Acheter responsable, ce n'est pas du luxe !

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Sans que cela leur revienne plus cher, les entreprises peuvent parfaitement réaliser des achats plus éthiques et plus respectueux de l'environnement. Démonstration.

- 72,4 % pensent que ces aspects environnementaux seront plus importants dans les douzeprochains mois.

- 44,8 % déclarent manquer de critères pour identifier ce que sont les achats durables.

- 57,7 % indiquent que les attentes de leurs clients les poussent à intégrer des critères développement durable dans leurs achats.

SOURCE : ENQUÊTE ADEME - ECOVADIS

L'acheteur responsable doit pouvoir identifier les exigences de son entreprise et s'assurer que ses fournisseurs les respectent dans les trois dimensions suivantes :

Environnement. Analyse du cycle de vie des produits, traitements des eaux usées, non-rejet d'effluents toxiques, préparation à la directive Reach, réduction de la consommation d'énergie, etc.

Social. Âge minimum au travail, égalité des chances, réduction du nombre d'accidents du travail, etc.

Ethique. Engagement contre la corruption, liberté d'expression, etc.

Depuis un an, Schneider Electric s'appuie sur la société Ecovadis pour évaluer 50 fournisseurs, parmi les milliers qui travaillent avec lui. « Nous avons défini ce premier panel de sorte qu'il soit le plus représentatif possible des situations que nous rencontrons », explique Gilles Vermot Desroches (photo), le directeur développement durable du groupe. Une étape supplémentaire, qui s'inscrit dans une démarche entamée dès 2004. « Nous avons voulu tester cette solution, qui a fait ses preuves avec d'autres grands groupes », explique-t-il. Créée il y a trois ans, Ecovadis a mis au point une méthodologie d'évaluation sur le mode déclaratif, dans laquelle 21 critères - classés dans les domaines de l'environnement, du social et de l'éthique - sont passés en revue. Une équipe d'analystes est ensuite chargée de vérifier les preuves (certifications, plan d'amélioration...) apportées par les fournisseurs. S'il considère qu'être responsable dans ses achats ne doit pas se résumer à des audits externes, Gilles Vermot Desroches estime tout de même que c'est un bon complément à l'objectif qu'il a fixé : 60 % des fournisseurs doivent avoir signé le pacte mondial de l'ONU d'ici à la fin 2011. .

Avant de sortir l'arsenal pour évaluer les nombreux fournisseurs de la SNCF, Olivier Menuet, le directeur achats durables, mise sur le changement en profondeur du comportement des 700 acheteurs. Il commence par s'entourer d'une équipe de 12 personnes chargées de les conseiller sur les aspects gestion de fin de vie des produits par exemple. Qu'il complète d'un réseau de 17 coordinateurs régionaux sélectionnés sur la base du volontariat. En 2008, l'équipe prêche la bonne parole et recense les pratiques individuelles réussies. L'année suivante, quelques indicateurs sont identifiés et valorisés dans un tableau de bord présenté au Comex, au même titre que la qualité notamment. La prochaine étape sera de mesurer la performance. « C'est notre challenge sur les trois prochaines années, indique Olivier Menuet, c'est ce qui va permettre de rendre tangibles les actions durables que nous mettons en oeuvre. »

Intégrer le développement durable dans mes achats, cela va me rapporter combien ? », interrogeait ironiquement une acheteuse lors d'une conférence organisée par l'association des achats et supply chain (ACA). Si fournir une réponse chiffrée précise n'est pas simple, la question est loin d'être anodine. Nombreux sont les acheteurs qui réfléchissent à la façon de prendre en compte les questions environnementales, mais aussi sociales et éthiques, tout en continuant à remplir leur mission : faire gagner de l'argent à leur entreprise. Beaucoup d'entre eux voient encore un paradoxe dans cette tendance des « achats responsables ». Ils n'imaginent pas pouvoir combiner économies et écologie. Pourtant certains y parviennent déjà, surtout dans les grands groupes.

Ainsi, chez Sanofi-Aventis, un programme de standardisation des achats de vêtements de travail a permis de sélectionner des produits tissés dans du textile issu du commerce équitable plutôt que dans du textile classique. Sans coût supplémentaire. « Tous nos sites avaient des normes et donc des cahiers des charges et des fournisseurs différents pour ce type de produit », se souvient Michel Cavalier, le directeur adjoint des achats du groupe. La première étape a donc été de normaliser l'ensemble des demandes. Puis, la diminution du nombre de références a permis d'optimiser les coûts. « Au final, grâce aux économies réalisées, nous avons pu acheter du textile écoresponsable. Et cela ne nous revient pas plus cher », assure Michel Cavalier.

À la SNCF, toute la stratégie d'impression des documents est en train d'être revisitée. Choix de papier issu de forêts gérées durablement, encres végétales... Même la stratégie de découpe des guides horaires a été repensée pour en limiter les déchets. Résultat : 17 % de gains ont été réalisés sur l'ensemble des nouveaux guides TER pour l'Est de la France. « Cette économie n'est pas directement liée aux aspects développement durable, mais cela prouve juste que ce n'est pas incompatible ! », souligne Olivier Menuet, le directeur achats durables de la SNCF depuis 2008.

