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A Poissy, l'état de santé des grévistes de la faim de PSA devient critique

Cécile Maillard , ,

Publié le

Trente-sixième jour de grève de la faim pour des salariés de PSA Poissy, encartés chez Sud, qui dénoncent un harcèlement syndical. Leur situation de santé se dégrade très rapidement maintenant. Reportage.

A Poissy, l'état de santé des grévistes de la faim de PSA devient critique © Cécile Maillard

Mercredi 23 octobre, en milieu d’après-midi, un salarié de PSA Poissy, en grève de la faim depuis 36 jours, a été transporté à l’hôpital par les pompiers. La santé des six autres salariés grévistes de la faim se détériore très rapidement depuis la veille, plusieurs d’entre eux ont fait des chutes, ou sont trop faibles pour aller jusqu’aux toilettes. La veille, mardi, le tribunal d’instance de Poissy, saisi par le syndicat Sud de l’usine d’une demande en annulation des dernières élections professionnelles, a reporté l’audience en janvier, estimant que les plaignants n’étaient pas en état d’être entendus. A cette occasion, est apparu un nouveau personnage, qui pourrait bien compliquer une situation déjà bloquée : l’avocat Fiodor Rilov, qui représente le syndicat Sud de Poissy dans sa plainte. Défenseur de la CGT de Goodyear Amiens-Nord et des Contis, cette star du barreau, connue pour ses positions radicales, a été amenée à Poissy par la direction nationale de Sud. Pas sûr que PSA ait intérêt à laisser l’avocat rouge approcher ses terres…

A quelques pas de la gare RER de Poissy, dans les Yvelines, sept tentes Quechua et un modeste barnum blanc, posés sur un trottoir au pied du pôle tertiaire de PSA, font tache, en pleine ville. Toutes les cinq minutes, des cadres en costume cravate passent au milieu des tentes pour emprunter le passage piéton qui relie les deux bâtiments de la direction. Sous le barnum prêté par Sud, deux cafetières alimentées par le groupe électrogène fourni par la mairie, une petite télé, un canapé sur lequel dort le gréviste qui a assuré la veille de nuit. Des militants du Parti de gauche sont là, en soutien.

Sanction disciplinaire

Mardi matin, un jeune salarié de PSA Poissy entre sous la tente et tend la lettre recommandée qu’il vient de recevoir. Depuis que sept de ses collègues, tous syndiqués chez Sud, ont commencé une grève de la faim, il les soutient, alors qu’il n’est pas du même syndicat. Il a même distribué des tracts avec eux, et est sûr de recevoir cette lettre pour cette raison. Le courrier, signé du service RH, le convoque en vue d’une éventuelle "mesure de sanction disciplinaire", sans que la cause en soit précisée.

Ce n’est pas le premier à faire l’objet de pressions, soutient Ahmed, délégué Sud-Auto de Poissy, un des sept grévistes de la faim. Il évoque le cas du représentant d’un autre syndicat, convoqué par la direction, qui lui a montré une photo où on le voyait en train de parler aux grévistes. On lui a conseillé de ne pas se mêler de ce conflit. "J’ai menacé de saisir la CNIL !  s’emporte Ahmed. C’est pour dénoncer ce genre de harcèlement contre les syndicalistes qu’on fait ça !"

Ahmed est épuisé. Il craque, après avoir été accosté par quatre membres de la direction alors qu’il se rendait aux toilettes du pôle tertiaire, après sa nuit sous la tente. "Ils essaient de nous diviser, on ne se laissera pas faire." Depuis le 18 septembre, début de sa grève de la faim, il a perdu plus de 17 kilos, et montre des photos de lui, cet été. Beaucoup plus rond, méconnaissable. Le collectif de médecins qui suit les grévistes, mené par la Ligue des droits de l’homme, a tiré la sonnette d’alarme il y a quelques jours : les répercussions sur leur santé risquent maintenant d’être irréversibles.

