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Quotidien des Usines

A Saint-Nazaire, la navale décline mais la relève est là

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La situation délicate du chantier STX France est un coup dur pour la cité navale. Pour rebondir, la ville et son estuaire parient sur d'autres projets dans l’aéronautique, l'automobile et l'énergie.

A Saint-Nazaire, la navale décline mais la relève est là
L'usine Sides de Saint-Nazaire emploie 250 personnes et produit chaque année 600 véhicules de pompiers.
© DR
L'avis de Bruno de Larauze, PDG du groupe logistique MTTM et président de la chambre de commerce et d’industrie de Saint-Nazaire

"La plupart des activités industrielles ont réussi à se diversifier"

Comment Saint-Nazaire et son bassin d'emploi vivent la situation de la navale ?
La période est certes difficile mais sur la décennie 1998-2008, on a assisté à une croissance de l’emploi industriel de l’ordre de 10%. La plupart des activités industrielles ont réussi à se diversifier. Il y a dix ans, quand la navale toussait, tout le tissu industriel s’enrhumait. Ce n’est plus vrai. Certes, ce secteur reste un étendard, mais son poids s’est divisé par deux au cours des sept dernières années.

Quelles sont les raisons d’espérer pour Saint-Nazaire ?
Il y a des difficultés mais la situation est loin d’être catastrophique. Près d’1,2 milliard d’euros d’investissements sont engagés depuis deux ans, notamment sur des projets énergétiques avec la centrale EdF de Cordemais, l’usine Diester Cargill, la raffinerie de Donges. Sans parler du projet d’extension du terminal méthanier, bien engagé. La filière aéronautique s’est diversifiée avec Aerolia, Spirit, Daher. On voit là l’émergence d’un cluster. Certaines industries historiques connaissent un nouveau développement, c’est le cas de Man, que l’on disait fragilisé, mais dont la production décolle.

Peut-on encore parler de ville industrielle ?
L’économie résidentielle se développe mais l’industrie représente plus de 20% des emplois contre 13% au plan national. Certes, il y a eu 2500 suppressions d’emplois au cours des douze derniers mois. Mais Saint-Nazaire a connu, il y a vingt ans, des taux de chômage culminant à 17%. Les sous-traitants ont su se diversifier. Les agenceurs de paquebots, par exemple, ont trouvé d’autres marchés dans l’hôtellerie, le bâtiment. Pour l’instant, les PME font le dos rond, certaines réussissent à réinvestir et à préserver l’emploi et donc leurs capacités de rebond.

Les entreprises citées

Exposée aux cycles de l’industrie navale, Saint-Nazaire fait preuve d’une étonnante capacité de résistance. Au plus fort de son activité, en 2001, les effectifs des Chantiers de l’Atlantique culminaient à 5200 salariés, avec autant d’employés chez les sous-traitants. Aujourd’hui, STX France, la nouvelle raison sociale des chantiers, ne compte plus que 2300 salariés. Un plan de départs volontaires invite encore 351 personnes à quitter l’entreprise et, jusqu’à l’été, la moitié de l’effectif se trouve au chômage technique. Alors que le « Norwegian Epic », dernier paquebot en construction, s’apprête à quitter la ville, chacun attend la confirmation de la lettre d’intention signée en mars par l’armateur MSC, pour la construction d’un nouveau navire de 1751 cabines. Il représenterait 5 millions d’heures de travail pour la filière navale de Saint-Nazaire, soit deux ans d’activité pour 1000 salariés.

De grandes ambitions logistiques pour le port

A Saint-Nazaire, l’application de la réforme portuaire, est lente et ponctuée de conflits sociaux très durs. Néanmoins, le grand port maritime (700 salariés) a engagé son plan stratégique dont le premier axe est le développement de la logistique intermodale avec le lancement de l’autoroute de la mer entre Montoir et Gijón, en Espagne. Un terminal à conteneurs « de dimension européenne » doit être aménagé. « Il faut commencer dès maintenant pour être prêts à lancer les travaux en 2013 ou 2014 », note Pierre Klein, président du conseil de surveillance du premier port français de la façade atlantique. Le projet consiste à recréer 1500 mètres de quai à Montoir-de-Bretagne, en amont immédiat du pont de Saint-Nazaire. L’objectif est de permettre l’accueil de porte-conteneurs d’un tirant d’eau de 15 mètres. En aval du pont, est prévu l’aménagement de deux ou trois nouveaux postes rouliers. Grâce à ces travaux, évalués à 300 millions d’euros, le trafic pourrait passer de 140000 conteneurs EVP (équivalent 20 pieds) par an à 500000 à l’horizon 2020. Les études ont démarré, mais le calendrier du projet et son financement sont encore loin d’être définis.

«On vit dans l’angoisse. Jamais je n’ai connu un niveau d’activité aussi bas dans la navale, admet Joël Batteux, le maire PS de Saint- Nazaire. Pour autant, il y a vingt ans, une pareille baisse aurait été catastrophique, aujourd’hui les choses sont très différentes.» De fait, le taux de chômage du bassin d’emploi nazairien n’excède pas le taux national, à 9,1%, bien qu’il soit supérieur au taux régional (8,6%). Où sont donc passés les milliers de salariés qui avaient participé à la construction du Queen Mary II, lancé en 2004? «Les entreprises ont recours au chômage partiel et aux vastes plans de formations financés par le conseil régional des Pays de la Loire et l’Etat, lesquels nous donneront un avantage concurrentiel si une amélioration survient », répond Pierre-Georges Castelnerac, porte-parole de Néopolia, une association de 105 entreprises industrielles, sous-traitantes de la navale, de l’aéronautique et du ferroviaire.

