"Aerolia veut aller vite pour lancer son usine au Maroc, je vise fin 2015", selon Cédric Gautier

Cédric Gautier, PDG d'Aerolia détaille en exclusivité pour L'Usine Nouvelle, le projet que la filiale à 100% d'Airbus a annoncé le 15 juillet au salon de Farnborough, à savoir l'implantation d' une usine de composants aéronautiques à Casablanca pour un investissement de 40 milions d'euros. Ce projet qui générera au moins 400 emplois directs doit être mené tambour battant avec un début de production dans un site provisoire dès cette année. Le PDG d'Aerolia confirme par ailleurs que cet accroissement d'activité aurait dû se faire en Tunisie.

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Cédric Gautier, PDG d'Aerolia

Patron d'Aerolia depuis mai, Cédric Gautier qui redressa le programme A400M pour Airbus est un homme pressé. Le projet d'usine annoncé cette semaine à Farnborough devrait être opérationnel dans moins de deux ans.

L'Usine Nouvelle : Vous avez annoncé à Farnborough un projet d’usine Aerolia au Maroc et conclu un Mémorandum of understanding (MOU) avec le gouvernement marocain dans la zone industrielle Midparc, de quoi s’agit-il ?

Cédric Gautier - Nous avons effectivement signé le 15 juillet sur le salon un accord préalable pour une implantation industrielle sur la zone franche Midparc de Casablanca. C’est un projet significatif avec 400 à 500 salariés directs et sans doute autant avec la supply chain locale sur laquelle nous allons beaucoup nous appuyer, ce qui a d'ailleurs été un de nos critères de choix. Donc au global pour le Maroc c'est un projet qui doit se solder par 800 à 900 créations d'emplois assez vite.

L’investissement ?

Pour Aerolia, l’enveloppe globale d’investissement est de 40 millions d’euros, ceci comprenant le foncier, l’usine, les machines mais aussi un important coût pour le volet de formation. Il s’agit d’un MOU et nous devrons encore mettre au point les termes précis de la convention d’investissement avec l'Etat marocain, mais pour Aerolia, dans les faits, ce projet est déjà engagé.

Quel en est le timing ?

Nous voulons démarrer rapidement deux phases en même temps. Il y a d’une part l’acquisition du foncier et la construction de l’usine bien sûr, mais avant même cela, dans une "phase 1", nous voulons démarrer la production sans attendre, dès cette année même. Pour cela, nous allons louer un bâtiment provisoire à Nouaceur à proximité de la future usine pour débuter le travail de formation et même de production.

C’est ce qu’a fait Bombardier en attendant que son usine soit installée elle aussi à Midparc ?

Oui, c’est la même approche.

En quoi consiste le projet industriel ?

Il s’agit d’un site d’assemblage de sous-ensembles d’avion Airbus destiné à alimenter les lignes de notre usine française de Méaulte. Les produits fabriqués au Maroc, des élements de fuselage notamment, seront relativement complexes. L’idée, je vous l’ai dit est de monter rapidement en cadence pour atteindre 400 personnes avec la perspective d’aller au-delà.

"déjà des premières commandes"

Quid du volet formation : trouver si vite 400 salariés qualifiés ne sera pas facile ?

Un pro de l'aéro
Cédric Gautier, 53 ans est diplômé de Centrale Nantes. Il a fait toute sa carrière dans l'aéronautique et chez Aerospatiale puis Airbus. Il est PDG d'Aerolia depuis ce mois de mai. Il était auparavant directeur du projet A400M de 2011 à 2014, un programme qu'il a redressé après ses vicissitudes bien connues. Il a aussi été PDG d'EADS Sogerma.

C’est un point clé. Nous allons nous appuyer sur l’Institut de formation aux métiers de l'aéronautique (IMA) de Nouaceur. Comme ancien patron de Sogerma et donc alors de Maroc Aviation, j’avais vu se monter ce beau projet. Ma carrière m’a ensuite éloigné du Maroc mais j’ai constaté que c’est devenu un outil de formation bien adapté à nos besoins.

Cet institut, ouvert début 2011, géré par la profession et qui a reçu le soutien de la France, est devenu, selon moi, une source de compétitivité pour les entreprises aéronautiques marocaines car il prend en charge la présélection et la formation de leurs salariés. Les premières promotions Aerolia devraient même être lancées avant la fin de l’été.

Quelles fonctions et technologies seront mises en oeuvre sur votre site ?

