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A la Mutualité, Pierre Gattaz, candidat pour un "capitalisme à visage humain"

Christophe Bys ,

Publié le

Baisse des impôts, transfert de charges, flexibilité du travail et simplification réglementaire font partie du programme de Pierre Gattaz pour le Medef. Un programme qu'il présentait, lundi 15 avril, à Paris devant une assistance fournie et sage. Celui qui se présente comme un homme libre veut un Medef plus combattif, plus ouvert et plus proche du terrain.

A la Mutualité, Pierre Gattaz, candidat pour un capitalisme à visage humain © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Hier, lundi 15 avril, Pierre Gattaz a été le premier candidat à la présidence du Medef à dévoiler sur scène son projet s'il est élu en juillet prochain. Pour cela, il avait réuni ses soutiens et des experts lors d'une réunion à la maison de la mutualité à Paris. Le programme d'une vingtaine de pages, distribué à la sortie est un document coloré intitulé "Libérons l'entreprise. Pour un Medef de conquête de convictions et de rassemblement".

Reprenant volontiers la phrase de Kennedy qui enjoignait chacun de se demander ce qu'il pouvait faire pour l'Amérique, Pierre Gattaz a rappelé à plusieurs reprises que la France avait des atouts multiples, qu'il convenait de libérer pour qu'elle retrouve toute sa place dans la compétition économique mondiale.

Cela passe par trois chocs préconisés par le président de Radiall: un choc de confiance, un choc de fiscalité et un choc de compétitivité. Le premier est le plus original, puisqu'il s'agît de redonner à l'entreprise toute la place qu'elle mérite selon le candidat. Pour cela, il propose des mesures symboliques pour remettre les entreprises au centre du jeu. Il a ainsi évoqué une "grande déclaration d'amour" des dirigeants politiques aux entreprises, évoquant une réunion berlinoise à laquelle il avait assisté où Angela Merkel avait loué des chefs d'entreprise.

Pierre Gattaz propose ainsi que le président de la République passe chaque année une journée sur le campus de l'université d'été du Medef pour dialoguer avec des chefs d'entreprise. "Il le fait bien au salon de l'agriculture", a-t-il expliqué. Alors, si Pierre Gattaz est élu, une invitation sera envoyée à l'Elysée en ce sens. De même, il souhaite que l'entreprise et son rôle capital soient constitutionnalisés, un moyen pour lui de rappeler son importance et de la mettre au centre du débat public pendant plusieurs semaines.

Les deux autres chocs sont plus classiques. Côté fiscalité, Pierre Gattaz ne veut pas que le budget 2014 soit une réplique même atténuée du projet de loi de finances 2013 qualifié de fiscalité "punitive dogmatique et politique". Premier objectif du futur président s'il est élu : éviter que cela ne se reproduise. "La fiscalité doit inciter à la prise de risque, quitte à taxer la spéculation", a-t-il rappelé.

Quant au choc de compétitivité, il est rendu nécessaire par l'effondrement des marges rappelé en début de réunion par l'essayiste Nicolas Baverez. "Il faut transférer 50 milliards vers l'impôt" a indiqué Pierre Gattaz, qui souhaite par ailleurs une baisse des dépenses publiques. "Nos entreprises ont réduit leurs dépenses de structure depuis longtemps" a-t-il expliqué, estimant qu'il était temps que les administrations fassent de même.

Un Medef participatif

Etre président du Medef, ce n'est pas qu'une question de programme économique, tant il y a fort à parier que les différents candidats soutiendront peu ou prou les mêmes mesures (baisse des charges et de la fiscalité, renforcement de l'image des entrepreneurs...). C'est aussi une question de style. Pierre Gattaz s'est prononcé en faveur d'un Medef de convictions et d'action, qui fera du lobbying pour régler "nos problèmes", à savoir le coût du travail trop élevé, la flexibilité du travail ("il ne faut pas avoir peur de dire la vérité") le trop plein de réglementation ou encore les difficultés de financement des entreprises...

Pour cela, il n'entend pas rester seul, mais travailler étroitement avec les autres organisations patronales avec lesquelles "nous sommes d'accord à 90%". Une ouverture du Medef qui devra aussi concerner les différents experts qu'il peut consulter pour appuyer ses propositions, mais aussi ouvert sur la société civile, et notamment les professeurs, les magistrats, les journalistes, les parlementaires... pour mieux faire connaître les chefs d'entreprises.

Pour la gouvernance de l'avenue Bosquet, Pierre Gattaz appelle à la collégialité, affirmant que "le terrain doit reprendre la main" et louant une sorte de démocratie participative que ne renierait pas Ségolène Royal. En effet, le programme présenté est en ligne sur un site Internet, où il pourra être discuté, enrichi et vraisemblablement amendé. Dans cette volonté d'être au plus près des réalités micro-économiques, il a aussi indiqué son attachement au dialogue social dans l'entreprise.

Pierre Gattaz a aussi souhaité que le Medef renforce son rôle de formation auprès des chefs d'entreprise sur les territoires, notamment en matière d'innovation, d'organisation ou de ressources humaines...

L'assistance nourrie était plutôt sage durant toute la soirée. A deux moments, Pierre Gattaz a été interrompu par des applaudissements nourris. Quand il a évoqué la fiscalité punitive pour les chefs d'entreprise mise en place l'été dernier. Plus étonnant, l'appel à un contrôle aux frontières de l'Europe peut étonner de la part d'un homme qui rappelle les succès à l'exportation de son entreprise, fournisseur de Boeing. "L'Europe doit être ouverte, pas offerte" a-t-il expliqué, citant l'action d'Arnaud Montebourg. Du coup, on ne savait plus si les applaudissements étaient destinés au ministre du Redressement productif ou au souhait d'avoir plus de protections aux frontières de l'Union.

Un homme "libre"

Avant de monter à la tribune pour faire son discours, Pierre Gattaz avait répondu à quelques questions sur sa personnalité, un élément aussi important pour l'élection. Denis Kessler, dont l'intervention avait été filmée en raison d'un déplacement professionnel, avait préalablement dressé un portrait-robot du futur président du Medef où l'on reconnaissait sans peine le président de Radiall. Refusant d'être considéré comme un héritier, tout en disant sa fierté d'être le "fils de son père", Pierre Gattaz a insisté sur son travail d'entrepreneur à la tête de Radiall et rappelé ses différents engagements personnels de longue date dans la sphère patronale.

Il a également réfuté être le candidat de l'industrie contre les services, insistant sur la complémentarité indispensable des deux univers. Enfin, il s'est présenté comme un homme libre "n'appartenant à aucun réseau, à aucun parti. Mon parti c'est celui de l'entreprise" a-t-il expliqué. C'est pour lui un avantage, car cela lui permettra de dire quand les directions vont dans la bonne direction (le rapport Gallois) et quand elles sont mauvaises (la loi de finances de 2013), sans aucune gêne. Concluant son discours programmatique, il indiquera qu'il entend être le porte-parole d'un "capitalisme à visage humain". Il va de soi qu'il préfèrerait que ce soit le sien.

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