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L'Usine Aéro

A350, E-Fan, Ariane 6… Quand le nucléaire s'inspire de l’aéronautique

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

A l’occasion de sa grande réunion annuelle, la filière nucléaire française assure vouloir trouver un nouveau modèle d’organisation lui permettant de rester dans la course mondiale. Pour cela, elle regarde avec intérêt du côté de l’aéronautique, dont la structuration et les enjeux sont comparables.

A350, E-Fan, Ariane 6… Quand le nucléaire s'inspire de l’aéronautique
A350 février 2016/REUTERS/Edgar Su

Le 16 mars, la Société française d’énergie nucléaire (SFEN) organisait sa convention annuelle autour du thème "Innover pour 2030". Innover au sens large que ce soit dans les nouvelles technologies ou en matière d’organisation industrielle, de financement, de business model.

Un travail essentiel alors que "la filière française, longtemps considérée comme leader mondial, fait face à des difficultés et affronte des concurrents internationaux puissants tandis que les marchés ne sont plus en Europe", constate Christophe Behar, président de la Sfen et directeur de l'énergie nucléaire du CEA.

"Pour faire face à la concurrence mondiale, le nucléaire a besoin d’un saut de compétitivité", assure Corinne Therond-Koos, analyste chez Archery Strategy, auteur d’un rapport sur l’avenir du nucléaire pour l’Institut Montaigne. "L’idée est exactement la même que celle qui a eu lieu pour Ariane 6 qui doit faire face à de nouveaux concurrents comme SpaceX. Le lanceur européen s’est fixé des gains de compétitivité de 40 % et la coentreprise Airbus Safran Launchers a été créée spécialement pour optimiser les coûts", décrit-elle.

Le modèle dont le nucléaire veut ou doit s’inspirer est en effet celui de l’aéronautique tricolore. Les 1000 milliards d’euros du carnet de commandes d’Airbus Group fin 2015 font rêver les tenants de l’atome. C’est ainsi, qu’invités par la SFEN, Patrick Daher, directeur général de Daher et vice-président du Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales (Gifas) et Olivier Siri, vice-Président d'Airbus Group sont montés sur la tribune.

Airbus ou EDF, même combat

Pour Patrick Daher, la comparaison entre le nucléaire et l’aéronautique fait sens. "Notre filière est semblable à la vôtre", déclare-t-il à l’assemblée. "Nous avons un très grand maître d’œuvre, Airbus, qui fait 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires, comparable aux 70 milliards d’EDF. Nous avons quelques grands équipementiers avec un résultat de plus de 10 milliards d’euros, 7 ou 8 de l’ordre de 1 milliard et plus de 500 PME". Comme autres ressemblances, le patron du syndicat aéronautique cite l’importance de la réglementation, le poids de l’Etat, la longueur des programmes, de très forts effets de cycle.

Pour faire face à ces multiples défis, Patrick Daher rapporte que la filière aéronautique est extrêmement intégrée afin de raccourcir au maximum les cycles de décisions. "Le plus petit des équipementiers peut appeler Fabrice Brégier (Ndr : PDG d’Airbus)", témoigne-t-il. Cela permet entre autre de prévoir à l’avance la charge de travail des différents maillons de la chaîne de valeur. "Par exemple, les acteurs de l’aviation d’affaires et des hélicoptères subissent une baisse d’activité à cause de la chute des cours du pétrole, il faut donc dériver vers eux quelques centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires", décrit-il.

Chasser en meute

En matière d’innovation technologique, Olivier Siri, d’Airbus Group, donne au nucléaire l’exemple de l’E-Fan, le projet d’avion électrique d’Airbus Group qui a réalisé sa première traversée de la Manche en 2015. "Dans notre milieu, on travaille en meute (…). Un tel programme n’est possible qu’en travaillant avec une forme d’intelligence collective (…) Cette rupture technologie (ndr : la propulsion électrique) touche toute la chaîne de valeur. Il faut s’assurer que chacun y trouve sa place grâce à un travail collaboratif ", assure Olivier Siri. En effet, le développement d’un moteur électrique interroge sur le rôle à jouer d’un motoriste classique.

Pour mener à bien ce projet, il a aussi fallu donner libre court à la créativité des ingénieurs : "Pour l’E-Fan, il y a eu la création de la société Voltair, détenue à 100 % par Airbus, pour découpler cette activité du reste du groupe. Cela lui permet un fonctionnement différent, beaucoup plus agile. Le patron est un "intrapreneur", qui porte le projet à l’intérieur du groupe", met en avant Olivier Siri.

Quand les équipementiers deviennent investisseurs

Les représentants de l’aéronautique invitent aussi la filière nucléaire à prendre pour exemple le programme A350. Dans les années 2000, Airbus devait répondre à Boeing et son Dreamliner. Ce développement colossal de huit ans a demandé 10 milliards d’euros d’investissements, réunissant 10 000 personnes et 130 sous-traitants.

Pour faire réussir un tel programme, "les équipementiers de rang 1 sont devenus des co-investisseurs et ont partagé le risque sur les lots de commandes dont ils étaient attributaires", décrit Patrick Daher. Ainsi, Daher a par exemple construit une usine dédiée uniquement au système de basculement des trappes de l’A350. "Faire une usine pour construire une pièce d’un programme demande une énorme visibilité, mais aussi de la confiance et un échange très en amont avec le maître d’œuvre", affirme Patrick Daher. "Et ces échanges sont très présents dans notre filière, c’est son avantage. Attention, nous ne sommes pas des bisounours, les bras de fer sont parfois très violents, mais c’est un système qui fonctionne", ajoute-t-il.

L’organisation de la filière ne se fait pas sans le déploiement d’une méthodologie particulière, assure Olivier Siri. "A un moment, il faut réunir les gens physiquement pour qu’ils travaillent en plateau et il faut leur fournir des outils de communication".

Des exemples directement applicables au nucléaire

Tous ces exemples font largement écho aux problématiques de la filière nucléaire française. Celle-ci a aussi voulu chasser en meute, à l’époque où Nicolas Sarkozy prônait une équipe de France du nucléaire menée par EDF. Une organisation qui n’a pas abouti en raison de tensions entre EDF et l’un de ses premiers fournisseurs, Areva.

L’optimisation du réacteur nucléaire l’EPR en un EPR Nouveau Modèle, censé concurrencer les réacteurs étrangers en gagnant en compétitivité et en constructibilité, n’est pas non plus sans rappeler le défi de l’A350 ou le développement d’Ariane 6. Le travail collaboratif sur ce sujet entre EDF et Areva, sur un plateau physique commun, est une organisation récente qui n’est pas habituelle.

Enfin EDF fait face à une vraie falaise d’investissements pour prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires en France, pour acquérir Areva NP et pour lancer le projet de construction de deux EPR à Hinkley Point en Angleterre. Surtout, à partir de 2030, EDF devra lancer la mise en service de nouveaux réacteurs en vue du remplacement du parc. Le partage des investissements avec toute la filière, comme le fait l’aéronautique, pourrait être une piste pour alléger la charge de l’électricien.

Ludovic Dupin

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1 commentaire

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21/03/2016 - 16h50 -

L'arrêt total du nucléaire est expressément demandé par tous les scientifiques qui étudient les catastrophes de l'actualité et, en devenir obligatoire. La fin de l'humanité est en prévision avant que le multivers ne l'ait voulu. Prenons conscience vite vite ! Il est peut-être trop tard !
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