Elles seront nombreuses par exemple les technologies d’assemblage métallique notamment le rivetage manuel ou semi-automatique. Par contre l’usine ne traitera pas de composites. Les produits seront sans doute livrés en Europe par la route.

Quid de l’environnement industriel, à savoir de vos sous-traitants ?

C’est là aussi un point crucial puisque Aerolia en moyenne achète 75 % de ce que le groupe produit. Au Maroc, nous avons d’ores et déjà travaillé en amont pour évaluer les capacités de la supply chain. La plupart des entreprises sont à capitaux français et nous les connaissons bien. Je vais vous surprendre : nous avons même déjà passé des premières commandes.

Cette industrie reste jeune au Maroc, allez-vous trouver toutes les fonctions dont vous aurez besoin ?

Un tissu industriel existe déjà dans l’usinage ou le traitement de surface et dans l’aéronautique, le Maroc a beaucoup progressé. A mon sens, ce secteur est plus avancé dans ce pays qu’en Tunisie, où vous le savez, nous sommes implantés depuis 2010.

En Tunisie, nous avons pu amener avec nous un réseau de fournisseurs et ce système fonctionne bien avec Aerolia comme chef d’orchestre.A Casablanca, nous escomptons aussi attirer de nouveaux "Tier2" car notre niveau d’activité le permettra. De plus, la montée en puissance conjointe de l’usine Bombardier dès l’an prochain va "saturer" en quelque sorte le marché marocain. Il faudra donc sans doute de nouveaux investissements de sous-traitants.

"l'Objectif : l'usine pour fin 2015"

Comment allez vous conduire le projet ?

Tout le process d’élaboration technique est en cours. Nous n’avons pas encore sélectionné le terrain. Nous allons le faire avec Midparc avant de choisir les architectes et sociétés d’ingénierie et de travaux. Je voudrais que le bâtiment soit prêt fin 2015.
A réception de celle-ci, grâce à notre usine relais qui sera déjà en route, nous opérerons donc un "départ lancé" !

Quel "package" a offert le gouvernement du Maroc à Aerolia?

A côté du droit commun par exemple, la franchise d’impôts pendant cinq ans de la zone franche, c’est vrai que nous aurons droit à quelques "encouragements", notamment sur la prise en charge de la formation. Mais je préfère en rester là. Je peux simplement vous dire que nous avons reçu un soutien proactif de Moulay Hafid Elalamy le ministre de l’Industrie. Il vient du monde des affaires et cela se voit.

Ce projet suit une implantation en Tunisie où l’usine Aerolia avait ouvert fin 2010, juste lors du déclenchement de la révolution. Elle a connu un climat social tendu depuis. L’usine marocaine remplace-t-elle votre site en Tunisie ?

Non. La question ne se pose pas ainsi. Nous restons en Tunisie bien sûr, mais sans projet d’extension, je l’ai dit aux autorités tunisiennes.

Car l’usine de Tunis devait initialement encore grossir...

C’est exact. La Tunisie présente des atouts, elle est par exemple un peu moins chère que le Maroc mais a aussi ses risques. Je dois dire que cette période a été délicate, mais malgré tout, le site est monté en puissance. Nous avons trouvé ces derniers mois un terrain d’entente avec les syndicats avec qui nous avons conclu un accord.

L’usine tunisienne qui emploie 600 salariés et autant chez les "Tier2" parvient à de bons résultats. Mais, Aerolia a décidé de ne pas s’exposer à 100% sur un seul pays, d’où ce choix du Maroc pour nos plans d’extension qui, c’est vrai, auraient pu se dérouler en Tunisie. Ceci étant, les deux usines ne seront pas similaires et ne produiront pas les mêmes éléments. Nous avons désormais ainsi deux jambes au Maghreb.

Enfin pour conclure, toutes ces opérations sont souvent dénoncées comme des délocalisations par les syndicats en France. Votre réponse ?

Je leur dis deux choses. Premier point, cela nous fait gagner en compétitivité. C'est essentiel au développement et à la santé d'Aerolia qui évolue sur un marché très concurentiel. Marier les sources d’approvisionnement low-cost et celles à fort contenu technologique comme en Europe permet à Aerolia d’aller chercher de nouveaux marchés, typiquement par exemple chez Bombardier.

Deuxième point, l’activité dans le secteur aéronautique est si forte aujourd’hui qu’il nous faut gagner en capacité. Et Aerolia embauche sur ses sites français tout en investissant aujourd'hui en Tunisie et demain au Maroc.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

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