Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Auto

Accord de compétitivité : Le contrat social de PSA Sevelnord

Cécile Maillard , , , ,

Publié le

Enquête L'accord signé par la filiale du constructeur automobile avec ses syndicats pourrait inspirer les négociations nationales, qui vont s'ouvrir, sur la sécurisation de l'emploi.

Le rendez-vous n'avait même plus besoin d'être pris. Tous les vendredis, 10 heures, direction et organisations syndicales se retrouvaient pour négocier. Entre le 25 mai et le 26 juillet, date de signature de l'accord par trois syndicats sur quatre, le directeur des ressources humaines (DRH) de Sevelnord, Pierre Long, a compté sept réunions de négociations et trois de relecture de l'accord. Signé à l'arraché la veille des congés d'été, cet accord de compétitivité est le premier du genre dans l'automobile française. Alors que s'ouvrent les négociations nationales sur le marché du travail, il fait office de modèle ou de repoussoir, c'est selon. En tout cas, il a été suivi fin août de l'annonce de la production d'un véhicule avec Toyota.

Dans un petit bureau gris et sombre du bâtiment de la direction, le DRH, en blouse grise Sevelnord, explique pourquoi il a fallu négocier si vite : « Fin juillet, se tenait le JEP de PSA, le jalon engagement projet, qui devait décider si le groupe lançait ou non un véhicule utilitaire de moyenne gamme, le KZéro. Pour obtenir cette production, Sevelnord devait se positionner comme étant la solution d'avenir pour PSA. » En 2011, les mauvaises nouvelles s'accumulent pour Sevelnord. En mai, Fiat annonce qu'il souhaite se retirer de l'entreprise, dont il possède 50% du capital. Entourée de petits villages de briques rouges, l'usine du sud de Valenciennes (2 600 salariés) produit essentiellement un même utilitaire, sous les marques Peugeot, Citroën et Fiat. Sans les commandes de la firme italienne, difficile de rentabiliser le site. Deuxième coup de bambou un mois plus tard, quand la CGT rend public le « document secret de Varin », qui envisage non seulement la fermeture d'Aulnay, mais aussi celle de Sevelnord. « Bizarrement, les salariés n'ont pas manifesté leur émoi, s'étonne encore le délégué CFE-CGC, Éric Schwamberger. Mais syndicats et politiques locaux sont montés au créneau, tous bords confondus. »

Le modèle Toyota de l'« overtime »

En septembre, PSA fixe trois conditions à l'avenir de Sevelnord : gérer au mieux la sortie de Fiat, trouver un nouveau partenaire, et « renforcer la performance du site ». Sevelnord, en concurrence avec l'usine de Vigo, en Espagne, s'attaque à tous ses points faibles, industriels et organisationnels. Les partenaires sociaux sont consultés, avec un marché clair en main : l'effort des salariés est l'une des conditions de l'avenir du site. « Un chantage à l'emploi ! », s'insurge le secrétaire de la CGT de Sevelnord, Ludovic Bouvier. Un principe est posé : les sacrifices consentis ne s'appliqueront que si Sevelnord obtient le KZéro. Sinon, l'accord sera caduc. Point le plus âprement discuté, l'« overtime ». L'usine voisine de Toyota, à Onnaing, a mis en place ce système qui permet de prolonger la journée de travail de dix minutes en cas de retard dans la production. Ici, tout le monde connaît bien le modèle Toyota. Les patrons de l'automobile de la région se rencontrent régulièrement dans le cadre d'une association, les syndicalistes dans leur union départementale, et les intérimaires passent d'une usine à l'autre... Mais aucun constructeur français n'applique encore ce système de l'« overtime ». Pour le DRH, « il était très important de montrer notre capacité à tenir les délais ». À Sevelnord, les salariés seront prévenus deux heures avant la fin de leur service que celui-ci est prolongé de vingt et une minutes au maximum.

