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À LIVERPOOL, DANONE PRODUIT SUR ORDONNANCE

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Avec le rachat de Numico en 2007, le groupe de Franck Riboud est devenu le leader mondial de la nutrition médicale. Reportage à Liverpool (Royaume-Uni) au coeur de ce nouveau business model.

À LIVERPOOL, DANONE PRODUIT SUR ORDONNANCE ©

Derrière une paroi de verre, l'homme dans le dispensaire manie précautionneusement un sachet de plastique rempli de poudre. La pièce ne comporte aucun angle droit, pour éviter les poussières. Outre la température et l'humidité, étroitement surveillées, l'air est constamment maintenu en surpression pour éviter toute contamination. L'homme dose un à un les ingrédients qui entreront dans la formulation de l'une des quatre cents recettes de poudre réalisées sur le site. Dans le dispensaire, pas question de faire entrer deux matières premières différentes en même temps.

« Nous obéissons à des standards de production identiques à ceux de l'industrie pharmaceutique », assure Paul Cowley, le responsable innovation et process. Et pourtant, nous sommes dans une usine Danone, plus exactement celle de sa filiale, Nutricia, située dans la banlieue de Liverpool. Il a produit l'an dernier quelque six millions de boîtes et huit millions de sachets de produits alimentaires destinés aux personnes souffrant de malnutrition : nourrissons allergiques au lait de vache ou souffrant de maladies génétiques, personnes âgées dénutries ou malades suivant une chimiothérapie. Des produits vendus en pharmacie, prescrits par le corps médical, et remboursés par les systèmes de santé dans la plupart des pays.

Avec 3 600 personnes et 900 millions d'euros de chiffre d'affaires, Nutricia est la plus petite branche du groupe (environ 5 % du chiffre d'affaires), assurément la moins connue. Mais c'est celle qui a enregistré la plus forte croissance (+ 9 %) en 2010, et les marges les plus élevées (environ 20 %). Au vu des évolutions démographiques mondiales, ce n'est pas près de s'arrêter. L'Europe de l'Ouest est le principal marché de la nutrition médicale, estimé à 1,5 milliard d'euros, et dont Nutricia revendique 40 %, devant Nestlé (24 %) et les labos pharmaceutiques Abbott (17 %) et Fresenius (13 %). « Nutricia réalise 70 % de ses ventes en Europe, mais le potentiel du marché mondial est énorme. Le problème est de déterminer les priorités en termes de pays et aussi les pathologies auxquelles nous voulons apporter des réponses », souligne William Green, le porte-parole de Nutricia.

Un modèle industriel complexe

Pour répondre à la dynamique du marché, le site de Liverpool vient d'achever un investissement de plus de 20 millions d'euros visant à multiplier par quatre la capacité de production. Au deuxième étage de l'usine, trois énormes mélangeurs brassent pendant quelques minutes les poudres qui seront conditionnées aux étages inférieurs. Sur le quai de chargement, des palettes de boîtes sont en partance pour les États-Unis, l'Australie et la Chine. Nutricia possède trois sites spécialisés et qui servent l'ensemble du marché mondial : Liverpool, spécialisé dans les poudres, Zoetermeer (Pays-Bas) pour les produits liquides, et Wuxi, à une centaine de kilomètres de Shanghai (Chine), pour le matériel médical, notamment des sondes et des pompes.

Le modèle industriel de la nutrition médicale est complexe, notamment à cause des réglementations. En Europe, le secteur est régi par le règlement « Food for special medical purpose » (FSMP), mais son application diffère dans chaque État membre. « La direction générale chargée de la santé et des consommateurs a lancé une étude sur les barrières à l'innovation dans notre secteur, et semble avoir pris conscience du problème », explique-t-on chez Nutricia. Pour l'instant, l'étiquetage des produits, la communication et le marketing, mais aussi la formulation des produits sont adaptés à chaque marché. Industriellement, cela suppose de la souplesse et une capacité à gérer la complexité. À Liverpool, les séries de production vont ainsi de 20 kg, pour des produits adaptés à un unique patient, à... trois tonnes. Ce modèle industriel est probablement amené à évoluer dans les prochaines années au fur et à mesure de l'expansion géographique du groupe, de l'harmonisation réglementaire, de la compétition accrue, mais aussi des perspectives de déremboursement de certains produits.

La R & D du groupe est, elle, déjà en pleine mutation. Dans les prochains mois, les 250 employés du centre vont quitter Wageningen (Pays-Bas) et sa « food valley », l'un des principaux pôles de recherche en Europe sur l'agriculture et l'agroalimentaire, pour s'installer à Utrecht, où les compétences sont davantage médicales. Son université, avec laquelle Nutricia a déjà noué un partenariat stratégique, est réputée pour ses compétences en immuno-pharmacologie. L'objectif est clair : cibler des pathologies de plus en plus précises (voir encadré ci-contre) et aller toujours plus loin sur le terrain de l'industrie pharmaceutique, sans oublier le savoir-faire agroalimentaire. À Wageningen, un pilote permet de reconstituer les conditions de production des trois usines.

Dernière innovation : la nouvelle génération de Fortisip, une boisson de type milk-shake pour les patients dénutris. « Par rapport à la précédente version, nous avons compacté la formulation de 200 à 125 millilitres, en remplaçant la caséine par une autre source de protéines. C'est important pour des patients qui ont des difficultés à manger. Nous ne vendons pas des produits plaisir, mais il faut que les patients réussissent à les ingurgiter : c'est pourquoi nous travaillons beaucoup sur la texture et le goût », explique Aldwin Vriesema, le directeur de la R et D. Ces aspects « marketing » sont importants dans un marché très concurrentiel. Mais en la matière, Danone a un certain savoir-faire.

ALZHEIMER ET LE VIH EN LIGNE DE MIRE

Face à la concurrence, la division Nutricia vise des pathologies de plus en plus ciblées : diabète, épilepsie, dysphagie, cancer sont en ligne de mire. Mais aussi la maladie d'Alzheimer : un produit baptisé Souvenaid est en développement depuis plusieurs années, dont les études cliniques tendraient à démontrer un impact sur la progression de la maladie. Le pipeline d'innovation contient également un produit de nutrition adapté aux personnes atteintes du VIH, sur lequel des études cliniques sont en cours. Danone a également acquis il y a quelques mois l'américain Medical Nutrition et sa gamme Pro Stat pour la prévention des escarres pour les personnes âgées ou immobilisées.

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