ABRASIFSNORTON REMIS À NEUFAprès trois ans de restructuration industrielle intense, la filiale abrasifs de Saint-Gobain devrait reprendre un nouvel élan. Un secteur clé dans lequel le groupe de matériaux de construction entend gagner des parts de marché en partant à la conquête de nouvelles acqui...

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ABRASIFS

NORTON REMIS À NEUF

Après trois ans de restructuration industrielle intense, la filiale abrasifs de Saint-Gobain devrait reprendre un nouvel élan. Un secteur clé dans lequel le groupe de matériaux de construction entend gagner des parts de marché en partant à la conquête de nouvelles acquisitions.



Encore une dernière ligne droite avant d'arriver au but. La division abrasifs de Norton est en train de remplacer toute son informatique pour la gestion des commandes et de la comptabilité. Cette ultime et douloureuse étape achèvera cette année le plan de modernisation et de restructuration industrielle entamé en 1992 par Saint-Gobain. Le groupe de matériaux de construction, qui avait misé 11milliards de francs en 1990 sur l'achat des céramiques et des abrasifs Norton, a depuis procédé à une remise à plat totale de la branche abrasifs. Et il espère bien maintenant pouvoir en tirer profit. Aux Etats-Unis comme en Europe, Norton a revu son outil industriel de fond en comble. Car le maintien de Norton à la première place mondiale passait par la rationalisation d'un outil industriel trop lourd et mal géré. En prenant possession de l'entreprise américaine, Saint-Gobain a découvert que la branche abrasifs avait été négligée au profit des céramiques. Ce secteur est pourtant pénalisé par des coûts de production élevés et doit faire face à une gestion complexe de plus de 250000 types de meules et de près de 40000types d'abrasifs appliqués. Témoignage des gains potentiels, le cabinet de reengineering Symmetrix a pu diminuer les délais de livraison de moitié dans quatre usines américaines en corrigeant les méthodes de travail et en réorganisant l'utilisation des fours. Le consultant a remarqué que la gestion industrielle n'était d'ailleurs pas le seul point faible de la branche abrasifs de Norton, qui croulait sous une "bureaucratie écrasante" avec près de onze niveaux de management! Saint-Gobain a restructuré l'ensemble des activités en centres de profits, réorganisé les équipes de management et procédé à l'élimination des vieilles machines, peu rentables, principalement dans la partie abrasifs agglomérés. "En trois ans, Norton Abrasifs Europe a investi autant que les quinze années précédentes", explique Pierre-André de Chalendar, directeur général abrasifs de Norton Europe.

Développer rapidement des produits à forte marge

Acquisition de nouvelles presses, remplacement de fours tunnels par des fours périodiques pour les petites séries de meules, achat de machines à commandes numériques pour l'apprêtage des colles..., la modernisation s'est infiltrée aussi bien dans la production d'abrasifs agglomérés que dans celle des appliqués. Au total, ce sont 200millions de francs qui auront été consacrés à la remise à niveau des outils dans les six usines d'Europe. "En deux ans, la productivité a été améliorée de 10 à 15% dans les meules", estime Pierre-André de Chalendar. Bien que numéro1 européen, Norton a subi des pertes importantes dans ce secteur. Ainsi, l'usine de La Courneuve, qui était surdimensionnée, a payé le plus lourd tribut aux 300suppressions d'emplois réalisées en Europe. Avec l'aide de la reprise économique, les premiers résultats sont là. Le bilan de 1994 est en effet encourageant avec un chiffre d'affaires (2,2milliards de francs pour la branche abrasifs Europe) qui aura progressé de plus de 11% et des résultats d'exploitation en hausse. A présent, Norton Europe doit progresser sur le développement de nouveaux produits et sur le service à la clientèle. Pierre-André de Chalendar s'est fixé un objectif ambitieux: doubler les parts de marché dans les abrasifs appliqués d'ici à trois ans. "Nous tenons la position de leader dans les agglomérés, mais devons mieux nous placer dans les appliqués", explique-t-il. Pour y parvenir, Norton veut lancer plus rapidement de nouveaux produits à forte marge et renouveler au moins le quart de ses références en trois ans. La recherche, centralisée aux Etats-Unis, travaille en liaison étroite avec la division céramique pour mettre au point de nouveaux grains. Parallèlement, des équipes de développement ont été introduites dans les usines afin de mieux cerner les marchés locaux. Mais ce ne sera pas suffisant. Reparti sur de bonnes bases, le groupe devrait se lancer dès cette année dans une véritable politique d'acquisitions externes. Le renforcement des positions en Allemagne, qui représente un quart du marché européen des abrasifs, est l'une des principales préoccupations. "Notre présence y est trop faible", appuie Pierre-André de Chalendar. Un premier pas a été accompli avec l'achat d'un petit fabricant local, Ephesis, en 1992. Mais la prise de contrôle est minime dans un pays que le groupe tente de pénétrer depuis plusieurs années. Pour Gilles Colas, directeur du plan de Saint-Gobain, toutes les opportunités seront bonnes à saisir. "Nous souhaitons explorer les pays de l'Est et renforcer les acquis déjà apportés par Norton en Asie- Pacifique et en Amérique latine", précise-t-il. Si les mouvements d'achat d'entreprises ne sont pas spectaculaires dans le secteur des abrasifs, la profession est encore suffisamment éclatée pour envisager des affaires intéressantes."Nous n'aurions d'ailleurs pas déployé de tels efforts de modernisation dans les abrasifs si ce n'était pour envisager ensuite des développements dans ce secteur." Au sein du groupe Saint-Gobain, la branche des abrasifs - au même titre que celle des céramiques - constitue en effet l'un des pôles majeurs de diversification après l'abandon des activités dans le papier et le bois.

