A quoi sert le collège des designers ?

En se rebaptisant, à peine née, "collège des designers", l'equipe de France du design voulue par le gouvernement se veut-elle moins combative?  Plus réfléchie ? Plus académique ?

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A quoi sert le collège des designers ?

A la suite du premier Rendez-vous du design, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif et Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la communication, ont nommé Alain Cadix capitaine d'une équipe de France du design, lui confiant mission de la constituer et de définir un plan d'action pour changer la culture design en France. C'est chose faite. La présentation de l'équipe n'a pas été très officielle, mais la liste des 22 designers qui composent le désormais “Collège des designers”, figure en préambule du mémoire “Pour une politique nationale de design”, qu’Alain Cadix a remis, là très officiellement, lors des deuxième rendez-vous du design, le 15 octobre, aux deux ministres qui le lui avait commandé.

A cette occasion, on a pu écouter une douzaine de ces designers, venus expliquer, parfois un peu dans leur jargon, l’ambition des groupes de travail qu’ils ont constitué. Ainsi Jean-Louis Frechin, de l’agence Nodesign pense-t-il la France comme une “terre de design” qui s’ignore, mais qu’il voudrait révéler. Pendant que Pierre-Yves Panis, responsables du design d’Orange, planche sur la promotion du design français à l’international ou que Frédéric Beuvry, directeur du design de Schneidier Electric cherche un slogan du type “le design ça change la vie” pour promouvoir le design industriel auprès du grand public. Une douzaine de groupe de travail vont ainsi travailler sur chacun des grands problèmes identifié lors des premiers Rendez-vous du design, il y a déjà huit mois.

Quelle articulation avec la mission design ?

Ce qui est moins clair, c’est l’articulation avec la mission design d’Alain Cadix. Car contrairement à ce qu’un précédent billet “Fallait-il confier la mission design à des designers ?”, pouvait laisser entendre, les deux choses sont bien distinctes. Et c’est bien Alain Cadix - qui n’est pas designer - qui est chargé de la mission. Pas le Collège. Mais alors, à quoi sert-il ?

Dans le mémoire d’Alain Cadix, on peut lire que le principe N°3 d’une politique nationale de design - qu’il appelle de ses voeux - est qu’elle doit passer par la mobilisation des designers. D’où la décision de créer une équipe de France de design, devenue “collège”, et la proposition de créer d’autres collèges de désigners en région sur le modèle de “Designers+” en Rhône-Alpes. Pour quoi faire ? “Le Collège de designers développe une pensée critique sur les politiques et pratiques du design, participe à la définition de la politique de design et s’implique dans sa mise en oeuvre”, écrit Alain Cadix dans son mémoire. En clair, ils seraient juges et parties. Et si l’on pousse la logique jusqu’au bout, ils devraient pouvoir critiquer le mémoire d’Alain Cadix, à la rédaction duquel ils ont participé. Pas très confortable ! D’autant que la perrénité du Collège n’est pas forcément acquise. “S’il est maintenu, le Collège sera renouvelé par moitié tous les ans”, prévient Alain Cadix. Ce qui laisse comprendre qu’il pourrait ne pas l’être. A moins que ce soit une façon de faire comprendre qu’il faut un minimum de structure, et donc de moyen, pour mener à bien cette grande révolution culturelle. Une fondation, par exemple ?

Aurélie Barbaux

Les membres du "Collège de designers- Equipe de France du design" au 15 octobre 2013

Anne Asensio (Dassault Systèmes) ; Ruedi Baur (indépendant) ; Frédéric Beuvry (Schneider Electric) ; Matali Crasset (Matali Crasset production) ; Vincent Créance (agence MBD Design) ; Carole Favart (Toyota Motors Europe) ; Antoine Fénoglio (Sismo Design) ; Jean-Louis Fréchin (agence Nodesign) ; Constance Guisset (indépendante) ; Patrick Jouin (Agence Jouin Manku) ; Florence Lafarge (indépendante) ; François Lenfant (GE healthcare) ; Béatrice Mariotti (agence Carré noir) ; Joseph Mazoyer (agence Design Office) ; Pierre-Yves Panis (Orange) ; Philippe Picaud (Carrefour) ; Alex Rosset (indépendant) ; Gilles Rougon (EDG R&D); Olivier Saguez (groupe Saguez & Partners) ; Stéphane Thirouin (Groupe SEB) ; Anaïs Triolaire (studio In vivo) ; Zoé Tracq (étudiante Ecole Boule).

 

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