L'Usine Agro

A l'Ouest, l'agroalimentaire peine à choisir son camp

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Un seul pôle agroalimentaire national, Valorial, a été labellisé en juillet dernier. Sur le terrain, toutefois, le « pôle » West, recalé, continue de fédérer. Au grand dam des industriels qui préféreraient un seul porte-drapeau.

Michel Pinel, coordinateur de Valorial, le pôle de compétitivité agroalimentaire national, quittera prochainement ses fonctions de directeur général de l'Adria de Quimper, l'institut d'études... « Je dois me consacrer à 100 % à mes nouvelles fonctions de délégué général du pôle », reconnaît-il. Il était temps, car les nuages s'amoncellent. Depuis sa labellisation en juillet 2005, Valorial a déposé ses statuts, défini six commissions thématiques et nommé leurs animateurs. En revanche, le financement (10 millions d'euros par an de la région Bretagne et 10 autres millions répartis entre l'Etat et les entreprises), tout comme les projets de recherche, tarde à voir le jour.

Pour autant, son président, Michel Houdebine, par ailleurs P-DG éponyme de l'entreprise de plats cuisinés, se veut rassurant : « La région compte 600 entreprises, très diversifiées sur l'ensemble du territoire couvert. » Ajouter à cela la pesanteur étatique de la tâche, et c'est tout son développement qui s'en trouve ralenti.

Pour preuve, West, l'entité concurrente, avance à grands pas. Mais sans label : l'interrégionalité du projet (Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes), mais aussi les pressions politiques ont en effet eu raison de la démarche de labellisation . « Malgré tout, nous continuons l'aventure, affirme Jean-Yves Delaune, le coordinateur. Les industriels, à l'origine du projet, restent motivés pour trouver des financements publics. » Les 19 projets transversaux, déjà lancés, ainsi que la lettre d'information hebdomadaire reçue par 600 entreprises, donnent d'ailleurs à West une bien meilleure visibilité.

Toutefois, si les deux pôles avaient joué de concert dès le début, l'objectif final - rendre la filière plus compétitive - aurait pu être plus rapidement atteint... D'autant que les compétences ne manquent pas, de part et d'autre. Lorsque, en janvier 2005, le conseil régional de Bretagne et la préfecture lancent l'idée de Valorial, de nombreux organismes se sont rattachés tout naturellement à l'aventure. C'est le cas du Pôle agronomique de l'Ouest (PAO), en partie financé par la région, qui, depuis 1992, monte des programmes collectifs entre organismes de recherche et industriels. Même schéma pour Adro Ouest, une association loi 1901 tournée vers le développement des ovoproduits, ou encore de Bretagne Biotechnologies Alimentaires (BBA), qui regroupe depuis 1984 les acteurs de la transformation laitière de l'Ouest, les organisations interprofessionnelles et les organismes de recherche. Tous avaient des projets dans les cartons, que l'on retrouve aujourd'hui dans les commissions de Valorial...

Transversal, West séduit par son ouverture

Oui, mais voilà... Dès le début, l'objectif de créer un pôle « breton » a dérangé certains. « C'est un peu restrictif de se limiter à cette seule région, confie Michel Brandelet, président de Néolait, spécialisé dans la nutrition animale. Notre secteur d'activité s'étend sur toute la façade Ouest et ne s'arrête pas à la seule frontière qui nous sépare des Pays de la Loire. » Paradoxalement, cette entreprise, filiale de Provimi, fait pourtant partie intégrante de Valorial, puisqu'elle co-anime la commission Nutrition-santé. « Etant très proche du Zoopôle de Ploufagran, qui avait répondu présent au pôle, nous avons suivi le mouvement », avoue-t-il. Alain Glon, lui, dénonce ces « cooptations forcées » : « Le simple fait que l'Abea, l'Association bretonne des entreprises alimentaires, adhère à Valorial et non à West, supposait que toutes les entreprises dans le giron de l'association étaient sensées apporter leur soutien lors de la création de Valorial, ironise-t-il. Mais, sur le terrain, ce qui nous intéresse, ce sont les résultats. Alors peu importe que ce soit avec Valorial ou West. » Tout est dit.

