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À la conquête des terriens non connectés

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Quelque cinq milliards de personnes n’ont pas encore accès à internet. Les "next billions" sont convoités par les plus grands acteurs du numérique, qui comptent sur la manne de ce nouveau marché.

À la conquête des terriens non connectés
Les pays africains, comme la Sierra Leone, ont fait l’impasse sur l’internet fixe et sont entrés de plain pied dans l’ère du mobile.

Les entreprises citées

Nous vivons sur une planète hyperconnectée, pourtant, il reste entre quatre et cinq milliards d’exclus d’internet. Qui sont ces "next billions", comme les géants du numérique ont pris l’habitude de les appeler Il s’agit de populations plutôt rurales et pauvres, peu équipées mais avides d’internet, vivant, pour la plupart, en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Mais aussi, dans ces mêmes régions, des classes moyennes urbaines, au pouvoir d’achat croissant. Enfin, des individus isolés un peu partout sur le globe. Point de philanthropie. L’expression "next billions" renvoie aussi aux milliards de dollars que ces futurs internautes rapporteront. 

 

Les zones rurales des pays en développement

À chacun son smartphone

  • 30% du parc de mobiles dans les pays en développement étaient constitués de smartphones en 2013. 
  • 42% des populations auront accès à la 3G et à la 4G dans ces mêmes pays en 2017. 
L’Afrique, en particulier subsaharienne, a une place à part parmi ces exclus d’internet. Faute de moyens, elle a fait l’impasse sur l’accès à la toile via des PC et le téléphone fixe, pour plonger directement dans le mobile, et l’internet mobile. Éloignement géographique, pauvreté, sous-équipement et forte croissance des usages mobiles, tous les critères sont réunis pour intéresser les industriels. "C’est un champ de bataille prioritaire, assure ainsi Didier Pouillot, le responsable de l’unité sur l’économie des télécoms de l’Idate. Tout reste à faire. L’infrastructure filaire d’accès à internet, la nouvelle génération d’infrastructures d’accès mobile, l’accès à des smartphones à moins de 50 dollars [37 euros]." 

Pour ceux qui cherchent à atteindre les next billions, l’Afrique met la loupe sur un phénomène qui gagne les autres marchés émergents. Selon la GSM Association, qui regroupe 850 opérateurs de mobile dans le monde, le taux moyen d’abonnés mobiles en Afrique subsaharienne est de 31%. La proportion d’usagers frôle plutôt 70% voire 80% du fait du partage de lignes. La croissance viendra presque exclusivement de ces populations rurales et à faibles revenus, comme en Inde et dans certains pays d’Amérique latine.

"L’Afrique va beaucoup plus vite qu’on ne le pensait, prévient Gabrielle Gauthey, la vice-présidente d’Alcatel-Lucent chargée des affaires publiques. Ce sont des smartphones que veulent les Africains." Obsolète donc l’idée selon laquelle le continent se contenterait de mobiles basiques Dans un rapport publié à la fin 2013, le cabinet McKinsey évalue la pénétration du smartphone entre 2% et 5%, et à 30% d’ici à dix ans. Carolina Milanesi, la responsable de la vision stratégique du cabinet Kantar Worldpanel, tempère : "On trouve dans les pays émergents de nombreux smartphones sous Android à peine plus chers que 50 dollars. Ce sont surtout des modèles chinois en marque blanche qui séduisent. Des Yulong, Oppo, Micromax, Lava, Konka et Xiaomi."

Pour les industriels, le potentiel reste donc limité, pour l’instant, comme le confirme l’analyste : "Les utilisateurs se servent de ces smartphones pour les mêmes usages que les mobiles basiques." Les applications mobiles contournent les faibles capacités des téléphones en utilisant SMS, MMS et clavier numérique pour proposer certaines fonctions de Facebook, Google et Wikipedia ou des applications destinées à la santé, à l’éducation, à l’agriculture ou à la gestion de comptes bancaires.

