A Montreuil, un écodesign lab innove avec les déchets industriels

Les chutes issues de la production industrielle sont aussi une ressource intéressante à valoriser. A Montreuil, un "ecodesign lab" concilie économie circulaire et prototypage rapide. Reportage.

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A Montreuil, un écodesign lab innove avec les déchets industriels
Un tabouret écoconçu qui mèle chutes de bois et pièces en plastique.

Avant même d’accéder au fablab, la zone industrielle Mozinor (Montreuil zone industrielle nord) où il s’est installé est en elle-même une curiosité. Cette ZI unique au monde a misé sur la verticalité pour répondre aux contraintes du manque d’espace. 1,5 km de route et deux rampes sont nécessaires pour monter en haut de l’usine de 42 000 m² et y faire monter des camions de 38 tonnes. Conçue toute en béton dans les années 1970, Mozinor abrite aujourd’hui cinquante sociétés pour 450 salariés. Et depuis un an et demi, un fablab tout aussi original, a ouvert. Niché tout en haut du bâtiment et doté d’une vue imprenable, il se distingue surtout des autres par son concept. « L’idée du Fablab m’est venue à partir d’une réflexion sur l’usage des déchets, explique Philippe Schiesser, le fondateur et président de l’écodesign fablab. En outre, le lieu était déjà utilisé avant par des designers. D’où l’idée d’un "ecodesign lab" (eco pour éco-conception, NDLR) auquel prennent part les entreprises de Mozinor en fournissant déchets et outils ».


La ZI Mozinor vue de l'extérieur

3 000 tonnes de déchets disponibles

3 000 tonnes de matières sont disponibles sur la zone, principalement du bois, mais aussi du plexiglass, du polystérène ou encore du tissus, ou des éléments de décors. Au fablab, une fabmanager accueille le public en tout genre le jeudi et vendredi, et des professionnels les autres jours. Les industriels ne sont en effet pas seulement invités à fournir les déchets mais aussi à participer. « Nous accueillons des professionnels qui viennent "brainstormer", ou "mainstormer," précise Philippe Schiesser. Nous accueillons notamment des designers qui sortent de l’école et qui n’ont plus d’ateliers à leur disposition ou encore des architectes. Une dizaine d’entreprises de Mozinor ont un projet avec nous ».


Le fablab est un lieu où partager les compétences,
qu'il s'agisse de "brainstormer" ou de "mainstormer".

« Dans les fablabs, un prototype sur deux est moche, c'est dommage »

« Nous travaillons sur le beau avec des déchets. C’est pourquoi nous sommes "ecodesign" et pas seulement eco », ajoute Philippe Schiesser, qui est également professeur d'éco-conception à l'Université. « Aujourd’hui dans les fablabs, un prototype sur deux est moche, c’est dommage. Le numérique peut aussi nous permettre un nouvel esthétisme, et sortir de la fatalité "ca reste de la récup" ». Un des premiers projets fut d’utiliser les palettes industrielles pour en faire du mobilier, comme des tabourets, ou des tables d’ateliers. Depuis, les projets se sont élargis, principalement avec des designers et architectes. Une entreprise est venue travailler sur un prototype de voiture du futur, à partir de déchet automobiles pris en casse. Un architecte travaille sur la fabrication accessible à tous de modules de maisons, conçus avec des fraiseuses numériques. Pour 2016, le fablab accueillera 20 designers qui ont déjà travaillé dans leurs entreprises sur le détournement de déchets.

Les deux imprimantes 3D du fablab

Une dizaine de projets similaires en France

Disposant de peu d’espace, le fablab a installé ses machines les plus imposantes à d’autres étages de l’usine verticale, chez des PME. « Avec les autres outils d’usinage plus classique, nous disposons de deux imprimantes 3D dans le fablab lui-même, d’une découpeuse laser un étage en dessous et d’une fraiseuse numérique au rez de chaussée », explique la fabmanageuse Kerry Gamon. Tout en restant à la disposition du fablab, les machines sont également louées aux PME qui les hébergent. Au final, le fablab dépend beaucoup de l’écosystème en place. D’un seul coup, une PME avec laquelle le fablab est en projet peut fermer la porte. D’où l’importance d’avoir une multitude d’entreprises à disposition. Pour Philippe Scheisser, le concept est encore freiné par l’absence de moyens pour développer des déchetteries d’entreprises, dans lesquelles les entreprises pourraient facilement stocker et mettre à disposition leurs déchets. Ce qui n’empêche pas le fablab d’être aujourd’hui copié. Une dizaine de projets similaires sont en germe en France. Pour le plus grand plaisir de Philippe Schiesser, qui espère bien voir le concept s’installer durablement.

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