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L'Usine Matières premières

A Hondouville, vos briques de lait deviennent du papier toilette

Franck Stassi , ,

Publié le , mis à jour le 30/11/2017 À 17H53

Reportage Dans l’Eure, le premier site français de recyclage de papiers et de briques alimentaires transforme ces matières en produits d’hygiène. Essity entend accroître le poids des briques dans son mix, que vous retrouverez peut-être dans les toilettes de votre bureau.

A Hondouville, vos briques de lait deviennent du papier toilette © Dominique Fontenat

Ce n’est pas un professionnel de l’emballage ou de la papeterie qui pilote le premier site français de recyclage de papiers et de briques alimentaires, mais… le leader mondial de l’hygiène, le suédois Essity (48 000 salariés, 10,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017), dont les marques phares Lotus, Demak’up et Tork, s’affichent fièrement au fronton de son usine d’Hondouville (Eure).

Composé de 487 collaborateurs, le site, entré dans le giron du groupe en 2012 suite à l’achat de la division hygiène papier de l’américain Georgia-Pacific en Europe, mise notamment sur la marque Tork, numéro un des solutions d’hygiène à destination des professionnels, pour stabiliser une activité chahutée ces dernières années, à travers une stratégie délibérément orientée vers le respect de l’environnement : "nos clients sont de plus en plus exigeants pour acheter nos produits. Ils veulent aussi réduire la consommation de papiers d’hygiène : en papier toilette, la distribution feuille-à-feuille donne une consommation de 2,5 feuilles par passage, soit 50 cm, contre 1,70 m de papier par rouleaux jumbos. De plus, dans le B2B, le recyclé ne pose pas de problème, contrairement à la grande consommation où les questions des coûts supplémentaires et de l’image sont essentielles", indique le directeur commercial France de Tork, Eric Kleinpeter.

De fait, 98% des approvisionnements de matières premières de l’usine (d’une capacité annuelle de 62 000 tonnes par an de production de tissu) sont des déchets – il s’agit de l’unique source des ateliers destinés aux produits professionnels. Chaque année, 80 000 tonnes de papiers, issus de la collecte professionnelle (bureautique, imprimeries…) et 19 000 tonnes de briques alimentaires sont valorisées en papier hygiénique, serviettes de table, bobines d’essuyage et essuie-mains. Cette dernière proportion est amenée à augmenter : "les briques sont très bien recyclées par les consommateurs. Nous sommes en phase d’optimisation et nous préparons des investissements pour aller plus loin", explique la directrice environnement de l’usine, Corinne Seigneurbieux. "L’écart entre les prix des papiers et des briques s’amenuise dans le temps. Nos contraintes sont techniques pour optimiser le ratio entre le papier et les briques. Cela fait une dizaine d’années qu’on recycle des briques, mais le souhait de vouloir significativement accroître leur part est un vrai changement", renchérit le directeur du site d’Hondouville, Arnaud Jaegler.

Des sous-produits issus de la fabrication

Accueillir in situ des matières à recycler induit, pour Essity, d’élargir son activité de fabricant de papiers d’hygiène à celle de recycleur. L’usine est, de fait, intégrée, de la fabrication de la pâte à papier à sa transformation, en passant par la création des bobines mères. Les résidus des matières ne sont pas pour autant jetés : dans les briques alimentaires, la cellulose est coincée entre deux films de polyethylène et d’aluminium. Les refus de briques alimentaires deviennent du Poly-Al, une matière pouvant être utilisée comme combustible solide de récupération ainsi qu’en tant que matériau chez les plasturgistes, qui l’utilisent afin de fabriquer du mobilier urbain, ou des pellets. Le sous-produit issu du recyclage des papiers, qui contiennent du calcium et du talc, s’appelle pour sa part le Calciton – une référence à la rivière Iton, qui borde le site – avec des usages répartis à 70% en valorisation matière (50% en épandage, 20% en briqueterie) et à 30% en valorisation énergétique. Chaque tonne de papier qui entre à Hondouville génère environ 500 kg de papier/tissu et 500 kg de Calciton.


Le Calciton est stocké aux abords des bâtiments de production.

Stockées sur place – les couleurs chatoyantes des balles contrastant avec le gris des bâtiments, les matières alimentent un pulpeur, un gros silo qui accueille la recette de papier et de l’eau clarifiée. La pâte est lavée mécaniquement et blanchie au peroxyde d’hydrogène. Un local de désencrage est présent en début de chaîne.


Les bobines de papier sortent de cette impressionnante machine.

Après avoir été débarrassée de ses déchets au moyen d’une centrifugeuse, la pâte est pompée au moyen d’imposants tubes par la machine à ouate, laquelle s’articule autour d’un yankee, un rouleau central chauffé à la vapeur. L’eau de la pâte s’évapore pour permettre la confection de bobines, fabriquées en une heure. Une rembobineuse permet d’obtenir une bobine de deux ou trois feuilles au moyen de deux ou trois bobines. Chaque bobine d’une longueur de 5,30 mètres est ensuite coupée en deux, puis ensuite redécoupée avant, dans le cas du papier toilette, d’être couplée à un mandrin en carton. L’emballage des rouleaux s’effectue par lots de six, à l’instar des produits de grande consommation. Un système d’ascenseur permet de stocker les produits finis dans une autre section de l’usine, située de l’autre côté de la route d’accès au site. Les essuie-mains utilisés dans le secteur de la santé sont fabriqués en blanc, bleu ou chamois. Les serviettes de table blanches, de couleur pastel ou vives sont destinées à l'hôtellerie.

Le rail, idéal contraint

A Hondouville, Essity n’entend pas arrêter sa politique environnementale : de nouvelles hottes de séchage ont été installées cette année, avec l’objectif de récupérer davantage de chaleur. Son installation de cogénération lui permet d’exporter sa production d’électricité à 100% et d’utiliser 100% de sa production de vapeur en interne. La consommation d’eau a été réduite de 25% en dix ans. Ne subsiste qu’un regret pour Corinne Seigneurbieux : "l’approvisionnement s’effectue par route. L’environnement étant contraint, le modèle économique du rail n’est pas intéressant." Les briques de lait supplémentaires parcourront encore du bitume avant de terminer leur vie.

Photos : Dominique Fontenat pour L'Usine Nouvelle

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