Quant à l'équipe de l'après-midi, elle peut commencer et donc partir vingt minutes plus tard, voire quarante minutes, si elle-même voit sa journée de travail prolongée. Avec des conséquence non-négligeables sur l'organisation de vie des salariés (enfants, covoiturage). Les organisations syndicales ont obtenu que ce temps soit payé en heures supplémentaires majorées - et non compté en heures normales. Autre point d'achoppement : le gel des salaires, décidé par la direction pour deux ans. « S'il y avait eu baisse de salaire, comme dans certains accords de compétitivité, nous n'aurions jamais signé », indique le délégué FO, Jean-François Fabre. Il se réjouit que l'enveloppe consacrée à l'intéressement soit passée de 4% de la masse salariale à 6%. Possible parce que « l'intéressement ne joue pas sur le coût par voiture », explique le DRH.

Un accord « infect » selon la CGT

Les cadres, techniciens et agents de maîtrise voient baisser de 11 à 7 leurs journées de RTT, sans modification du temps de travail annuel, car leurs journées sont raccourcies de huit minutes. Mais la direction pourra imposer ses dates pour trois des sept jours. Les ouvriers perdent une de leurs deux journées de repos annuelles. Dernier axe de l'accord : la mobilité. Le prêt de main-d'oeuvre est mis en place pour éviter les licenciements en période creuse. Il repose sur le volontariat, mais aussi sur la sanction. En l'absence de volontaires pour aller travailler dans une entreprise de la région, les journées de chômage partiel seront moins indemnisées. Patrick Prudhomme, le secrétaire du SPI-GSEA, indique qu'il veillera « à ce que les salariés partis ailleurs reviennent pour relancer la production et le site ». En contrepartie, la direction s'engage à ne pas faire de plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) durant toute la durée de l'accord, c'est-à-dire trois ans. « Ce n'est pas une contrepartie, s'insurge le secrétaire de la CGT, Ludovic Bouvier, il n'y a jamais eu de PSE à Sevelnord ! Ce qui ne nous a pas empêchés de perdre près de 1 000 emplois depuis 2008. La gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences (GPEC), qui encourage les départs volontaires, est toujours en place, et les licenciements individuels ou pour inaptitudes se sont multipliés. » La CGT, qui attend les conclusions d'un rapport demandé au cabinet Secafi sur l'effet de l'accord de compétitivité sur Sevelnord, a refusé de signer un texte que son secrétaire qualifie d'« infect ». Pour lui, PSA n'avait pas d'autres choix que d'accorder le KZéro à Sevelnord : « Le groupe n'aurait pas trouvé les mêmes aides publiques en Espagne. » Selon la CGT, des demandes de financement de formation pour plusieurs millions d'euros ont été faites auprès des collectivités locales. Côté direction, on reconnaît des demandes, mais classiques, et si PSA court après des subventions pour l'ensemble du groupe, Sevelnord dit ne pas en avoir demandé lui-même. Trois organisations syndicales (SPI-GSEA, FO, CFE-CGC) ayant signé l'accord le 26 juillet, celui-ci entrera en application au 1er janvier 2013. Entre-temps est tombée la nouvelle : PSA va fabriquer à Sevelnord son nouvel utilitaire, avec un investissement de 750 millions d'euros. « Sans l'accord social, on n'obtenait pas le KZéro », est persuadé le DRH, qui souligne aussi que s'il était « nécessaire », l'accord n'était pas « suffisant ». Selon lui, il contribue à 40 % de l'effort de productivité consenti par le site, les 60% restants provenant des réorganisations industrielles.

Alors, sauvée, l'usine de Sevelnord ? « Pour quinze ans, c'est sûr », estime FO. À voir. Pour la première fois dans l'automobile française, un constructeur, PSA, va fabriquer un véhicule pour un autre constructeur, avec lequel il n'a pas de joint-venture. Le français introduit le loup dans la bergerie, un non-européen sur son propre marché. Ce qui ne va pas sans risques commerciaux.

LES POINTS CLÉS

  • Prolongation de vingt et une minutes en cas de retard de production dans la journée
  • Gel des salaires pendant deux ans
  • Perte de RTT qui passent de 11 à 7 jours (cadres) ou de 2 à 1 (ouvriers)
  • Prêt de main-d'oeuvre fortement encouragé

 

Accord PSA Sevel Nord

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle