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L'Usine Maroc

"A la COP22, nous avons absolument besoin d'une feuille de route sur le financement", selon Hakima El Haite

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Publié le , mis à jour le 30/09/2016 À 20H07

A un peu plus d'un mois de la COP22 de Marrakech, Hakima El Haite, ministre de l'environnement du Maroc et "championne du climat"  fait le point dans un entretien à L'Usine Nouvelle sur l'évènement et les politiques publiques en matière d'environnement dans son pays.

A la COP22, nous avons absolument besoin d'une feuille de route sur le financement, selon Hakima El Haite
Hakima El Haite, ministre déléguée à l'Environnement du Maroc
© dr

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

L'Usine Nouvelle : Où en est-on cette fin septembre sur le processus enclenché à la COP21 et la ratification de l'Accord de Paris?

Hakima El Haite : Depuis quelques jours,  nous sommes beaucoup plus optimistes. On ne pensait pas qu’autant de pays ratifieraient, notamment, c’est exceptionnel, les Etats-Unis et la Chine  qui pèsent 40% des émissions de GES. Nous en sommes à 64 ou 65 pays et près de 50% des émissions. Si l’Inde ratifie début octobre comme elle l'a indiqué et l'Europe comme cela se dessine, l’accord de Paris sera ratifié à Marrakech. Ce sera un signal politique très fort

Comment appréciez vous cette future COP22 ?
Il y a une mobilisation très forte des acteurs non étatiques. Toutes les coalitions sont très actives, avec énormément d’initiatives et je m'en rends compte car de plus en plus d’innovations sont en vue sur l'énergie, les batteries, les véhicules hydrogène…. Trois journées sur l’innovation se tiendront à Marrakech. Cela rassure sur le succès de cette COP22 et le futur de l’Humanité vers un autre monde, moins polluant.

Vos attentes ?
Les parties, notamment les pays riches ont fait beaucoup de promesses à Paris puis récemment à New-York dans tous les domaines : énergie pour l’Afrique, le AAA (Adaptation de l'Agriculture en Afrique), les 100 milliards de dollars par an dès 2020. Mais nous avons absolument besoin d’une feuille de route sur le financement, la provenance et le fléchage des fonds, la part du privé, du public, notamment. On a passé plus de 20 ans à négocier Paris, on doit passer moins de temps à le mettre en œuvre. Tout le monde doit jouer son rôle :  Etat, financiers, leaders d’opinion pour réorienter l’économie vers le bas carbone, mettre en œuvre la  levée de subvention aux fossiles, l’arrêt des installations charbon, le renforcement des capacités, la mise en oeuvre du "loss and damage"…. L’essentiel de tout cela a déjà été annoncé à Paris, il faut que la COP22 soit celle de l’action.

Cela ne va pas assez vite ?
Depuis, l’accord de Paris, on ne comprend pas toujours l’action des pays développés, pourquoi il n’y a pas plus de prêts ou de dons pour encourager les pays en développement vers une autre voie en matière d’énergie. Prenez le cas de mon pays, le Maroc, nous faisons des efforts, nous avons lancé la grande centrale solaire CSP Noor, nous avons levé les subventions sur les énergies fossiles. On ne peut pas parler au niveau européen par exemple de prix du carbone et y subventionner dans certains pays les fossiles. Il nous faut un plan d’action et une trajectoire globale priorisant les investissements verts dans les pays en voie de développement.

La COP22 ne mobilise-t-elle pas l’opinion au Maroc ?
Détrompez-vous. Nous n’avons plus un m² de disponible sur les stands marocains. Nous avons eu plus de 600 demandes marocaines de "side évents", nous n’avons pu en accepter que 150. En ce moment au Maroc, l’espace médiatique est saturé par la campagne des législatives [tenus le 7 octobre NDR]. Mais vous allez-voir ensuite. De plus, notre pays est pleinement impliqué dans cet évènement, depuis la COP21 et aussi l’annonce par le roi de l’objectif de 52% de capacités électriques en renouvelables.

Hormis le sujet de l’énergie quels sont les enjeux en matière d’environnement pour le Maroc pointés à l’occasion de la COP22 ?
L’essentiel est de garantir l’eau et la sécurité alimentaire dans le contexte des changements climatiques. Heureusement, selon moi, notre pays a une des plus belles politiques de l’eau d’Afrique et de la région MENA. Nous avons, au fil des ans, sécurisé l’approvisionnement en eau potable et en irrigation. Le "Plan Maroc vert" incorpore désormais le changement climatique. Nous avons encore du retard en assainissement liquide qui couvre 75% de l’eau usée des agglomérations et moins encore en zone rurale.

Et les déchets ?
Nous tendons presque vers 100% de collecte pour les déchets ménagers et le Maroc s’est doté d’une loi cadre qui impose la gestion responsable des déchets à toutes nos politiques publiques.

Mais cela n’est pas toujours facile à mettre en œuvre
Je suis 37ème au protocole du gouvernement. Je dois m’imposer pour intégrer la durabilité, l’humain et le climat dans les politiques publiques. Dans mon action au gouvernement, j’ai mis en place le cadre pour l’économie circulaire et la traçabilité des déchets. Aujourd’hui, il est interdit par exemple de mettre des batteries en décharge, nous avons une filière de recyclage du plomb. Au Maroc, il y a 18 centres de tris de lancés.

Vous avez été victime cet été d’une polémique sur l’importation de déchets italiens normalisés (RDF) destinés à la co-incinération en cimenterie…

Notre action vers l’économie circulaire a été rapide, les Marocains n’en ont sans doute pas pris totalement conscience. Le paradoxe c’est que l’importation des RDF normalisés de l’étranger contribue à la création de filières de valorisation énergétique au Maroc. L’opinion a réagi en s’alarmant pour sa santé, faute d’information. C’est une sacrée leçon, positive selon moi, sur l’implication de nos citoyens sur ces sujets. Pour mes collègues également qui ont compris les enjeux au bout de quelques semaines. Quant à moi, comme dit le proverbe, ce qui ne tue pas vous rend plus fort !

Concernant les déchets, il reste des points noirs comme la principale décharge sauvage de Casablanca et même du pays, le site de Médiouna…
C’est un très gros dossier complexe, notamment pour des questions de foncier disponible. Mais j’ai voulu avancer avec les autorités locales. Ecoutez, nous avons beaucoup progressé, les études sont prêtes et je pense qu’il y a une solution pour la question du site, ce qui est le préalable à la fermeture de Mediouna . Il n’y a pas d’alternative nous devons construire un centre aux normes à Casablanca.

Les élections se tiennent le 7 octobre, le gouvernement actuel d'Abdelilah Benkirane cessera d’exercer alors. Qu’en est-il de votre mission comme "championne du climat" ensuite, notamment durant la COP22 ?
Comme M. Mezouar, ministre des Affaires étrangères et président de la COP22, ma mission est intuitu personae donc je garderai ma fonction durant la COP22 et la présidence marocaine.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

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1 commentaire

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19/11/2016 - 15h20 -

Mme Hakima El Haite, ministre déléguée à l'Environnement, a également inauguré lors de la Cop22 le système de vélos en libre-service MédinaBike que notre entreprise Smoove a fourni. Premier système VLS au Maroc et sur tout le continent Africain, il vise à offrir aux résidents de Marrakech et aux touristes, un nouveau mode de déplacement durable, agréable, efficace, qui peut devenir une alternative crédible au flot considérable de mobylettes polluantes et aux voitures congestionnant le centre-ville. Une très belle initiative que nous sommes tout disposés à étendre sur d'autres cités africaines !
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