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A Skolkovo, le chantier de la Silicon Valley russe avance à pas de tortue

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Reportage La Russie finance actuellement des chantiers pharaoniques. En plus de celui de Sotchi, fini juste à temps pour les jeux olympiques d'hiver 2014, elle investit plus de 5,33 milliards d'euros dans une version locale de la Silicon Valley, appelée Skolkovo. Mais les travaux, financés en grande partie avec des fonds publics et qui ont démarré en 2010, progressent très lentement.

A Skolkovo, le chantier de la Silicon Valley russe avance à pas de tortue © fondation skolkovo

Les dernières notes de la chanson du groupe de rock allemand Scorpions, "Wind of change", s'égrènent dans le taxi. Après une heure et demie d'attente dans les embouteillages géants de Moscou, nous arrivons enfin à Skolkovo, à 20 kilomètres au sud de la capitale russe. La future Silicon Valley du Kremlin, dont la construction a commencé en 2010, n'est encore qu'un vaste chantier. Des cubes de béton armé trônent au milieu des champs.

Seul un bâtiment du complexe est pour l'instant achevé : le "Hypercube", où ont lieu une partie des conférences du "Startup village". Cet évènement met à l'honneur les jeunes pousses intégrées à l'écosystème Skolkovo, qui tournerait déjà à plein régime selon les organisateurs, comme n'en témoigne pas l'avancement tout relatif des travaux. Sur les quelques pelouses de ce site de 450 hectares qui ne sont pas labourées par les pelleteuses, sont installées des tentes accueillant les participants, ces 2 et 3 juin 2014.

0,7 milliard de dollars de chiffre d'affaires

"Skolkovo n'est pas encore terminé, mais nous avons déjà aidé 1050 entreprises à avancer dans leurs projets : nous soutenons leur R&D et les aidons à vendre leurs idées sur le marché, notamment à l'international", assure Edward Kanalosh, directeur des investissements stratégiques de la fondation Skolkovo, qui manage le projet.

 

Retrouvez ici notre série tour du monde : les 10 autres Silicon Valley

 

"En 2013, l'ensemble de nos start-up ont réalisé un chiffre d'affaires cumulé de 0,7 milliard de dollars", affirme Alexei Belyakov, qui dirige le cluster aérospatial du technopôle. "Seules 100 entreprises sont déjà installées sur le site. Mais d'ici 2016, les jeunes pousses qui le souhaitent pourront avoir des bureaux à Skolkovo", souligne Edward Kanalosh. Six ans donc après le lancement du projet.

Un investissement public massif

Fin 2014, 60 000 mètres carrés devraient être installés, selon la fondation. Le gouvernement russe y compte bien, car il a investi un sacré pactole pour créer cette ville de l'innovation : en 2010, Dmitri Medvedev y a injecté 123 milliards de roubles (un peu moins de 2,6 milliards d'euros au cours du 4 juin 2014). Leur distribution s'échelonnera jusqu'en 2015. En août 2013, Vladimir Poutine a promis 132 milliards de roubles supplémentaires, qui seront distribués d'ici 2020.

"Les deux tiers de cette somme sont consacrés à la construction de 2,2 millions de mètres carrés de bâtiments", détaille Edward Kanalosh. Présent au "Startup village" le 3 juin 2014, Dmitri Medvedev a garanti que "malgré la crise économique, le gouvernement continuera à soutenir Skolkovo. C'est une de ses priorités."

30 000 personnes à Skolkovo

Bureaux pour les start-up, centres de recherche, habitations, université créée en partenariat avec le Massachusetts Institute of Technology, c'est une véritable ville consacrée à la recherche et aux nouvelles technologies que veut construire la Russie. Ce projet incarne la volonté de Dmitri Medvedev, qui était au pouvoir en 2010, de diversifier l'économie russe en soutenant des projets innovants. "D'ici 2020, 30 000 personnes devraient travailler sur le site, et 20 000 vivront ici", annonce Edward Kanalosh.

Encore faut-il que les sociétés acceptent de mettre la main à la poche. Car si l'Etat a investi massivement dans le projet, pour que la Silicon Valley russe se développe, il faut qu'elle soit alimentée par des financements privés. "En moyenne, les start-up sont aidées à 50% par l'argent de la fondation Skolkovo et à 50% par des fonds placés par des entreprises", explique Kirill Kaem, à la tête du cluster biomédical.

Développer les financements privés

"En trois ans et demi, les start-up ont reçu 12 milliards de roubles de la part de groupes privés. Un tiers de ces fonds proviennent d'entreprises internationales et le reste de sociétés russes", se félicite Kirill Kaem. "L'un des principaux objectifs de la fondation Skolkovo est de diminuer encore le poids de l'Etat", pointe Vasily Belov, vice-président senior de l'organisme en charge des investissements.

Car la présence très importante de fonds publics risque de refroidir certaines vocations. "En 2010, lorsque le gouvernement a commencé à parler de ce projet, j'ai dit que j'étais contre. L'implication forte du gouvernement ralentit trop la machine : l'Etat russe a une structure très lourde, impossible d'être réactif", analyse Dominique Fache, un proche du pouvoir, ancien président de la filiale russe de l'énergéticien italien Enel qui dirige aujourd'hui la fondation Sophia Antipolis, Silicon Valley du Sud de la France.

Un organe indépendant

Skolkovo et les fonds qui y ont été injectés ne sont pas gérés directement par le gouvernement, mais par la fondation Skolkovo. "C'est une organisation non gouvernementale, un organe indépendant de l'Etat russe", insiste Edward Kanalosh. Une indépendance à relativiser car les autorités publiques qui allouent les financements pourraient décider de couper le robinet si les décisions prises par la structure ne les satisfont pas.

Malgré la lourdeur du mécanisme, la fondation essaye d'insuffler un esprit start-up et l'agilité "à l'américaine" qui les caractérise, pour les lancer avec succès sur le marché international. "Let's rock'n'roll all together!", lance le président de la fondation Skolkovo Victor Vekselberg pendant la cérémonie d'ouverture du "Startup village". Mais l'enthousiasme ne fait pas tout.

Lélia de Matharel, à Skolkovo

 

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