès le départ, j'ai dit: attention! Les éléments qu'on a ne sont pas recevables en justice. Si on l'a pas dit dix fois, on ne l'a pas dit une fois. [...]"

Reinhart : "Si on regarde avec un peu de recul le dossier, tout tient en une personne qui nous a donné des renseignements extrêmement précis, extrêmement circonstanciés, au millimètre et à la virgule près. [...] Est-ce que cette personne nous a baladés ? [...] Le scénario catastrophe peut exister. […] Il y a des rapports écrits ou que des rapports oraux ?"

Gevrey : "Officiellement, ce sont des rapports oraux."

Reinhart : "Il a émis un rapport écrit ?"

Gevrey : "Oui."

Reinhart : "Il est où ?"

Gevrey : "Ben, c'est moi qui les ai! Vous semblez être surpris ?"

Reinhart : "Oui, franchement, là, ça change tout."

Reinhart : "D'accord. Et tu les as dans ton bureau ?"

Gevrey : "Non."

Reinhart : "D'accord. Tu les as ailleurs ?"

Gevrey : "Certainement, si je les ai pas dans mon bureau, c'est qu'ils sont ailleurs. [...] Je pourrais peut-être en fournir un ou deux. Sauf que je les ai pas là. Ils sont à Bruxelles."

[...]

"Ton interlocuteur a pu mettre un nom d'une banque et un numéro au pifounet ?"

Reinhart : "Donc, tu avais fait un rapport écrit pour mettre les numéros de compte et tout le bastringue à ce moment-là ? [...] Et ils ont quelle gueule ces rapports écrits ?"

Gevrey : "C'est un papier blanc, avec marqué "Confidentiel" en travers, ils n'ont aucune valeur juridique. C'est pas forcément du Baudelaire, ça fait pas 30 pages."

Reinhart : "Est-ce que tu crois, Dominique, que ton interlocuteur, mettons-nous dans le scénario noir, [...] a pu mettre un nom d'une banque et un numéro au pifounet ?"

Gevrey : "Non. [...]"

Husson : "La pièce qui déclenche notre plainte, c'est qu'il y a des comptes offshore. Si on n'a pas cette pièce, tout s'écroule. [...]"

Reinhart : "Si on n'a pas ça, on est pendus! Au premier lampadaire à côté! [...] Tu n'as pas testé toi du doigt tout ce qu'il a pu te raconter, dire ou écrire ?"

Gevrey : "Comment veux-tu que je vérifie? Je vais m'interdire de poser des questions qui ne me regardent pas. [...] Je vais perdre sa confiance." [...]

Reinhart : "Ton monsieur, ton Belge, il nous a promis quasiment un RIB complet de messieurs Balthazard, Tenenbaum et Rochette, c'est ça qui m'intéresse. On s'en fout un peu si ça vient par là ou ailleurs. L'important, c'est qu'ils aient déjà un compte. [...] Ce que je voudrais juste savoir, c'est: [...] est-ce que tu as pensé à un moment que ton type t'enfumait?"

Gevrey : "Non jamais! Je ne suis pas naïf, je suis gentil, je suis confiant. Je fais confiance aux gens." [...]

[…]

"Il me faut un nom !"

Reinhart : "Et pourquoi tu veux pas donner le nom? Tu mets le nom dans une enveloppe. [...]"

Gevrey : "A quoi ça sert si je le mets dans une enveloppe ?"

Reinhart : "Si tu veux, Ghosn, il a l'air d'être parti dans les stratosphères. [...] Il dit : 'Il me faut au moins un nom, que j'aie pas l'impression de me balader au milieu de nulle part et sur des nuages.' Et ça, c'est compliqué pour toi de le fournir ?"

Gevrey : "C'est pas compliqué, c'est IMPOSSIBLE ! Ne vous déplaise."

Reinhart : "Et il est toujours joignable facilement, cet homme ? Il est européen, il est peut-être français, non ? Il a 60 ans ?"

Gevrey : "Si je balance son nom, il est foutu. Et moi, je suis foutu aussi. C'est clair ?" [...]

Husson : "Ce n'est pas du voyeurisme, je m'en fous de savoir à qui il ressemble le mec. Ce qui m'intéresse depuis la première seconde, c'est la matérialité [des preuves] par tous les moyens. [...]"

 

Diffusion de l'enregistrement sur LEXPRESS.fr et France 2.

 

 

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