À prendre ou à laisser

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À prendre ou à laisser

Parmi les voeux publiés dans ces mêmes colonnes voici trois semaines, j’en avais formé un, ambitieux : que le Rafale s’exporte en 2012. Ah, si tous les autres souhaits de ma longue liste pouvaient se réaliser aussi bien, et aussi vite… En effet, pour les partenaires du consortium français (Dassault, Thales et Safran), c’est presque gagné. Quand on arrive au stade des "négociations exclusives", ça sent plutôt bon. Sauf embrouille de dernière minute ou échec des négociations, l’avion de combat tricolore devrait bientôt équiper l’Indian Air Force. Exit l’autre finaliste, l’Eurofighter Typhoon, écarté en raison de son coût d’exploitation. Au fait, les Indiens savaient pertinemment, en le sélectionnant pour la finale, qu’il était plus cher que le Rafale : avaient-ils déjà pris leur décision ?

En tout cas, ce contrat historique, qui porte sur 126 avions, est évalué à quelque 10 milliards d’euros. Voire davantage si, comme l’affirment certains chez Dassault, les autorités indiennes commandaient une soixantaine d’avions supplémentaires. Dans toutes les hypothèses, c’est une excellente nouvelle pour la techno made in France, pour l’emploi, et pour Dassault Aviation, bien sûr.

Mais dans notre pays, savourer son plaisir est presque impossible. L’état-major de l’avionneur n’avait pas encore débouché le champagne que déjà surgissait une polémique sur les contreparties. En acceptant de transférer aux Indiens une partie de ses technologies, Dassault n’est-il pas en train de se tirer un missile dans le pied ? Ne fabrique-t-il pas son futur concurrent ? Le même débat avait fait rage lors de la création de l’usine Airbus de Tianjin, près de Pékin, accusée d’offrir sur un plateau en bois laqué nos trésors technologiques.

En réalité, nos entreprises ont-elles le choix ? À l’évidence, non. Les Chinois comme les Indiens profitent du rapport de force pour réclamer qu’une part de la production soit localisée sur leur territoire. Dans le cas du mégacontrat de l’Indian Air Force, ces exigences de New Dehli ne constituent pas une surprise, elles figurent noir sur blanc dans l’appel d’offres. Elles sont légitimes. Et c’est à prendre ou à laisser.

L’Inde demande que lui soient transférés de l’activité économique, mais aussi du savoir-faire, des technos, des brevets. Ce sera l’enjeu principal des négociations qui s’ouvrent aujourd’hui. Mais la polémique se développe dans le vide, car la valeur technologique que Dassault et ses partenaires accepteront de céder est secrète et le restera. Les trois groupes français devront en donner assez pour décrocher le contrat, mais pas trop pour garder leur avance et leur fonds de commerce.

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