Environnement

"A Tianjin, la vie s’est arrêtée depuis une semaine", selon un cadre français expatrié

Gaëlle Fleitour

Publié le

Des industriels français témoignent de la dangerosité de la situation à Tianjin. Ils n'oublient pas la catastrophe d'AZF à Toulouse, survenue il y a quatorze ans.

Le retour de la pluie est redouté dans le port de Tianjin, situé à 150 kilomètres de Pékin. Chacun craint qu’il ne ravive la contamination par des substances toxiques autour du site chimique dévasté le 12 août par des explosions. Les industriels français s’interrogent sur l'origine de cette catastrophe, qui a déjà provoqué la mort de 114 Chinois. Comment 700 tonnes de cyanure de sodium pouvaient-elles être stockées dans l'entrepôt du port ? "Ce produit chimique est à la fois hautement toxique pour l’homme en cas d’émanation, de contact avec l’eau et d’ingestion, mais aussi pour l’environnement", rappelle Gaëlle Dussin, experte en sécurité industrielle de l’Union des industries chimiques (UIC).

En France, les sites Seveso depuis AZF

En France, la réglementation Seveso, qui encadre les sites chimiques dangereux, classe en "Seveso bas" les entrepôts dès 5 tonnes de cyanure de sodium, et en "Seveso haut" à partir de 20 tonnes. Atteindre les 700 tonnes - sans autorisation semble-t-il  - parait d’autant plus dangereux que le site chinois se trouvait à proximité immédiate d’habitations. Impensable en France où, suite à la catastrophe d’AZF, qui avait causé la mort de 31 personnes à Toulouse en 2001, la réglementation impose un éloignement des sites Seveso.

A Tianjin, le bilan a également été alourdi par le manque de préparation des services de secours. 21 pompiers ont perdu la vie. Ils ont utilisé de l’eau – au lieu de mousses chimiques adaptées - pour tenter d’enrayer les incendies provoqués par ce produit pourtant soluble dans l’eau et ne devant jamais être stocké à côté de matières inflammables.

Sans nouvelle des autorités chinoises... ou françaises

A quoi sert le cyanure de sodium ?
Ce produit chimique est principalement utilisé pour traiter des métaux, et extraire de l’or ou de l’argent. Le cyanure de sodium est également utilisé pour les pigments dans l’industrie chimique, ou en petite quantité pour l’industrie phytopharmaceutique.
Depuis l’accident, aucune information ne filtre, regrette un cadre de l’industrie française expatrié là-bas. "A Tianjin, la vie s’est arrêtée depuis une semaine. Nous sommes tous inquiets de savoir s’il y a des risques pour la santé ou pas, et nous redoutons de nouvelles explosions avec la pluie." Il dénonce "l’omerta" des autorités chinoises, mais aussi le silence des autorités françaises. Ni l’ambassade, ni le cercle économique n’ont contacté son entreprise, qui dispose pourtant d’une petite usine au sein de l’immense zone industrielle de Tianjin. "Alors que nous sommes loin de l’épicentre, les portes du bâtiment administratif ont été soufflées par une explosion, et des vitres brisées", raconte-t-il. Aucun salarié n’a été touché, le site se trouvant par chance en période de maintenance. Mais il mettra une dizaine de jours à rouvrir. Entre temps, il faudra également s’assurer qu’aucune impureté chimique ne s’est introduite dans la production et n’a contaminé le stock…

En attendant, un autre industriel français croule sous le travail. 100 tonnes d'eaux usées contaminées auraient été transférées samedi au centre de traitement des déchets spéciaux de Veolia à Tianjin. Le groupe est chargé de les traiter, et de mener des tests afin de déterminer la composition de ces eaux, le degré des risques et la nature des éventuels composants toxiques.

Gaëlle Fleitour

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