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L'Usine Matières premières

À l'Irstea, le Géo Trouvetou de l'agriculture

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Vigne artificielle évaluant les pulvérisateurs, robot autonome réduisant les doses d’intrants… Le centre de Montpellier aide les agroéquipementiers à progresser.

À l'Irstea, le Géo Trouvetou de l'agriculture
Dans un vignoble bio, le chercheur Patrick Rosique contrôle un paillage artificiel.

Sur l’écran de son ordinateur, Patrick Rosique montre les photos, prises au printemps, d’une parcelle ravagée par le glyphosate. « Cela aurait dû être vert, mais tout est brûlé. Seuls les fossés et les cultures sont épargnés, se désole-t-il. Et si jamais une grosse pluie lessive tout, la rivière se retrouve polluée ! » Depuis trois ans, ce spécialiste de l’irrigation à l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea, ex-Cemagref) de Montpellier (Hérault) aide la start-up Inovinéa à mener à bien son projet prometteur pour se passer de désherbant entre les rangs de cultures : déposer à leurs pieds un paillage artificiel en polypropylène recyclé et opaque, durable vingt ans, contrairement aux paillis végétaux ou plastiques. Patrick Rosique y a ajouté des gouttières pour lui associer un système de goutte-à-goutte de surface. Teneur en eau, température du sol, suivi des mauvaises herbes… Sur un champ de maïs d’une station expérimentale de l’Irstea comme sur le domaine viticole bio de Cassagnole (Hérault), l’innovation a prouvé son efficacité, laissant même la biomasse microbienne réapparaître, ce que gâche souvent le labour. Reste le coût de 20 000 euros à l’hectare, difficile à assumer pour un agriculteur, ­reconnaît le chercheur…

L’Irstea imagine les solutions pour une agriculture responsable. À Montpellier, trois unités mixtes de recherche mettent leurs connaissances et procédés à disposition des entreprises, des collectivités territoriales et des ministères. Sous un abri se tient un équipement vert de quatre mètres de hauteur, interdit de test à l’extérieur ce jour-là, les conditions climatiques étant trop mauvaises. Une étonnante « vigne artificielle », imaginée par l’Irstea et l’Institut français de la vigne et du vin pour comparer, à travers quatre rangs de vigne (aux feuilles en plastique) et différents stades de végétation (des filets plus ou moins tendus), l’impact des pulvérisateurs. Quantité moyenne de colorant alimentaire (reproduisant le pesticide) déposée, homogénéité de la pulvérisation, bilan des pertes au sol et dans l’air… « Depuis 2013, une quarantaine d’appareils ont été testés et 100 000 feuilles collectées », ­raconte Bernadette Ruelle, l’une des fondatrices du projet. Les viticulteurs ont ainsi compris l’intérêt des ­pulvérisateurs à panneaux récupérateurs, en face-à-face, dotés de buses anti-dérive… qui leur permettraient d’économiser 40 % de produit par an.

Faisceaux laser et soufflerie

Prochaine étape, en cours de discussions avec le ministère de l’Agriculture et les industriels : classer les pulvérisateurs de A+ (capables de réduire les doses de plus de 50 %) à C (pas de réduction possible), selon un code couleur calqué sur la classe énergétique des appareils électroménagers. « Notre objectif est de faire progresser l’état du parc pour ne plus avoir de mauvais appareils », insiste Bernadette Ruelle. Un travail de longue haleine, ces machines étant renouvelées tous les dix à quinze ans. Les agroéquipementiers se disent prêts à valoriser ce type d’innovation, « à condition que le cahier des charges et les classifications soient pertinents », estime Laurent Dahiné, ingénieur conseil d’Axema, le syndicat des industriels de l’agroéquipement. Financés pour partie par les plans Écophyto, ces projets les ont poussés à équiper leurs appareils de buses spécifiques, testées elles aussi, à l’aide de faisceaux laser dans un laboratoire, puis dans une grande soufflerie à circuit fermé de l’Irstea. « Sur les céréales et les betteraves, ces technologies permettent 5 à 10 % de réduction de produits phytosanitaires, et 10 à 20 % sur les cultures à forte végétation comme les légumes », reconnaît Laurent Dahiné.

À quelques mètres de là, dans une sorte d’atelier de bricolage ultra-sophistiqué, Vincent de Rudnicki multiplie les inventions : Picore, un logiciel optimisant les réglages des pulvérisateurs pour éviter 15 à 20 % d’épandage, industrialisé depuis l’an passé par l’allemand Sika ; Adap2E, un robot autonome ciblant le dosage en cartographiant les zones à traiter à l’aide de caméras 3D ; sans oublier WeedElec, un outil portatif de désherbage total à haute tension, qui devrait reconnaître la signature électrique de chaque herbe et électrocuter les mauvaises. Reste encore un long travail de « deep learning », à mener avec l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), et d’expérimentation avec la coopérative Agrial. Mais WeedElec pourrait être prêt en 2021. À temps pour supplanter le glyphosate ? 

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