 

Les classes moyennes montantes

Selon les analystes d’Ovum, la moitié des mobiles utilisés en 2017 dans les marchés émergents seront des smartphones. Dans les zones urbaines, les classes moyennes disposent de revenus suffisants pour acheter des modèles haut de gamme et consommer les services associés. Les géants d’internet comme Google se positionnent pour séduire cette clientèle et approchent aussi les gouvernements. Le californien est à l’origine de l’Alliance for affordable internet (A4AI) qui réfléchit, entre autres, à des politiques et à des régulations mieux adaptées au développement d’un internet mobile abordable. L’A4I réunit des administrations, des associations et des industriels (Alcatel-Lucent, Cisco, Ericsson, Intel, Microsoft et autres Yahoo!).

 

Les isolés de par le monde

Restent les individus isolés. Parce qu’ils habitent des zones éloignées où aucun accès à internet n’est possible. Ou parce que leurs revenus sont trop faibles dans des pays développés où l’accès au réseau est vital. Deux situations qui requièrent des solutions innovantes, imaginées dans le cadre d’initiatives comme l’A4AI de Google, Microsoft 4 Afrika (déploiement du très haut débit au Kenya ou diffusion de Windows Phone à bas prix) ou Internet.org lancé par Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. Cette initiative, qui réunit Ericsson, Qualcomm, MediaTek, Nokia, Opera et Samsung, s’est donné pour mission de rendre internet "100 fois plus abordable". Par exemple en travaillant sur l’utilisation optimisée du spectre mobile ou sur la fabrication d’équipements réseaux et de mobiles open source.

Dans les zones géographiquement isolées, il faut faire appel à des technologies autres que l’internet mobile. Google a lancé en Nouvelle-Zélande Loon, un réseau de ballons stratosphériques positionnés à 20 km d’altitude. La start-up O3B – dont le géant de Mountain View est actionnaire – a conçu, elle, un réseau de satellites destiné à améliorer la qualité et le débit de la transmission dans les zones isolées. En décembre 2013, Telecom Cook Islands a testé le dispositif pour une future desserte des 11 000 habitants de ce petit archipel du Pacifique.

"Si la plupart des côtes africaines sont connectées aux câbles sous-marins d’internet, reste à relier les pays enclavés comme la République centrafricaine, le Niger ou le Mali, souligne Didier Pouillot. Ce qui n’est pas toujours simple, ne serait-ce que pour des raisons politiques." Opérateurs et équipementiers sont sur les rangs. Mais pas seulement. Las d’attendre les réseaux qui lui permettront de proposer ses services, en Ouganda, c’est Google – encore lui – qui s’est chargé de résoudre la question. Dans la capitale Kampala, il déploie un réseau de fibre optique qui connectera une douzaine d’opérateurs locaux aux réseaux transafricains reliés à internet. Le californien pourrait répéter l’opération dans plusieurs dizaines villes. Un moyen aussi de faire sa propre promotion auprès des élites africaines. 

Les Français aussi sont sur les rangs

La France d’internet a au moins deux grands acteurs historiques bien placés pour séduire les "next billions". Orange, présent en Afrique de longue date, a ouvert un centre de design mobile pour le continent à Abidjan (Côte d’Ivoire). Une compétence que Facebook a reconnue en lui confiant l’adaptation de son service pour des mobiles de base. Le système de paiement Orange Money est aussi un succès. Alcatel-Lucent, lui, vient d’obtenir une part du futur réseau 4G de China Mobile. En Afrique, comme ses concurrents européens, il souffre de la tenace concurrence des chinois Huawei et ZTE.

Mais il persiste en particulier via de nouveaux modèles de partenariats pour accompagner financièrement des projets locaux au démarrage, avant de revenir à un modèle économique classique. Il déploie ainsi une plate-forme de sensibilisation au diabète sur mobile pour le Sénégal avec Sanofi, Orange, l’Université numérique francophone mondiale et l’Union internationale des télécommunications. Plus surprenant, la Fédération des industriels des réseaux d’initiative publique part aussi à l’assaut de l’Afrique. Le modèle français des partenariats public-privé et des collectivités locales qui jouent les opérateurs inspire certains pays comme le Burkina Faso. Côté applicatif, Viadeo a su se faire valoir en Chine en localisant ses services. Et Tagattitude est présent en Afrique avec un système de paiement mobile par ondes sonores pour mobiles simples. 

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