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A Guidel, en Bretagne, deux startupers redonnent un coup de frais à l'usine Le minor

Victoire Saugnac , , , ,

Publié le

Reportage A Guidel, la Manufacture de Bonneterie Lorientaise cache bien des surprises. Derrière un panneau qui ne passe pas inaperçu, se cachent une usine, son atelier et son magasin de vêtements marins. Le minor, à la fois marque et usine, vient d'être rachetée par deux entrepreneurs ambitieux, Sylvain Flet et Jérôme Permingeat. Reportage sur l'histoire d'une enseigne historique et la success story de deux startupers, une combinaison originale pour donner un nouveau souffle à la tradition bretonne. 

A Guidel, en Bretagne, deux startupers redonnent un coup de frais à l'usine Le minor
Jérôme Permingeat et Sylvain Flet, nouveaux propriétaires de Le minor.
© Victoire Saugnac

A Guidel, petite ville bretonne située dans le Morbihan, à la frontière du Finistère, la Manufacture de Bonneterie Lorientaise, l’usine de maille rachetée par la marque de vêtements marins Le minor, est l’une des dernières bonneteries produisant exclusivement en France et possédant sa propre marque française. Après une période de flottement dans sa croissance, ses deux nouveaux propriétaires, Sylvain Flet et Jérôme Permingeat, comptent bien redonner un coup de frais à l’usine, qui n’a rien perdu de son charme. Sur place, L’Usine Nouvelle est allée décrypter le mélange d’industrie et d’artisanat qui fait l’identité de cette marque… bientôt de retour sur le marché français.

 

"Notre objectif est de conserver l'esprit marin, en remettant les motifs au goût du jour."- Sylvain Flet, Le minor

 

Une histoire de familles

Pour Le minor, tout commence en 1936, lorsque la famille éponyme se met à la broderie, puis progressivement à la maille et à la fabrication de poupées, dans une petite boutique de Pont l’Abbé, non loin de Lorient. En parallèle, 30 ans plus tard, la Manufacture de Bonneterie Lorientaise voit le jour à Guidel, et en 1982, s’offre la production de maille de Le minor. La marque est alors scindée en deux : d’un côté, la petite boutique de broderie et de poupées, et de l’autre, la plus grosse bonneterie de la région. En 87, cette-dernière passe aux mains de la famille Grammatico, qui la possédait  jusqu’à cette année.

 

Un métier circulaire datant des années 80

 

Les montagnes russes des années 2000

Dans les années 70, l’usine emploie 250 personnes, dont “au moins 150 couturières”, raconte Marie-Hélène, qui travaille ici depuis 47 ans. Et pour cause : Le minor est alors fournisseur officiel de la Marine Nationale, et son savoir-faire de qualité a conquis la Bretagne, une partie de la France et même déjà le Japon. De quoi embaucher quelques paires de mains. Cependant, les délocalisations en masse de la sous-traitance par les concurrents ainsi que la fin des quotas textiles dans les années 2000 enclenchent l’engrenage de la pente descendante pour la marque. Puis la perte en 2010 du marché de la Marine Nationale - au profit de Saint James, qui délocalise sa production en Roumanie - soit un tiers de la production annuelle, qui correspond à 4 mois de chiffre d’affaire, semble être le coup de grâce pour la marque, qui encaisse 13 ans de perte de 2002 à 2015. L’entreprise embauche à l’heure actuelle 25 personnes, les effectifs ayant été restreints dès la fin des années 80, au rachat de l’usine par les Grammatico.

 

L'atelier de couture Le minor, où s'affairent d'habitude 25 employés

 

Pourtant, depuis 3 ans, l’entreprise a retrouvé une stabilité, avec un chiffre d’affaire tournant autour de 2 millions d’euros (1,8 en 2016, 2,2 en 2017, +13% pressentis pour 2018) et un carnet de commandes qui ne cesse de grossir. En France, pour les particuliers, des marques de prêt-à-porter (de manière ponctuelle, cette activité représentant à peine 5% du chiffre d’affaire de l’entreprise), et revendeurs à la recherche de produits de qualité : marinières, pulls marins, mais aussi bonnets en laine, et au Japon, qui représente 70% des ventes à l’international - qui elles-mêmes génèrent aujourd’hui 90% du chiffre d’affaire de l’entreprise.

Authenticité et qualité

La clé de la réussite semble tenir en deux mots : authenticité et qualité. Authenticité, car derrière ces locaux bruts aux machines un peu âgée, se cache en fait un travail artisanal minutieux. Sylvain Flet, co-directeur, explique : “La minor est vraiment à la jonction de l’industrie et de l’artisanat. On produit nos propres tissus, on a des commandes parfois de centaines de produits, mais derrière les couturières travaillent énormément sur les pièces individuelles, pour reprendre, repiquer... Tout doit être parfait.”, raconte-t-il en montrant les bobines, les métiers circulaires et rectilignes.

