AÉRONAUTIQUELES ESSAIS EN VOL S'EUROPÉANISENTLa multiplication des programmes multilatéraux laisse présager une rationalisation des moyens d'essais en Europe. Le Centre d'essais en vol (CEV) français occupe le terrain grâce à l'acquisition de nouvelles technologies.

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LES ESSAIS EN VOL S'EUROPÉANISENT

La multiplication des programmes multilatéraux laisse présager une rationalisation des moyens d'essais en Europe. Le Centre d'essais en vol (CEV) français occupe le terrain grâce à l'acquisition de nouvelles technologies.



C'est dans le ciel français, en principe, que le premier prototype de l'hélicoptère NH90 prendra son envol en décembre. Mais pas moins de quatre pays - l'Allemagne, la France, l'Italie et les Pays-Bas - participent au programme et donc aux essais officiels. Le partage des opérations va se généraliser, européanisation des programmes aéronautiques oblige... "Plus un pays sera partie prenante dans les programmes futurs et plus sa probabilité de réaliser des essaissera forte", résume Hervé Groualle, directeur du CEV. Pour multiplier ses chances d'intervention, la France muscle ses moyens. Un quart du budget du CEV, soit 250millions de francs environ, est consacré annuellement à l'acquisition de technologies qui permettent de "passer au crible" tout ce qui vole en France, pour le compte des industriels de l'aéronautique et des espaces français ou étrangers, des armées ou de la Direction générale de l'aviation civile. Dernière acquisition en date: une centrifugeuse d'études, pour mesurer en particulier la tolérance des pilotes aux accélérations des nouveaux avions de combat (de l'ordre de 8g par seconde en mission normale, l'ancienne centrifugeuse ne pouvant monter qu'à 0,7g par seconde). Ce projet, d'un montant de 70 à 75 millions de francs, confié à Latécoère, démarrera au second semestre de cette année et sera opérationnel fin 1997, à Brétigny (Essonne). Autre exemple, Matra développe actuellement Sytram, un système de trajectographie multimobile composé de petites balises au sol, d'équipements de réception embarqués pour la localisation ainsi que d'un système de transmission de données pour le guidage et la conduite d'essais en temps réel des systèmes d'armes multicibles. Il sera installé à Brétigny en fin d'année prochaine, puis à Istres (Bouches-du-Rhône). Deux nouvelles stations mobiles, Hyperbrahms de Dassault Electronique et Sogitec, ainsi qu'Hypercerbère de CSDéfense, respectivement destinées aux mesures en vol des surfaces équivalentes radar et des signatures infrarouges des aéronefs de combat, de plus en plus "furtifs", prennent également leurs quartiers au CEV. Toutes ces installations présentent une caractéristique: elles sont "uniques" en Europe, soulignent les responsables du centre français. L'adjectif est lâché! Car ces adaptations doivent permettre de répondre aux évolutions de la demande, mais aussi d'anticiper une nouvelle donne "communautaire" des essais. Si la chaîne de simulation étatique de l'hélicoptère franco-allemand Tigre se trouve à Istres, c'est en partie parce que des outils particulièrement performants et coûteux ont été acquis depuis quelques années sous l'impulsion des essais du Rafale. Forte de ses technologies, la France est sur les starting-blocks pour jouer un rôle clé au sein de l'Europe des essais, alors que la rationalisation des moyens est sur les rails. Depuis deux ans, la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont effectué un recensement de leurs moyens, et les trois pays s'informent de toute acquisition d'un montant supérieur à 5millions d'écus. Objectif affiché: ne pas dupliquer les investissements. Encore informelle, cette démarche deviendra la règle. Et elle aboutira forcément à l'émergence de pôles d'excellence. La multiplication des alliances industrielles au sein de l'Union européenne et la construction effective d'une Europe de l'armement donneront le signal le plus clair de cette recomposition. Mais déjà le centre allemand de Manching réalise de moins en moins d'essais en vol, et il a même installé un détachement à Istres. Le fabricant britannique de sièges Martin Baker a, lui, choisi de traverser la Manche pour tester son siège éjectable qui équipe l'EFA. La compétence dans les tirs de missiles air-air et air-sol s'est ancrée profondément dans le Sud-Ouest, et l'Italie a confié l'adaptation d'armements sur l'avion Tornado au centre d'essais de Cazaux (Gironde). Il n'est en revanche pas exclu, à terme, que les activités

de Brétigny soient redistribuées entre les deux autres bases du CEV. Pour accompagner ces mutations, le CEV modifie en profondeur sa culture et sa gestion. Un nouveau système informatique, Sigma (Système d'information et de gestion méthodique des activités), développé par Bull, est en cours de validation. Sa raison d'être: la maîtrise des coûts et des délais, ainsi que l'optimisation des moyens. Nadine BAYLE





En 1994, Le CEV représentait...

Trois bases d'essais (Brétigny, Cazaux, Istres) sur une superficie totale de 6553 hectares.

2200personnes (dont 80% de personnel civil), sous la tutelle de la Délégation générale pour l'armement.

1,16milliard de francs de budget.

250millions de francs d'investissements.

12milliards de francs de patrimoine.

9400heures de vol.

63% de l'activité liée aux programmes militaires, 26% aux études militaires et 11% au secteur civil.

250avions en réception.

Un laboratoire volant composé de 51avions et 12hélicoptères.

USINE NOUVELLE N°2507

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