Accident d'Eckwersheim : que faisaient des enfants dans une rame d'essai SNCF ?

La présence de mineurs dans la rame d’essai du TGV Est qui a déraillé samedi 14 novembre à Eckwersheim (Bas-Rhin) soulève des questions sur la pratique, répandue, d’emmener ses enfants sur son lieu de travail. Me Patrick Thiébart, avocat spécialiste du travail, y répond.

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Crédits CC Twitter @MarcMatheySNCF rame d'essai le 26 octobre

Quatre enfants étaient présents dans la rame d’essai du TGV Est dont l’accident a fait 11 morts samedi 14 novembre. Ces mineurs de 10 à 15 ans n’ont été que légèrement blessés. D’autres "accompagnants" figurent sur la liste de la quarantaine de personnes présentes à bord, aux côtés des experts, techniciens, ingénieurs. Guillaume Pépy, président de la SNCF, a déclaré que "ce n’est pas une pratique que la SNCF reconnaît. On n’est pas dans une phase touristique ou dans une phase amicale. Un train de test est un train de test."

Ca, c'est la théorie. Dans la pratique, la présence de membres de la famille, dont des enfants, est tolérée lors de nombreux événements. "Une coutume, courante mais pas explicitement écrite", reconnaît un porte-parole de la SNCF.

Conducteur de train et représentant de la CFDT Transports, Fabian Tosolini, raconte avoir emmené deux fois ses enfants avec lui en cabine. "Vingt-cinq minutes dans un TER entre Douai et Valenciennes, un dimanche, par fierté pour mon métier et l’envie de partager. J’avais bien sûr demandé une autorisation."

Un Lieu privé, interdit à toute personne extérieure

De nombreux salariés, dans beaucoup de métiers, emmènent leurs enfants sur leur lieu de travail. Le monde éducatif, celui de l’entreprise, les psychologues, les encouragent à faire découvrir à leur progéniture leur métier, leur pratique professionnelle, et l’entreprise, ce lieu où ils "disparaissent" pendant tant d’heures. Les parents le font volontiers, un dimanche de permanence, un jour de grève à l’école, ou pour un événement festif.

Le code du travail ne dit rien sur la présence d’enfants sur un lieu de travail. Mais "une entreprise est un lieu privé, interdit à toute personne extérieure, explique Me Patrick Thiébart, avocat associé au cabinet Jeantet. Si vous voulez y faire entrer quelqu’un, enfant ou non, vous devez solliciter préalablement un accord écrit de votre employeur ou supérieur hiérarchique".

S’il donne son autorisation, l’employeur devient responsable des dommages matériels ou corporels que l’enfant pourrait causer, sur lui-même ou sur l’environnement de travail. "Parce qu’il a une obligation de résultats quant à la santé et à la sécurité de ses salariés et autres personnes présentes, comme les salariés de ses sous-traitants." L’avocat spécialiste des questions du travail conseille donc la prudence aux employeurs: "ils ne doivent pas donner leur autorisation quand l’environnement de travail est risqué, et ne surtout pas accepter que cela devienne un usage. Cet accueil doit rester une exception." Il déconseille par exemple fortement à une entreprise d’autoriser un salarié chauffeur routier à voyager avec un enfant, comme cela se pratique souvent.

Sans autorisation, le salarié commet une faute grave

Si le salarié fait entrer ses enfants sur son lieu de travail sans autorisation de son employeur, il commet une faute grave, et peut être licencié pour cette raison. Les juges prennent toutefois en compte les circonstances, une urgence familiale par exemple, ou l’impossibilité pour un salarié de prévenir son employeur d’un problème. Le licenciement pourrait alors considéré comme abusif.

Deux exceptions, dans le droit du travail. La présence d’enfants sur le lieu de travail est autorisée pour les stages de découverte de 3e et quand une jeune mère allaite son bébé. Elle a le droit de l’emmener sur son lieu de travail, une heure par jour, jusqu’à son premier anniversaire. A condition que l’employeur dispose d’un "local dédié à l’allaitement", ce qui est relativement rare.

Cécile Maillard

2 Commentaires

Accident d'Eckwersheim : que faisaient des enfants dans une rame d'essai SNCF ?

Francky54
17/11/2015 09h:48

Bravo, enfin un journal qui ne dénigre pas les cheminots et qui confirme que dans le monde du travail ,les enfants ainsi que leur parents aime faire découvrir ou partager leur métier ,qui parfois est une passion pour l'un comme pour l'autre . Le monde ferroviaire peut être fascinant pour certains ( merci à eux ) et fatiguant pour d'autres ( usagers ) merci quand même . Alors s'ils vous plait merci de laisser cette "affaire " de côté et penser un peu aux familles qui sont en deuil. Il y a quelques semaine un enfant et son papa décédé dans un terrible accident de la route entre un camion et un bus rempli de personne âgé ( paix à leurs âmes et condoléances aux familles ) je ne me souvien pas une telle polémique autour du fait que l enfant était avec son père au travail .
En tous cas je pense que dans c'est moment ,on devrai arrêter de chercher le buzz et plutôt ce receullir par respect pour ces personnes décédé pendant leur travail .
Merci de publier mon commentaire et de ne pas l effacer comme certains journaux.L on déjà fait. Mes chers collègues reposé en paix .

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Réaction(s)
Arthur
07/05/2016 15h:54

Seulement, il n'y a pas que vos chers collègues qui sont morts dans cet accident. Il faut ajouter deux personnes décédées totalement étrangères à la SNCF (c'était notamment le cas de ma soeur, invitée - et franchement pas passionnée par le monde des chemins de fer). Il faut ajouter de nombreuses personnes étrangères à la SNCF/SYSTRA, blessés ou gravement blessés. Vous en appelez au respect aux morts, par respect pour eux justement, n'oubliez pas que deux sont mortes bien loin de leur lieu de travail pendant un weekend. Ces onze morts et ces nombreux blessés, certains étaient cheminots, d'autres pas, certains travaillaient, les autres pas... tous étaient des êtres humains qui manquent terriblement à leurs proches.

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