La CGT critique le recours à la grève de la faim

Lorsqu’ils ont attaqué leur grève de la faim, le 18 septembre dernier, les sept salariés de PSA Poissy ont pris tout le monde de cours. Aucun syndicat n’encourage ce mode d’action, qui met en danger la santé de ceux qui y recourent. La CGT de PSA Poissy s’est même fendue d’un communiqué pour critiquer cette grève de la faim, ce qui n’a fait qu’attiser la tension déjà extrêmement forte entre syndicats, sur ce site qui produit des C3 et DS3.  Aujourd’hui, tout le monde presse les sept salariés de trouver un autre mode d’action. Eux font la sourde oreille, déterminés à obtenir gain de cause sur tout, pas encore prêts au compromis.

Sept salariés, sept dossiers individuels en souffrance. Tous évoquent des brimades liées à leur activité syndicale, des rétrogradations de postes, des passages en travail de jour, moins rémunéré que celui de nuit, voire des mises au placard, l’un d’eux n’ayant plus de poste depuis des mois. Le délégué syndical, photos à l’appui, se plaint de ne pas avoir les mêmes moyens que d’autres syndicats. Pas de panneau d’affichage, pas d’emplacement pour les tracts syndicats à la cantine, quand une autre organisation, aux scores inférieurs à ceux de Sud aux élections professionnelles, y a droit.

La CGT du site ne veut plus se prononcer sur le mouvement, mais se plaint aussi d’un dialogue social difficile, et de pressions très fortes sur les syndicalistes. Un porte-parole du groupe nie tout harcèlement moral et toute forme de discrimination entre syndicats, évoquant les faibles scores de Sud aux élections (3,8% selon la direction, quand Sud parle de 6% à l’usine) pour justifier des moyens inférieurs. Le 16 mai dernier, PSA a pourtant été condamné par la cour d’appel de Versailles à verser 70 000 euros de dommages et intérêts à l’ancien délégué Sud de Poissy pour "discrimination syndicale" et "harcèlement moral".

La direction affirme proposer des postes adaptés à chacun d’eux

Côté direction, on a mis du temps à réagir à ce problème, considéré comme local dans un premier temps.  La direction des ressources humaines du groupe avait elle-même la tête ailleurs, en pleine négociation d’un nouveau "contrat social". Mais les grévistes ont obtenu des soutiens politiques nationaux, ont écrit au président de la République et au ministre du Travail. Il y a deux semaines, Michel Sapin a envoyé un inspecteur du travail, qui a échoué dans sa médiation. La direction a dépêché deux représentants du groupe, dont le responsable RSE (responsabilité sociale des entreprises). Vendredi 18, une réunion tripartite s’est tenue à la maison des associations, entre PSA, les grévistes et le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye. Mais les adhérents Sud se sont retrouvés face au directeur des relations sociales de Poissy avec qui les relations sont extrêmement conflictuelles, et la réunion a dû être interrompue après trois malaises et l’hospitalisation d’un des grévistes de la faim.

Depuis, la direction reçoit les sept salariés un par un, essayant de trouver une issue pour chacun. Mais les propositions reçues ne satisfont pas les grévistes, qui se plaignent des postes sous-qualifiés qui leur sont proposés  et réclament une indemnisation du préjudice subi. Ce qui fait dire à un porte-parole du groupe que tout ce qu’ils veulent, c’est un chèque… Le délégué Sud-Auto réfute : "dès le début, ils nous ont proposé de partir dans le plan de départs volontaires, avec un chèque, mais on a refusé, parce que ce qu’on veut, c’est un boulot, pas des sous." Une mission à la hauteur de leurs qualifications sera proposée à chacun, affirme la direction. Les moyens syndicaux devraient par exemple être rétablis pour Sud, et les différends liés aux inaptitudes médicales de quelques-uns, réglés. "Depuis quelques jours et l’alerte médicale, ça bouge", reconnaît un soutien politique des grévistes. La pression politique sur PSA risque de connaître une nouvelle accélération avec le départ à l’hôpital d’un premier gréviste de la faim.

Cécile Maillard

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