Les industriels choisissent leur camp en fonction de leurs propres intérêts. Jacques Arrivé, P-DG éponyme du groupe, et Jean Quentin, patron de la PMI Gazoléo, créée en septembre 2005, ont ainsi préféré rejoindre le « pôle » interrégional, qu'il soit ou non labellisé. Tous deux, déjà engagés sur des recherches liées à l'environnement, ont choisi la thématique transversale Environnement et valorisation des déchets. « Nous travaillions déjà avec un partenaire sur la gazéification pour traiter les litières de volailles de nos producteurs, souligne Jacques Arrivé. Et nous avons découvert que ValAgro, implanté en Poitou-Charentes, planchait sur le même sujet, d'où l'intérêt de réunir nos forces. » Pour Jean Quentin, et son projet d'obtention de diester à partir d'huiles animales, le choix était loin d'être cornélien. « D'abord, Valorial est tourné vers le seul aliment, et donc très éloigné de ma propre activité, précise-t-il. Ensuite, pour mener à bien mon projet, je dois trouver des matières premières. Et les entreprises qui les génèrent sont regroupées au sein de West. »

Plus transversal, West séduit aussi par son ouverture. « Notre politique est de fédérer les entreprises autour de projets d'intérêt général. Nous continuons d'ailleurs à entretenir des relations étroites avec Valorial en ce sens, dit-on chez Ouest Atlantique, l'agence interrégionale de développement économique. En revanche, nous ne recevons aucune information de leur part. »

Une « guerre » des pôles qui diminue les chances de Jean-Yves Delaune qui espérait, jusqu'à présent, mener course commune avec Valorial pour décrocher le label « pôle de compétitivité » à vocation mondiale, dans le cadre du second appel d'offres gouvernemental. Ses atouts sont réels : « Du côté de West, nous avons en effet développé un réseau en Roumanie, en Italie, au Canada... Ce qui nous permettrait, en cumulant les forces des deux pôles, d'être légitime », assure Jean-Yves Delaune. « Pas question, répond Michel Pinel de Valorial. Nous avons chacun nos propres thèmes de recherche. »

Valorial espère étendre son champ d'actions

Fier de son label, Valorial compte pourtant réussir. Mais, pour cela, il doit étendre son champ d'actions et rechercher d'autres alliés. Contre toute attente, il tente, du coup, de se rapprocher des Pays de la Loire. Le PAO vient, en effet, d'être mandaté pour élargir les compétences de Valorial à cette région. Et Jean-Marc Vallory, directeur de l'Ecole nationale d'ingénieurs des industries alimentaires à Nantes (Enitiaa), a, lui aussi, été contacté par le pôle il y a quelques semaines. « Dès le départ, West était plus engagé, tandis que Valorial n'a pas fait beaucoup d'effort pour chercher des bases scientifiques en Pays de la Loire », soutient le directeur. Pourtant, l'école apporte un pilote mobile de 50 litres sur les hautes pressions, un procédé d'avenir pour le secteur, mais aussi ses connaissances en sécurité alimentaire...

« Il n'y a pas de polémique. Valorial est un pôle national porté par la Bretagne. Nous ne nous sommes jamais interdits d'intégrer des compétences provenant d'autres régions », se défend Michel Pinel. Pourquoi alors ne pas avoir accepté la fusion avec West, si c'est pour créer un pôle interrégional aujourd'hui ? Jean-Yves Delaune devra se battre plus que jamais. S'il ne compte pas déposer un dossier au Ciadt, il prévoit en revanche de répondre à l'appel à projets lancé par les Pays de la Loire (Dynamique Filière), pour trouver des financements publics.

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