Pascale LEROY-PAULAY



Norton en Europe

Six usines

Deux usines en Italie pour la fabrication de meules organiques.

Une usine en Espagne pour les meules vitrifiées.

Trois usines en France avec les abrasifs appliqués à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), les meules vitrifiées à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) et les meules minces à Amboise (Indre-et-Loire).

Neuf unités marketing disposant de magasins et de dépôts.



La modernisation de l'usine Norton à Conflans

Les trois pôles de l'usine, spécialisée dans les abrasifs appliqués, ont été réaménagés successivement.

Point de départ de la réorganisation: un nouveau magasin de 2700mètres carrés, pour un investissement de 14millions de francs, a démarré début 1994. Les stocks des usines d'Amboise et de La Courneuve y sont rapatriés, afin de regrouper les envois à partir d'un site unique. Le site de fabrication, qui contient les équipements lourds, a reçu les modifications les plus importantes. Un nouveau "maker" pour l'encollage des toiles entre en service ce mois-ci et représente 20millions de francs d'investissement. Amélioration de productivité: l'acquisition d'un four à plat améliore le séchage des toiles et permet d'apprêter les deux faces en une seule opération, au lieu de deux avec un four à tambour.L'atelier de conversion sera réorganisé dans le courant de l'année. Avec près de cent cinquante machines différentes pour la coupe et les finitions des abrasifs appliqués, l'optimisation des flux représente le plus gros casse-tête. "Les consultants extérieurs n'ont pas trouvé de solution, et nous avons dû concevoir la nouvelle réorganisation en interne", remarque Patrick Caron, directeur assurance-qualité de l'usine.



Ils sont neuf à détenir plus de la moitié du marché

Abrasifs appliqués

3M (Etats-Unis)

Hermès (Allemagne)

VSM (Allemagne)

Norton (France)

Abrasifs agglomérés

Norton (France)

Tyrolit (Autriche)

Carborundum (Grande-Bretagne)

Superabrasifs

Diamont Winter (France)

Triefus (France)

Diamont Boart (Belgique)



Un paysage européen hétéroclite

La répartition des fabricants d'abrasifs est très inégale selon les pays. Ainsi, on peut dénombrer au moins soixante-cinq fabricants en Allemagne, contre une dizaine seulement en France. Une distorsion qui se justifie principalement par la concentration des fabricants d'outillage en Allemagne. A part quelques exceptions, telle L'Abrasienne qui s'est regroupée avec Carbo Abrasifs, les entreprises familiales n'ont pu survivre en France, alors qu'elles ont réussi à conserver des marchés de niche en Allemagne. Bien que la période de crise économique ait provoqué des dépôts de bilan et des achats d'entreprises, la profession ne se restructure que très lentement. Cependant, la surcapacité qui règne sur le secteur des abrasifs pourrait accélérer les regroupements dans les prochaines années.

USINE NOUVELLE N°2494

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