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L'Usine de l'Energie

A Fukushima, six ans après l'accident, le démantèlement débute seulement

Ludovic Dupin ,

Publié le

Six ans après l’accident de Fukushima, les équipes de Tepco viennent tout juste de repérer où pourrait se situer l’amas hyper radioactif de combustibles fondus. Cela donne une idée du temps que prendra le démantèlement global. 

A Fukushima, six ans après l'accident, le démantèlement débute seulement © Recoquillé-Bression / IRSN

Le 11 mars 2017, six ans seront déjà passés depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima. Depuis cette date, l’électricien Tepco a paré au plus urgent : consolider et vider les piscines, gérer les milliers de mètres cubes d’eau radioactive, dégager les accès… Ce n’est que le 3 février 2017 que les équipes d’investigation ont - peut-être - identifié l’emplacement du corium, le mélange fondu d’uranium et de métal, qui a traversé la cuve et s’est enfoncé dans la partie basse du réacteur numéro 2. Mais les taux de radiation sont tels, 530 Sieverts, qu’aucun humain ne peut s’approcher du lieu. Même les machines y sont mises à rude épreuve.

Le démantèlement des réacteurs et la décontamination de la région seront une très longue épreuve pour les Japonais. Un des signes les plus forts est le gonflement effrayant de la facture pour la déconstruction, la dépollution et l’indemnisation des populations. Le devis initial était de 92 milliards d’euros. Il affiche désormais 177 milliards d’euros… D’autres augmentations sont possibles sachant que le chantier va s’étendre au final sur près d’un siècle.

10 ANS DE TRAVAIL DANS LE COEUR DES RÉACTEURS

"Le scénario post-accidentel à Fukushima ressemble à celui de Three Mile Island aux États-Unis, en 1979. Il y a un coeur dégradé et il faut le refroidir sur une longue période", expliquait déjà Thierry Charles, le directeur de la sûreté à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, l'IRSN en 2011. À Three Mile Island, le premier robot, fabriqué par Redzone, n'est intervenu qu'en 1984. Sa mission ? Prendre la température du coeur du réacteur. C'est lui qui a donné le signal aux humains, en 1991, pour retirer le corium. À Fukushima, il faudra encore quelques années pour que des robots séjournent de manière prolongée dans la centrale et puissent résister aux radiations afin de réaliser réellement des opérations de déblayage. Les robots donneront le feu vert aux ouvriers pour qu'ils puissent pénétrer de nouveau dans les bâtiments des réacteurs, retirer les cœurs fondus et débuter le démantèlement. En étant optimiste, les opérations de déblayage auront lieu au plut tôt en 2020. D’ici là, il faudra déjà noyer le corium du réacteur numéro 2 afin de le refroidir. Etant donné le niveau de radiations enregistré, Tepco suppose qu’il est à l’air libre.

30 ANS DE CHANTIER AUX ABORDS DE LA CENTRALE

Pendant que les cœurs vont refroidir tout doucement, les équipes de Tepco ne restent pas inactives aux abords de la centrale. Comme à Tchernobyl, ils ont imaginé une immense arche pour confiner les quatre réacteurs accidentés et isoler les radio-isotopes. En Ukraine, l'opération a été confiée au consortium Novarka, réunissant notamment les français Vinci et Bouygues. Elle vient tout juste d’être achevée, 30 ans après l’accident.

De leur côté, les ingénieristes préparent déjà minutieusement le protocole de déconstruction. "Dans certaines opérations de déconstruction, il est nécessaire de commencer par construire des bâtiments neufs, afin de traiter et de conditionner les déchets", explique Christian Jeanneau, le directeur nucléaire chez Assystem. À Fukushima, il faudra construire plusieurs bâtiments étanches, antisismiques et presqu'entièrement automatisés. Ils serviront à stocker dans des fûts les déchets hautement radioactifs, après leur découpe et leur décontamination. Pour l’heure, l’entreprise japonaise a mis en place avec plus ou moins de succès des outils de traitements de l’eau.

60 ANS DE DÉCONTAMINATION DANS LE NO MAN'S LAND

La zone d'évacuation autour de la centrale de Fukushima sera vide de ses habitants durant plusieurs décennies. Dans certains endroits, les dépôts de radionucléides ont été tellement massifs que le rayonnement émis depuis le sol reste dangereux pour la santé humaine. Sur quelques champs, des couches superficielles du sol ont été retirées, mais il s'agit d'opérations occasionnelles. "Cela n'aurait pas de sens d'excaver un mètre de terre sur des dizaines de kilomètres carrés. D'une part, le coût serait prohibitif et, d'autre part, que ferait-on de cette quantité de matière radioactive ? ", expliquait Julien Collet, le directeur de l'environnement et des situations d'urgence à l'ASN, au lendemain de l’accident. Même si la méthode semble rustique et dérisoire, la manière la plus efficace de limiter l'impact est de labourer les sols ! But de l'opération ? Enfouir les particules nocives et limiter leur dispersion. Le césium s'est accumulé dans le sol. Des cultures, comme celle du colza, permettront de pomper les radionucléides. L'efficacité reste toutefois limitée. De plus, il faut traiter les végétaux fauchés comme un déchet radioactif.

DES SIÈCLES DE DÉCONTAMINATION DANS LES TÂCHES DE LÉOPARD

Bien au-delà du no man's land, plusieurs années après l'accident, la vie n'aura toujours pas retrouvé son cours normal. "Une contamination va s'étendre sur des zones considérables. Il n'est pas du tout étonnant qu'on trouve ici ou là des contaminations bien au-delà d'un rayon de 100 km", prédisait André-Claude Lacoste, l’ancien président de l'ASN. À la faveur des précipitations et des ruissellements, les radionucléides se concentrent dans des vallons et des cuvettes. À quelques mètres de distance, la radioactivité peut être brutalement multipliée par cinq ou dix. Les Japonais vont apprendre à contourner ces plaies béantes dans leur territoire. La détection de ces tâches de contamination se poursuivra dans la durée. Certaines de ces tâches de léopard sont parfois plus radioactives que des zones près de la centrale, elles doivent recevoir le même traitement que le no man's land. 

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