RESTER VIGILANT SUR LA GESTION DU RISQUE IMAGE

Au-delà de la démonstration comptable, penser « responsable » peut aussi être directement rentable pour l'entreprise. En choisissant de confier le traitement de ses déchets électroniques en fin de vie à deux fournisseurs employant des travailleurs handicapés ou en insertion, la SNCF a pu économiser 47 000 euros de taxe Agefiph (association pour la gestion du fonds d'insertion professionnelle des personnes handicapées). Une somme non-négligeable pour un marché de 200 000 euros sur deux ans.

Le laboratoire pharmaceutique Sanofi-Aventis, qui a entamé des réflexions sur ces thématiques dès l'été 2006, a réalisé une économie de 50 % sur l'acquisition de ses cartouches d'encre - un marché estimé à plus de 1 million d'euros rien que sur les sites français - en passant par la case recyclage. Un fournisseur est chargé de récupérer les cartouches vides stockées dans des cuves prévues à cet effet, sur l'ensemble des sites en France. Il les démonte, les nettoie, les met à neuf, les remplit d'encre, les conditionne et les livre sur les mêmes sites. Son usine de revalorisation a fait l'objet d'un audit pour s'assurer qu'elle respectait bien les attentes de Sanofi-Aventis. Des exemples probants qui pourraient bien faire tache d'huile.

Comme Monsieur Jourdain, beaucoup d'entreprises pratiquent, sans le savoir, ce type de « responsabilité sociale » (RSE) incluant une dimension écologique. C'est le cas, par exemple, du spécialiste européen de la logistique du froid STEF - TFE. « Avec une marge nette de l'ordre de 2 % du chiffre d'affaires, on était déjà très attentif aux gaspillages », témoigne Eric Bouvatier, de la direction achats du groupe. Ainsi, le transporteur et logisticien a investi dans des formations à l'éco-conduite. Prévues au départ pour limiter la consommation de carburant et donc la facture à la pompe, elles ont évidemment un impact sur l'environnement. Un effort que STEF - TFE ne manque pas de faire valoir désormais auprès de ses clients. Surtout depuis un an, les résultats de l'enquête de satisfaction montrent, qu'en grande majorité, ces derniers ne considèrent pas le développement durable comme un luxe.

De fait, les grands donneurs d'ordres sont toujours plus vigilants sur la gestion de leur « risque image ». Ils veillent désormais à mettre en cohérence les valeurs qu'ils affichent avec leurs pratiques en interne, mais aussi avec celles de leurs fournisseurs. « Depuis l'été dernier, 90 % des appels d'offres auxquels nous répondons contiennent un paragraphe sur la RSE. C'est un phénomène très nouveau », constate Patrick Thélot, le président du spécialiste de l'accueil en entreprise Phone Régie. Précurseur, ce groupe a d'ailleurs mis en place toute une batterie de mesures autour du développement durable. Chez lui, les ampoules à incandescence sont remplacées par des lampes à LED. Il s'est engagé à accueillir 3 % de personnes handicapées dans son effectif à l'horizon 2012. Il a mis en place un système de compensation d'énergie « carbone 0 % » pour la fabrication de 10 000 uniformes chaque année. L'entreprise impose notamment à son fournisseur de financer un programme d'énergie propre. Enfin, Phone Régie s'est engagé pour la construction d'écoles en Afrique sous la forme de mécénat. Et ces mesures rapportent à cette grosse PME de plus de 4 000 personnes (117 millions de chiffre d'affaires en 2009). « On a remporté un certain nombre de marchés grâce à nos engagements », souligne le président.

DÉFINIR DES CRITÈRES D'ÉVALUATION

Être proactif sur le développement durable est un atout. Encore faut-il savoir valoriser ces efforts. « Aujourd'hui, si des grands comptes nous demandent si nous avons quelque chose de formalisé en termes de développement durable au niveau des achats, je suis obligé de répondre non », déplore Eric Bouvatier de STEF - TFE, qui espère avoir bouclé d'ici à la fin de l'année une démarche structurée, s'appuyant sur des indicateurs pertinents dont l'identification est en cours. « Ce qui manque souvent, ce sont des critères d'appréciation », souligne Alain Chatenet, d'A2 Consulting et président national achat et développement durable à la Compagnie des dirigeants et acheteurs de France. La plupart des grands groupes planchent sur la question, chacun définissant ses tableaux de bord à suivre. Même le service des achats de l'Etat (SAE), créé en mars 2009 dans le but de mutualiser et de professionnaliser ce service, a mis en place huit indicateurs, comprenant notamment la consommation de papier ou le parc véhicules, pour noter ses fournisseurs. Avec une difficulté cependant : le code des marchés publics interdit de faire appel à un panel de sous-traitants privilégiés.

Quant à ceux qui sont exempts de cette contrainte réglementaire, ils peuvent faire appel à des sociétés comme Ecovadis (lire page 41). Elle a mis au point une plate-forme mutualisée d'évaluation de fournisseurs, fondée sur une série de 21 critères. Ils tiennent compte du type de marché, de la taille de l'entreprise ou encore du pays. À la fin de l'année, la norme internationale ISO 26000 fournira aussi aux organisations un cadre commun pour la responsabilité sociétale en couvrant des aspects économiques, sociaux et environnementaux. D'ici là, l'Afnor prépare un document à destination des acheteurs et des directions générales, qui identifiera les passerelles entre le processus achat et les concepts de l'ISO 26000. Et il fera des recommandations pour aider les entreprises à mettre en place une politique d'achat responsable.


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