À quand un grand patron designer ?

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C’est la marotte de Christian Guellerin, le directeur de l’école de design de Nantes-Atlantique. Sa conviction, presque son obsession : les designers doivent être reconnus, dans les entreprises, comme des managers ; ils devraient siéger aux Comex des grands groupes, voire, pourquoi pas, diriger des entreprises.

À quand un grand patron designer ? © Pascal Guittet

Et parce qu’il croit vraiment qu’il est de la responsabilité de son école d’inciter ses centaines d’étudiants à concrétiser leurs projets d’études, à assumer un rôle de chef de projet, voire de chef d’entreprise, Christian Guellerin ne se contente pas de partager son point de vue à qui veut l’entendre. Il a réformé les Masters de l’école. Des classiques spécialités comme designer produit, d’espace, d’interaction… sont maintenant intitulées "Nouvelles pratiques alimentaires", "ville durable", "Culture numérique", "Innovation responsable" et, bien sûr "Management du design et de l’innovation".

Dans l’idée de rompre ses étudiants à la collaboration de structures impliquées dans un écosystème : entreprises de secteurs différents, collectivités locales, associations… Dans cette logique, l’École de design de Nantes-Atlantique a aussi passé un partenariat avec l’IAE (Institut d’économie et de management de l’université de Nantes).

Mais un designer a-t-il vraiment toujours vocation à être manager ? Et le doit-il. Assurément, en entreprise, un designer bien intégré, accepté, doit servir d’interface, de traducteur entre les différentes parties prenantes d’un produit ou service : bureau d’étude, production, marketing, budget, direction. De là à prendre la direction des projets…

Surtout, les designers sont avant tout… des créatifs. S’ils acceptent leur responsabilité vis-à-vis du projet sur lequel ils travaillent, ils n’ont pas forcément envie de diriger, malgré un ego souvent débordant. D’ailleurs, un bon design n’est-il pas celui qui sait se faire oublier, dès lors que l’on a enfin réussi à ne plus le limiter à une histoire de style, de forme.

Sûr qu’un Philippe Picaud, qui après avoir fait rimer Decathlon avec design, réussit à rendre profitables les nouveaux magasins Carrefour, mériterait d’être mieux valorisé dans l’entreprise. Mieux reconnu. Lui qui se bat, au sein du collectif Designcode, pour faire reconnaître la fonction design en entreprise, a-t-il seulement envie d’occuper de plus hautes fonctions ? Et Jonathan Ive, devait-il (pouvait-il ?) succéder à Steve Jobs à la tête d’Apple ?

Aurélie Barbaux

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3 commentaires

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28/09/2013 - 15h37 -

Bonjour, Je trouve que cet article fait état de nombre de généralités admises en France. Ne réduisons pas le design à une unique entité mais acceptons de considérer que chaque designer possède ses propres compétences. Certains possèdent un égo débordant, d’autres sont humbles, certains peuvent être manager ou encore possèdent une vision stratégique, d’autres veulent évoluer vers la direction d’entreprises, certains préfèrent concevoir des produits sur la durée, etc. Comme tout métier, il n’existe pas un designer "type" mais plutôt un ensemble de personnalité qui peuvent exprimer leur potentiel de différente manière. Je ne comprends pas en quoi un designer ne pourrait pas devenir un grand patron, au même titre qu’un ingénieur ou qu’un commercial. Il est préférable de savoir apprécier la valeur d’une personne à ses compétences plutôt qu’à son étiquette. Dans cet article, au travers le cas du design c’est plus généralement la vision du monde de l’entreprise en France qui est décrite. Certains de nos voisins, proches ou lointains, ne semblent plus se poser ce genre de questions depuis longtemps. A la question « A quand un grand patron designer ? », je répondrai simplement que Mark Parker est devenu le patron de Nike en 2008. Il est entré chez Nike en 1979 comme designer chaussure. La semaine dernière, Nike a été intégré dans les 30 entreprises qui forment l’indice du DowJones. Certains designers peuvent devenir des grands patrons remarquables, d'autres ne le peuvent pas. Au plaisir de partager. Cordialement,
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28/09/2013 - 15h17 -

Ah, "l'égo souvent débordant", le mythe du "créatif" (tellement 80's au passage), sa production onanique. En bref, son inaptitude naturelle à adopter une démarche pérenne et responsable en terme de management et de vision/gestion de l'entreprise. A chaque profession sa "réputation-fardeau", celle du designer est d'être égocentré, déraisonnable mais bankable (parfois)... Ne vous inquiétez pas, certains sont fréquentables malgré tout ;-) "Mais un designer a-t-il vraiment toujours vocation à être manager ? Et le doit-il" Tout dépend de la volonté/personnalité de ces même designers à assumer des responsabilités de management. "Manager" n'est pas le grade ultime de l'évolution interne en entreprise. Certains profils excellent dans leur domaine (designer ou non d'ailleurs) mais sont promu trop facilement à des positions intégrant du management. Quid de leur valorisation d'expert du domaine en lieu et place de ce Saint Graal que semble être le management?
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Nom profil

18/09/2013 - 11h40 -

"malgré un ego souvent débordant..." quel joli cliché ! un peu comme le journaliste imbu de lui même et le parisien arrogant ?
Designer est un métier d'écoute et de médiation et je trouve que l'égo n'est débordant que sur certaine star du design d'édition assez peu chez le designer industriel ou le designer manager.
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