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A la Cosmetic Valley, "nous rêvons de mettre en place une plate-forme mutualisée à l’export"

Marion Garreau

Publié le

Ce mardi 6 décembre, pôles de compétitivités, consortium d’entreprises et différents partenaires lancent au Havre le projet COSVAPEX pour repenser la chaîne logistique à l'export des groupes de cosmétiques. Stéphanie Henry, directrice de l’antenne Normandie de la Cosmetic Valley, répond aux questions de l'Usine Nouvelle.

A la Cosmetic Valley, nous rêvons de mettre en place une plate-forme mutualisée à l’export © Cosmetic Valley

La cosmétique est le deuxième secteur exportateur de l’économie française, derrière l’aéronautique. 80 % des cosmétiques produits en France sont ainsi exportés dans le monde entier. Pour autant, porté par l’image de marque du savoir-faire français, le secteur n’a pas optimisé sa chaîne logistique à l’export. Afin d’y remédier, le pôle de compétitivité Cosmetic Valley lance ce mardi 6 décembre, avec son homologue Nov@log, COSVAPEX (COSmetic VAlley Performance EXport). Ce projet, inauguré dans le port du Havre, va durer dix-huit mois et impliquer un consortium d’entreprises et différents partenaires, dont les Ports de Paris Seine Normandie et l’Institut du Droit International des Transports. L’objectif : explorer les possibilités d’amélioration de la chaîne logistique des entreprises du secteur. Stéphanie Henry, directrice de l’antenne Normandie de la Cosmetic Valley, décrypte les enjeux.

L’Usine Nouvelle – Quelles sont les priorités de ce projet collaboratif ?

Stéphanie Henry- Le point de départ vient d’un besoin exprimé par Puig, le groupe qui détient notamment la marque Paco Rabanne. Le groupe est venu nous voir en nous demandant de réfléchir à des moyens de lutter contre la contrefaçon, notamment à travers le suivi du produit, ce qu’on appelle le ‘tracking’. Plus largement, le projet COSVAPEX veut aussi répondre à la concurrence des autres marchés. Les cosmétiques français sont très réputés, grâce à leur image de luxe et à la sécurité des produits. Mais les pays asiatiques sont de plus en plus forts et ils commencent à exporter. On s’est donc demandé sur quels aspects on pouvait améliorer la performance de nos produits, déjà très innovants. En conclusion, il apparait que sur la partie logistique nous ne sommes pas des leaders. En travaillant ce dernier maillon, nous voulons aider nos entreprises à être plus performantes afin d’éviter de se faire rattraper par la concurrence. Il ne faut pas que les marques françaises soient pénalisées par un défaut à l’export. Etre performant, c’est aussi s’assurer que le bon produit arrive au bon magasin au bon moment.

Quelles sont les principales étapes du projet COSVAPEX ?

Notre objectif est de créer un outil d’aide à la décision pour que les entreprises du secteur puissent optimiser leur chaîne logistique à l’export. Nous allons d’abord travailler avec six entreprises adhérentes à Cosmetic Valley pour faire un état des lieux. Nous avons choisi des marques qui ont en leur sein tous les métiers concernés: Dior, Guerlain, Séphora, Hermès, Clarins et Lampe Berger. Nous allons interroger les responsables de leur supply chain selon trois volets, à savoir la méthodologie, la réglementation et la gestion des retours de produits. On va notamment leur demander si tous les camions partent bien remplis, si les solutions de dématérialisation pour le passage des douanes sont pertinentes. A Séphora, qui offre des promotions aux clients rapportant leurs flacons vides, nous allons par exemple demander si cette opération représente pour elle une vraie valeur ajoutée. Dans un premier temps, l’idée n’est pas forcément d’inventer des solutions nouvelles mais de mettre par écrit ce qui existe déjà et d’ouvrir ce rapport à toutes les entreprises du secteur. Ensuite nos partenaires, tels le cabinet de conseil Logistique Seine-Normandie et l’ISEL (Institut des Sciences et Etudes Logistiques), pourront leur proposer des solutions personnalisées.

Avez-vous déjà une idée des points de crispation sur lesquels vos entreprises adhérentes attendent des solutions ?

Dior, par exemple, s’intéresse beaucoup à la gestion des retours. Quand leurs parfums sont remplacés par une nouvelle collection, ils sont détruits. Pour cela, la marque possède plusieurs relais à travers le monde. Mais des zones restent encore non couvertes. Dans ce cas-là, Dior est obligé de faire revenir ces parfums au Havre pour les détruire, ce qui lui coûte très cher. La marque est donc intéressée par une mutualisation des lieux de destruction des produits. De son côté, Séphora a la spécificité de vendre ses propres produits et ceux de plusieurs grandes marques. Ces derniers sont tous envoyés dans un endroit centralisé. Séphora doit donc ouvrir les cartons de toutes ses marques clientes, répartir les produits selon les besoins des magasins puis les reconditionner pour les envoyer en boutique. Cela lui fait perdre énormément de temps et implique que beaucoup de camions partent à moitié vide. Or les marques possèdent souvent leurs propres boutiques dans les mêmes zones et doivent sûrement faire la même chose. Avec cette étude, Séphora espère identifier ce qui pourrait être mis en commun. Mutualiser le transport peut permettre des gains économiques et répond à une problématique de développement durable. C’est là-dessus que nous voulons sensibiliser nos entreprises partenaires. Beaucoup de secteurs le font depuis longtemps, comme l’agroalimentaire où les marges sur les produits sont très faibles. Les sociétés de la cosmétique sont très riches et voient la logistique comme secondaire. Mais nous ressentons une vraie envie de collaborer chez les responsables de la supply chain. Certains imaginent même la mise en place d’une plateforme mutualisée à l’export, où les conteneurs ne partiraient plus par marque mais par pays. C’est un peu ce que nous rêvons de faire.

Propos recueillis par Marion Garreau

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