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A350, Rafale, Ariane, frégates... sur quoi d'autre le nouveau patron pourra-t-il embarquer Thales ?

Hassan Meddah , , , ,

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Analyse Les technologies de Thales, expert tricolore de l'électronique de défense, s’imposent dans la plupart des équipements militaires français. Avec 25000 chercheurs et ingénieurs, sa force de frappe en R&D est considérable. Pour l’exploiter au mieux, le prochain PDG du groupe devra ouvrir son innovation à d’autres partenaires et viser de nouveaux marchés connexes.

A350, Rafale, Ariane, frégates... sur quoi d'autre le nouveau patron pourra-t-il embarquer Thales ? © D.R.

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Quel industriel embarque à la fois à bord du Rafale de Dassault Aviation, de l’A350 d’Airbus, des frégates multimissions de DCNS, de la fusée européenne Ariane ? Thales ! La société spécialisée dans l’électronique de défense est au cœur des principaux équipements militaires et aéronautiques du pays. "Dans les radars, les sonars, les charges utiles de satellite, les radiocommunications et les grands systèmes de commandement, seuls les Américains font jeu égal avec nous. D’une façon plus générale, je crois qu’il n’y a pas de grand système d’armes ou de défense en service dans les armées qui ne soit littéralement 'innervé' par des équipements, des logiciels ou des solutions provenant de Thales", se félicitait le PDG sortant, Jean-Bernard Lévy, devant les députés de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale en 2013 lors d’une audition publique.

Une maîtrise des technologies souveraines qui confère à l’entreprise un caractère éminemment sensible. De fait, Thales est aussi au coeur de la dissuasion nucléaire française. Ses technologies  garantissent l’intégrité des systèmes de communication dont dépendent les plates-formes et les missiles des deux composantes de la dissuasion nucléaire, océanique et aéroportée. Alors, lorsqu’il s’agit de trouver un nouveau PDG, on peut comprendre que les discussions entre les deux actionnaires, l’Etat (27%) et Dassault (26%) jouent les prolongations.

 

A lire aussi : Dassault et l’Etat se neutralisent et nomment un patron par intérim chez Thales

 

Culture d’ingénieurs

L’un des grands défis du successeur de Jean Bernard Lévy sera de maintenir la capacité d’innovation du groupe réputé pour sa culture d’ingénieurs, un peu à l’image d’un Safran. Un empire dans l’empire. Sur les 65 000 collaborateurs, plus d’un sur trois est chercheur ou ingénieur. Environ 400 demandes de brevets sont déposées par an ! Le groupe consacre à la R&D pas moins de 20% de son chiffre d’affaires (14,2 milliards d’euros). "Sous l’ère Vigneron [PDG du groupe de 2009 à 2012, ndlr], la recherche a souffert des restructurations. Le groupe a eu tendance à recentrer son innovation sur les grands programmes auprès d’acteurs établis plutôt que de l’orienter vers les besoins des marchés émergents. Dès son arrivée, Jean-Bernard Lévy a cherché à l’ouvrir aux divisions opérationnelles, aux équipes marketing", note un bon connaisseur du groupe.

Pourtant la force d’innovation de Thales n’est pas forcément (re)connue. Le grand public a seulement appris le potentiel d’innovation du groupe avec le prix Nobel d’Albert Fert en 2007, décerné à l’un de ses chercheurs travaillant dans le domaine de la magnéto résistance géante. Thales n’a pas non plus été retenu dans le classement des 50 premières sociétés mondiales perçues comme les plus innovantes. Dans l’étude publiée par le Boston Consulting Group en octobre dernier, Apple, Google et Samsung trustent les premières places. Airbus, le premier groupe basé en France, arrive en 33e position. Leur point commun : ces sociétés inondent régulièrement le grand public d’équipements high tech ou sont indentifiables par des produits emblématiques qui font rêver ou frappent les esprits.

Innovation embarquée

Le positionnement du groupe est tout autre. L’innovation chez Thales est enfouie... ou plutôt embarquée. Et donc invisible au premier regard. Les équipes produisent des composants, des sous-systèmes, des logiciels pour le compte de ses grands clients. Ainsi pour le lanceur Ariane, Thales produit la centrale inertielle, un équipement qui permet à la fusée de connaître sa position et sa vitesse. Pour le Rafale, elle a conçu la dernière version du radar à antennes actives. Une première européenne. Cet équipement permet à l’avion de combat français de détecter des cibles encore plus furtives et de plus loin. Un tel développement a mobilisé, selon les phases, de 100 à 200 ingénieurs durant une dizaine d’années. Et l’avenir est garanti. La DGA (direction général pour l’armement) a octroyé un contrat d’études de près de 90 millions d’euros à son fournisseur pour travailler sur les générations suivantes de radars d’aéronautique de combat.

