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A Paris, la Canopée des Halles s'ouvre au public

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Publié le , mis à jour le 05/04/2016 À 07H10

Reportage Principal élément architectural de l’opération de rénovation des Halles de Paris, la Canopée assure la transition entre la partie souterraine et la ville. Elle est officiellement inaugurée le 5 avril 2016. 



C’est la partie émergée du nouveau Forum des Halles de Paris. La Canopée est inaugurée le 5 avril. Cet ensemble architectural est composé de deux bâtiments reliés par un immense toit de verre aux formes courbes, dont la partie centrale abrite un patio ayant vocation à devenir le nouveau cœur des Halles. Inspirée de l’abri naturel, protecteur et lumineux qu’offrent les cimes des arbres dans la forêt, la Canopée coiffe une ville souterraine, constituée de commerces et d’une gare, la plus fréquentée d’Europe avec quelque 750 000 voyageurs quotidiens. Conçu par les architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti, ce projet a l’ambition d’inscrire harmonieusement le site dans le paysage urbain et d’ouvrir l’espace sur la ville pour le rendre plus accueillant, plus lumineux et en fluidifier l’accès. Alors que l’ancien Forum des Halles faisait obstacle au regard tout autant qu’aux promeneurs, la Canopée, avec son rez-de-chaussée traversant, dégage une perspective sur 750 mètres d’est en ouest, du Centre Pompidou à la Bourse du Commerce.
 

Une géométrie complexe

Les deux édifices du projet, situés au nord et au sud, totalisent une surface de 14 000 m2. Ils regrouperont, sur trois niveaux, un pôle d’équipements culturels mutualisés. L’aile nord accueillera une bibliothèque, une salle de diffusion pour les répétitions, les petits spectacles et les concerts, des ateliers pour les pratiques artistiques amateurs et même un centre dédié au hip-hop. L’aile sud hébergera le conservatoire de musique Wolfang Amadeus Mozart, commun aux quatre arrondissements centraux de la capitale.



Crédits Pascal Guittet

Entre les deux bâtiments, le toit de verre coiffe la place centrale et ses terrasses, futur lieu d’animation urbaine et de passage des Franciliens en transit ou en promenade. Avec son ouverture monumentale de 96 mètres de longueur dans sa partie occidentale, ce patio s’apparente à une fenêtre grande ouverte sur l’environnement et est une invitation à l’explorer. « Cet espace constitue une transition entre le dessous et le dessus de la ville. Il s’agissait de scénariser une entrée dans Paris. Les utilisateurs du site vont monter vers l’extérieur et percevoir petit à petit les arbres, l’église Saint-Eustache, puis le jardin public », détaille Patrick Berger.
 

Plus de huit ans se seront écoulés entre l’issue du concours international d’architecture organisé par la Ville de Paris, marquant le coup d’envoi de la reconstruction des Halles, en 2007, et la livraison de la Canopée. Mais les riverains qui ont pu, à juste titre, s’impatienter à cause de la longueur des travaux, ont parallèlement eu le temps de se familiariser avec la complexité du projet. « En 2007, les outils de géométrie complexe n’étaient pas encore très aboutis. Nous avons réalisé une maquette numérique pour pouvoir travailler les formes, faire de l’optimisation, car l’architecte part d’un geste et notre travail consiste à le traduire en réalité physique et industrielle », souligne Adrien Lebret, chef de projet chez Ingérop, société de conseil et d’ingénierie, qui a assuré la maîtrise d’œuvre.
 

L’autre défi tenait à la localisation même du chantier, situé au-dessus d’une ruche bourdonnante, dont on ne pouvait à aucun moment stopper l’activité. « La vraie technicité consistait à construire au-dessus d’un enchevêtrement de différents établissements ou équipements : voies ferrées, gare, centre commercial, parking, voirie souterraine. C’est un peu comme si on construisait au-dessus d’un immeuble de grande hauteur », ajoute Adrien Lebret.
 

Translucide et spectaculaire

Les architectes ont décidé de faire reposer l’imposante Canopée sur la trame de poteaux qui soutenait la structure préexistante du Forum. « Le principe a été de sélectionner 72 poteaux et d’appuyer la charge de l’ensemble sur ces points, sans créer un poteau de plus », explique Patrick Berger. Pour y parvenir, il a fallu renforcer la capacité portante de 17 piliers, ce qui n’a pu être réalisé qu’au prix d’une délicate opération de surélévation de l’édifice à l’aide de vérins.


Crédits Pascal Guittet

L’immense verrière constitue l’élément le plus spectaculaire de la Canopée. C’est elle qui lui confère sa personnalité unique. D’un poids de 7 000 tonnes, elle repose sur huit points d’appui également répartis sur les deux ailes et se compose de 18 000 panneaux de verre. Un verre spécialement fabriqué pour l’ouvrage. Identiques dans leur constitution, ces modules en verre feuilleté, dont les dimensions oscillent entre 1,10 et 1,60?mètre, ont fait l’objet de nombreux essais pour atteindre les caractéristiques techniques, les propriétés physiques et les effets plastiques recherchés.
 

Chaque « tuile » de la Canopée est composée de l’assemblage de deux verres différents. Le panneau extrados (la partie supérieure) a été sérigraphié pour obtenir une couleur proche de celle du sable et offrir « un degré de translucidité garantissant la diffusion douce de la lumière, la protection contre les rayons UV et le confort climatique », décrivent Patrick Berger et Jacques Anziutti.


Crédits Pascal Guittet

Cette couverture de 25 000 m2 s’articule autour d’une poutre caisson en forme de lyre, de 3 mètres de largeur et de 1,50 mètre de hauteur, ainsi que de 15 poutres ventelles. « La disposition de ces vantelles répond aux exigences de confort des usagers, de sécurité et d’optimisation structurelle, précise Adrien Lebret. Elles sont inclinées pour se conformer aux contraintes de désenfumage, mais aussi pour protéger des intempéries. Les panneaux sont organisés les uns par rapport aux autres par recouvrement, comme sur une toiture traditionnelle. » 

Un verre haute couture produit à l’échelle industrielle
 

C’est l’Atelier Emmanuel Barrois, à Brioude (Haute-Loire), qui a conçu le verre recouvrant la Canopée, avec le bureau d'étude Arcora (filiale du groupe Ingérop). Sa création a nécessité dix-huit mois, ponctués par une multitude d’essais et de réalisations de prototypes. « Au départ, il fallait savoir ce que l’on voulait faire et pourquoi. Le verre devait-il être transparent, translucide, coloré, porter un relief… ? Son niveau de transparence devait-il être identique sur toute la surface de la verrière ? Quid de la maintenance ? », commente Emmanuel Barrois. Sa PME d’une dizaine de salariés est spécialisée dans la conception et la fabrication d’éléments verriers hors normes pour l’architecture. Le projet s’est complexifié en raison de la surface de la verrière. « Notre métier, c’est la haute couture du verre. C’est un peu comme si un grand chef créait une recette pour l’industrie agroalimentaire », affirme le dirigeant. En concevant son verre, l’atelier a toujours eu en ligne de mire sa fabrication à l’échelle industrielle, réalisée par l’entreprise ACG Vertal Sud-Est, à Saint-Priest (Rhône). « Je savais qu’il existait quelques usines capables de fabriquer ce produit. Il fallait que j’imagine un process qui optimise la qualité des verres, qui soit conforme à des normes de sécurité, qui ne dépasse certains coûts et qui puisse être mis en œuvre par plusieurs usines de manière à ce qu’une concurrence puisse s’exercer, car nous sommes dans le cadre d’un marché public. » 

 

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