 

Au fond de l'atelier, les bobines de fil

 

Et c’est ici qu’intervient le deuxième maître-mot, la qualité : dans l’atelier, une vingtaine de couturières se répartissent les tâches, et se contrôlent systématiquement entre elles. Marie-Louise, au contrôle final, confie : “Il y a des jours où on sort 80 pièces, d’autres 300. Tout dépend de la qualité du tissu : s’il y a des failles, il faudra tout vérifier derrière. Les machines jouent aussi : là par exemple, je dois repiquer un par un les points qu’elle a ratés.” Quant à la place de chacune, ça dépend des jours. “En général on a notre poste attribué, mais en fait on s’ajuste tous les jours. S’il faut sortir 100 pièces, on passe toutes au contrôle en renfort pour être sûres d’être dans les temps. D’autres jours on est plusieurs au rasage (assemblage des pièces pour un vêtement, ndlr), s’il y a beaucoup de pièces à assembler.” décrit Marie-Hélène.

 

Avant de passer à la couture, le matelassage des tissus - particulièrement délicat pour les vêtements à rayures

 

De la start-up à l'usine

Pourtant, le savoir-faire de qualité à lui-seul ne parvient pas à relancer totalement la popularité de la marque Le minor en France, le plus gros client restant le Japon. Mais Jérôme Permingeat et Sylvain Flet, les deux jeunes startupers français qui ont racheté l’entreprise en mai dernier, ont des projets de croissance plein la tête. Fort du succès de leur marque d’accessoires masculins made in France Le Flageolet, connue pour ses noeuds papillons, mais aussi ses ceintures, chaussettes ou encore bonnets, ils comptent bien redonner un coup de frais à Le minor. Créé en 2012, installé en boutique à Paris depuis 2017 et revendu par 30 enseignes en France, Le Flageolet a fait appel il y a deux ans à Le minor pour produire ses bonnets, et si aujourd’hui le produit est bien installé dans la boutique, ça a pris du temps. “On s’est rendus compte du problème de cette entreprise lorsque la directrice nous disait “A demain pour le prix” pendant plusieurs mois, sans que rien n’arrive” explique Sylvain Flet. “On avait demandé un proto en juin, mais on n’a lancé le produit final que mi-novembre, ce qui était déjà trop tard pour la saison.

Le problème est donc bien cerné pour les repreneurs, qui ne baissent pas les bras et comptent bien jouer sur la particularité des deux marques pour atteindre leurs objectifs. “L’idée est de trouver des synergies entre Le Flageolet et Le minor, surtout en termes de distribution commerciale. Le réseau de distribution du Flageolet peut apporter énormément à Le minor. Et pour Le Flageolet, qui se concentre uniquement sur les accessoires pour hommes sur le marché français, Le minor peut apporter ce côté international, mais aussi la mixité et le vêtement au sens large, tout en restant dans le Made in France. D’ailleurs, nous allons rouvrir la boutique Le minor de Paris, et celle-ci sera mixte : nous pensons vraiment pouvoir toucher la même cible avec les deux marques.

 

Le magasin d'usine Le minor, au rayon enfants

 

Des ambitions fortes

Depuis son rachat, Le minor a des perspectives de croissance à deux chiffres : déjà +13% en 2018, et un objectif de +20% en 2019. “D’ici trois ans, on pense quadrupler notre chiffre d’affaire actuel.” confie Jérôme Permingeat, co-directeur, conscient des changements nécessaires pour cela. Il ajoute : ”Aujourd’hui, on est à 45-60 000 pièces par an tout confondu. Ce qui veut dire que déjà d’ici l’année prochaine on va devoir assumer environ 100 000 pièces par an. Pour ça, on a trois options : soit recruter, très rapidement, une quinzaine de personnes en plus, soit développer la sous-traitance, mais ce n’est pas toujours très fiable, et ça rajoute des processus de contrôle, ou soit compter sur une croissance externe. Mais à l’heure actuelle on ne sait pas encore exactement quelle option on va choisir, cela dépendra des opportunités aussi.” “Pour le moment on se concentre sur l’ouverture d’un site marchand, un nouvelle collection Le minor pour octobre, et la réouverture de la boutique parisienne.”, conclut Sylvain Flet.

 

L'équipe Le minor

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1 commentaire

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05/09/2018 - 21h31 -

Ce n'est pas très cool de dénigrer ses concurrents à coup de mensonges. Saint James ne délocalise absolument pas le marché de la Marine Nationale en Roumanie car j'y travaille et je peux vous dire que des pulls bleu marine on en tricote et en assemble des milliers par an la sous traitance pour les marchés publics n'est pas systematique mais les prix d'achat exigés par l'administration ne permettent pas de tout produire en France, la sous traitance au maroc ou autre permet donc d'avoir un prix moyen dans les clous.
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