Thales n’est pas en reste dans le domaine civil où il réalise 50% de son activité. Airbus, Boeing, et les compagnies aériennes piochent largement dans son catalogue pour équiper leurs avions de cockpit, de système de génération électrique, de systèmes multimédia de bord... Le dernier né d’Airbus, l’A350 qui sera livré à son premier client d’ici à la fin de l’année, est bardé de technologies "made in Thales".

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La cybersécurité en ligne de mire

Pour doper son innovation, le groupe mise également sur des partenariats pour capter des expertises complémentaires. Sur le campus de Paris-Saclay, les chercheurs de l’unité de Thales Research & Technolgy échangent avec près de 200 chercheurs et doctorants venus du CEA, du CNRS, des universités voisines, sur des sujets aussi pointus que les multicouches métalliques magnétiques, les semiconducteurs clés pour les fortes applications à forte efficacité énergétique, etc. Avec ces partenaires, le groupe a créé trois laboratoires communs dans les domaines de la physique, des composants et du traitement de l’information.

Autre voie pour étoffer le catalogue des technologies de l’entreprise : les rachats. Un levier trop timidement exploité. Reste à savoir si le prochain PDG du groupe poursuivra sur la voie ouverte par Jean-Bernard Lévy. Ce dernier a racheté en mars 2014, pour 400 millions de dollars, la société LiveTV dans le domaine des systèmes de divertissement à bord des avions, et plus modestement des actifs d’Alcatel Lucent dans le domaine de cybersécurité.

Diversification vers le médical

Enfin, pour mieux valoriser les savoir-faire internes, Thales pourrait accélérer ses diversifications dans des domaines connexes aux siens. Ainsi, l’imagerie médicale apparaît comme un débouché prometteur.  Le groupe exposera prochainement au RSNA, le grand salon américain de la radiologie. Il présentera notamment un équipement de radiologie mobile capable de venir jusqu’aux malades alités et incapables de se déplacer, avec clichés directement retransmis sur les tablettes des médecins.

Recentrage sur les technologies ou diversifications prometteuses mais risquées, développements en interne ou acquisitions. Les 25 000 ingénieurs et chercheurs attendent de pied ferme leur nouveau patron pour des directions claires. 

Hassan Meddah

Une place de choix dans l’A350


Thales a été retenu dès 2008 pour fournir des équipements au dernier-né des avions civils d’Airbus, en premier lieu au niveau du cockpit. Un exemple ? Avec le système KCCU, les pilotes peuvent intervertir les écrans latéraux avec celui du milieu et ainsi partager ensemble les informations sur l’écran central. A l’instar de ce que Thalès avait déjà proposé pour l’A380, les pilotes de l’A350 ont accès en permanence aux informations utiles durant le vol, comme les cartes et les données techniques de l’appareil via ces outils numériques. Autre apport décisif de Thalès, les collimateurs tête haute, en anglais "Head-up Display". Un écran amovible, que peut utiliser le pilote à chaque instant, et qui lui offre deux visions : l’une, réelle, et l’autre issue de la réalité augmentée. Un système de visualisation interactif qui aide le pilote pour les moments critiques, comme les manœuvres d’atterrissage par faible visibilité.

Thalès est aussi très présent en ce qui concerne les systèmes de navigation. Le groupe a développé l’ADIRU (Air Data Inertial Reference Unit), une centrale inertielle haute-performance qui définit la position de l’avion. Combinée avec les autres systèmes de navigation, elle permet par exemple au pilote de savoir se diriger au niveau du sol. Dans l’avionique également, qui régit le fonctionnement de l’appareil, Thalès a élaboré pour l’A350 un réseau de calculateurs banalisés : le groupe a, à la fois, réduit le dimensionnement par rapport aux programmes d’Airbus précédents et augmenté les capacités de calcul. De quoi au passage contenter les compagnies aériennes pour leurs opérations de maintenance. Enfin, il ne faut pas oublier que Thalès est le numéro deux mondial des systèmes multimédia de bord (IFE, en anglais), derrière le japonais Panasonic. En mars dernier, le groupe a d’ailleurs acquis pour 400 millions de dollars LiveTV, spécialisé dans le multimédia pour les sièges d’avions. Pour développer et produire tous ces équipements, Thalès met à contribution plusieurs de ses sites, dont Toulouse bien sûr, mais aussi Meudon, Châtellerault, Bordeaux-Le Haillan, Vendôme et Valence.

Olivier James

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