À Wall Street: Un sentiment de prudence pour 2018

par Sinead Carew
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À Wall Street: Un sentiment de prudence pour 2018
L'année 2018 devrait débuter sous de bons auspices à Wall Street avec les effets attendus de la réforme fiscale sur l'activité économique et les bénéfices des entreprises, et pourtant les analystes et stratèges préviennent que toute forte hausse pourrait n'être que passagère, voire hors de portée. /Photo prise le 29 décémbre 2017/REUTERS/Andrew Kelly

NEW YORK (Reuters) - L'année 2018 devrait débuter sous de bons auspices à Wall Street avec les effets attendus de la réforme fiscale sur l'activité économique et les bénéfices des entreprises, et pourtant les analystes et stratèges préviennent que toute forte hausse pourrait n'être que passagère, voire hors de portée.

En hausse depuis bientôt neuf ans, l'indice S&P-500 a gagné 19,4% en 2017, son meilleur cru depuis 2013, avec un niveau de valorisation qui est désormais au plus haut depuis juin 2002.

C'est ce dernier point qui inquiète les experts, en dépit de la baisse du taux d'impôt sur les sociétés qui passera en 2018 de 35% à 21%.

"Cela fait six années de suite que les actions augmentent plus que les résultats des entreprises, et je pense qu'on va rompre avec cette tendance même si le marché continue de monter", prédit Robert Doll, stratège chez Nuveen Asset Management à Princeton dans le New Jersey.

Pour David Kelly, son homologue chez J.P. Morgan Asset Management, la réforme fiscale apportera "plus de glucides et moins de protéines" car elle augmentera les dépenses sans améliorer la productivité.

"Ce sera un enchantement d'une année", affirme-t-il. "Il faudra profiter de la fête tant que ça dure mais en sachant partir au bon moment."

De fait, plusieurs analystes disent redouter que le surcroît de croissance provoqué par les baisses d'impôts n'entraîne une accélération de l'inflation à un rythme tel que la Réserve fédérale serait contrainte d'accélérer ses hausses d'impôt.

Les prévisions optimistes de Wall Street sont "bien étayées par la série incroyable de bonnes nouvelles que l'économie a délivrées", constate Jim Paulsen, directeur des investissements chez Leuthold Group à Minneapolis.

"Mais le problème avec un trop plein de bonnes nouvelles c'est qu'à un stade on n'est plus en mesure d'être surpris positivement."

Jim Paulsen ne croit pas au risque d'une récession. Mais il note que quand l'indice des surprises économiques - qui compare les indicateurs économiques au consensus des économistes - atteint des niveaux élevés, le marché boursier tend à faiblir.

Or l'indice de surprise économique de Citigroup a atteint le 22 décembre un plus haut de six ans de 84,5.

"A un moment donné de 2018 on aura une correction de 10 à 15%, et je ne serais pas surpris si avait une performance négative sur l'année", poursuit le stratège. "Et si on une correction et que les gens commencent à prendre peur, eh bien je me remettrai à acheter."

PAS DE RALLY DU PÈRE NOËL ?

Les investisseurs n'oublient pas non plus les élections de mi-mandat à l'automne, sachant qu'elles pourraient donner un coup d'arrêt au programme de réforme du Parti républicain s'il perd le contrôle de la Chambre des représentants ou du Sénat.

Lors de 10 des 17 dernières années d'élections de "mid-term", la performance de la Bourse sur l'ensemble de l'année a été la même qu'au mois de janvier, relève Jeff Hirsch, rédacteur en chef du Stock Trader's Almanac, l'Almanach du boursier.

Ce mois de janvier sera d'autant plus important que le Congrès a jusqu'au vendredi 19 pour s'entendre sur un relèvement du plafond de la dette, afin d'éviter une nouvelle crise budgétaire.

Historiquement, note Jeff Hirsch, le S&P gagne en moyenne 1,3% entre le 22 décembre et le 3 janvier, ce que les boursiers appellent le "rally du père Noël".

C'est mal parti cette fois puisque l'indice phare de Wall Street a cédé 0,4% sur la semaine écoulée, terminant vendredi sur un repli de 0,52%. [

"L'incapacité du marché à monter pendant cette période tend à précéder des situations de correction ou des moments quand on pense que les actions pourront être achetées à un prix plus bas plus tard dans l'année", écrit Hirsch dans un post sur son blog.

(avec les contributions de Caroline Valetkevitch et de Rodrigo Campos, Véronique Tison pour le service français)

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