A Maubeuge, présidentielle rime avec indifférence pour les ouvriers

Le retour de l'industrie sur le devant de la scène politique mobilise-t-il le vote ouvrier ? Reportage à Maubeuge, où les ouvriers représentaient encore 35 % de la population active lors du dernier recensement en 2008. La gauche n'a plus le monopole des votes. Mais personne ne semble en profiter : l'électeur ouvrier n'y croit plus.

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A Maubeuge, présidentielle rime avec indifférence pour les ouvriers

De grandes affiches ont beau annoncer qu'avec le Kangoo ZE (le véhicule électrique produit ici), Renault prépare l'avenir, les ouvriers ne se passionnent pas pour le futur proche. Ce sont eux qui participent à ce challenge industriel dans les locaux de l'usine MCA située à la sortie de Maubeuge, et la course vers l’Elysée n'est pas vraiment dans les têtes.

Sur le vaste parking battu par le vent polaire en ce début de mois de février rigoureux, nombreux sont ceux qui déclarent ne pas savoir pour qui ils iront voter à la prochaine présidentielle. "Il est trop tôt encore, j'attends les programmes", explique Fabien. Ce grand brun travaille en 3X8 comme les autres et a commencé sa journée à 5 heures.

Les mesures présentées par Marine Le Pen, François Hollande ou François Bayrou ne lui suffisent pas. "Faut voir ce qu'ils vont vraiment faire, là c'est des paroles. De toute façon je me décide toujours au dernier moment."

Bruno, lui, sait pour qui il va voter. Mi-provocateur, mi-rigolard, il crie en rejoignant sa voiture "je voterai pour Marine. J'ai toujours voté pour la famille Le Pen. Faut que ça change !"

Françoise, la quarantaine bien marquée, sait qu'elle n'ira pas voter cette fois-ci : "Tout ça, ce ne sont que des promesses. Pendant la campagne, ils sont généreux. Et puis après, une fois qu'ils sont au pouvoir, ils oublient tout." Un propos répété souvent ici…

Plus que la colère, c'est le désintérêt et l'attitude désabusée qui prévalent. Et pour le candidat du Parti Socialiste qui recueille le plus de voix lors de cette prise de température sur le terrain, l'adhésion est davantage synonyme de résignation que de passion.

MCA, premier employeur

On est en terre nordiste et certaines habitudes demeurent : "Je voterai Hollande sans hésiter", confirme Sylvain, 35 ans, l'oeil bleu, "quand on est ouvrier on vote à gauche. Ce ne sera pas pire qu'avec la droite. On a beaucoup souffert depuis 5 ans."

En cause, les taxes qui augmentent, l'essence, l'impression qu'on a beau travailler plus, on ne vit pas mieux, que c'est plus dur qu'avant de "joindre les deux bouts".

Nabil, qui vient d'être embauché en intérim pour les 6 mois qui viennent après 2 ans de galère a d'autres motivations pour voter à gauche : "Travailler plus pour gagner plus, c'est bien pour ceux qui ont déjà du travail. Mais qu'a fait le président pour ceux qui comme moi ont un bac +3 et trouvent rien dans la région ?" Au recensement de 2008, le chômage des jeunes tournait autour de 40 % à Maubeuge.

Le bassin d'emplois n'est pas vraiment prospère. MCA est le premier employeur de la ville, devant l'hôpital public et l'hypermarché Auchan. Le taux de chômage dépasse les 15 %.

A deux pas de MCA, il y a bien un site de production d'Areva qui a ouvert récemment. Mais ce sont plutôt les fermetures qui scandent les récits et le paysage, quand, au détour d'une route, on découvre, là une usine à l'abandon, ailleurs un commerce fermé.

Sans oublier une impression de précarité : "Tout peut fermer à tout moment, plus personne n'a l'impression d'avoir un emploi pour longtemps", explique Stéphane Leduc, délégué CGT, qui travaille aujourd'hui chez Neuhausser une fabrique de pain.

Lui non plus ne sait pas s'il ira voter. La CGT n'est apparemment plus ce qu'elle était. "Au prix de l'essence, je me demande si ça vaut le coup de se déplacer pour eux", ironise-t-il, avant d'expliquer qu'il glissera sûrement un bulletin blanc, à moins qu'il ne se résigne à voter pour Jean-Luc Mélenchon.

Ce sera en tout cas sans grande conviction. "A l'usine, honnêtement personne ne parle de la présidentielle." Le prix de l'essence revient aussi et ce constat : "avant quand on travaillait à deux dans un ménage, on disait que le deuxième salaire c'était pour les plaisirs, les vacances, un restau. Aujourd'hui, c'est devenu nécessaire pour pouvoir s'en sortir", précise-t-il. Ne serait-ce que pour acheter une maison, ceux qui n'ont qu'un salaire disent ne pouvoir faire face aux remboursements.

Alors les ouvriers s'abstiendront-ils ici comme dans le reste de la France ? Aux dernières élections cantonales en 2011 à Maubeuge Sud, l'abstention record (quasiment 68 %) a permis au candidat du Front national d'être présent au second tour, obtenant près de 40 % des suffrages exprimés (soit 12 % des inscrits).

Lors de la présidentielle de 2007, pour la seule ville de Maubeuge, Ségolène Royal était arrivée en tête au deuxième tour (50,33 %). Au premier tour, Jean Marie Le Pen n'avait obtenu que 17,39 %. Près de 8 électeurs sur 10 s'étaient déplacés. Rien ne dit qu'ils seront aussi nombreux cette fois.

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