La fin de l’exclusivité

Pour Joël Batteux, Saint-Nazaire a également l’avantage de ne plus dépendre exclusivement de la navale. L’usine locale d’Airbus (1930 salariés), spécialisée dans l’assemblage de la pointe avant et du tronçon central de fuselage, a engagé 200 millions d’euros d’investissements dans la perspective du lancement de l’A350-XWB. L’avionneur a agrandi son usine de 28000 m2 et a construit un centre logistique de 18000 m2 qui sera sous-traité à Kuehne + Nagel ainsi qu’au logisticien Idéa, filiale du groupe nazairien MTTM (480 salariés). Saint-Nazaire a réussi à fixer des sous-traitants d’Airbus de rang 1. Aerolia (650 salariés) a repris l’usine « ville » d’Airbus dans Saint-Nazaire. Quant à l’équipementier américain Spirit, il doit mettre en service en juillet une usine de 5378 m2. Ses 75 salariés assembleront la structure composite du pavillon central de l’A350 XWB.

Il faut, certes, relativiser car il s’agit là de la portion congrue des investissements d’Aerolia, dont la part la plus importante bénéficie à ses usines de Méaulte (Somme) et de Tunisie, tandis que Spirit réalise l’essentiel du programme A350 dans son usine de Caroline du Nord, aux Etats-Unis. Le bassin d’emploi nazairien peut aussi compter sur d’autres industriels moins connus comme Sides (250 salariés) le fabricant de véhicules anti-incendie, Famat (430 salariés) spécialisée dans la fabrication de carters pour moteurs d’avions, Gestal (450 salariés) un autre sous-traitant aéronautique, Lydall (75 salariés), qui produit des écrans thermoacoustiques pour l’automobile ou Acmat (150 salariés), qui produit des véhicules militaires. Ce dernier, sauvé du naufrage par Renault Trucks en 2006, a connu un regain d’activité en remportant des contrats en Afrique et au Moyen-Orient qui lui ont permis de doubler son activité en 2009, avec 350 véhicules produits.

Les promesses du secteur énergétique

Le fabricant de moteurs Man Diesel, ex-Pielstick, connaît aussi un renouveau industriel. Après deux années d’investissements, l’usine espère assembler cette année 50 moteurs V48/60, des machines de plus de 300 tonnes pour la marine et les centrales électriques, contre 14 en 2007. Avec 597 salariés en CDI (+5% en 2009), son effectif est au plus haut. Jusqu’à présent, Man partageait cette production avec le site d’Augsbourg en Allemagne, mais Saint-Nazaire a pris l’avantage grâce à son accès à lamer. Le secteur le plus prometteur pour l’économie de l’estuaire est l’énergie. Les 145 millions d’euros de travaux investis par Elengy, nouvelle filiale de GdF Suez, à Montoir-de-Bretagne, permettront de prolonger la durée de vie des installations du terminal méthanier jusqu’en 2035. Le chantier en lui-même doit durer jusqu’en 2015.

Au-delà de ces travaux, Elengy envisage toujours le renforcement du terminal méthanier. Sa capacité annuelle, actuellement à 10 milliards de mètres cubes, pourrait être portée à 12,5 milliards de mètres cubes, voire à 16 milliards avec la construction d’un quatrième réservoir. Alors que GdF achève à Montoir-de-Bretagne sa centrale à cycle combiné de 430 mégawatts d’un coût supérieur à 250 millions d’euros, EdF étudie également la création d’une unité au gaz pour sa centrale thermique de Cordemais, en amont de Saint-Nazaire. Dans l’immédiat, celle-ci poursuit ses investissements: après 55 millions d’euros en 2009, EdF prévoit la même somme en 2010 afin d’augmenter la durée de vie des tranches existantes.

Projet d’éolien offshore

A Donges, une étude est lancée pour un contournement ferroviaire de la raffinerie Total (650 salariés), condition sine qua non de développements futurs. «Notre raffinerie, qui a atteint une taille critique avec 11 millions de tonnes traitées, a un marché à ses portes, celui du Grand Ouest», explique Michel Charton, son directeur. Le groupe étudie la possibilité d’investissements permettant l’accroissement de la production de gazole, aux dépens de celle de fuel, un projet d’au moins 400 millions d’euros. En attendant, la raffinerie Total est un véritable moteur pour la sous-traitance. A lui seul, le « grand arrêt » de 2009 a représenté un investissement de 130 millions d’euros et mobilisé 271 entreprises. Plus de 24 millions d’euros sont de nouveau programmés cette année pour mettre en place des mesures de sécurité.

Toute la filière industrielle examine aussi les perspectives envisagées dans l’éolien offshore. «Nous disposons de moyens dont des bassins, des bords à quai pour le montage, la manutention, l’embarquement, la possibilité d’héberger les bateaux de servitude. Nous avons des compétences en usinage, montage, électricité, roulage de tôles », énumère Pierre-Georges Castelnerac. Il ne manque plus que les autorisations des autorités pour lancer le projet.

De notre correspondant, Emmanuel Guimard

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? Retrouvez notre focus "Les industriels dans le sillage des Chantiers" dans L'Usine Nouvelle N°3191

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