Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Aéro

A Farnborough, le Brexit entre interrogations et indifférence

Olivier James , , , ,

Publié le

La sortie programmée du Royaume-Uni de l’Union européenne ne semble pas provoquer d’inquiétudes dans le secteur aéronautique. Certaines PME craignent un regain de compétitivité des entreprises anglaises avec la baisse de la livre.

A Farnborough, le Brexit entre interrogations et indifférence © Phil Weymouth

A Farnborough, on craint plus la pluie que le Brexit. Au premier jour du salon aéronautique qui se tient près de Londres du 11 au 17 juillet, les trombes d’eau ont davantage gâché la fête – obligeant à une évacuation prématurée du site – que les hypothétiques conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. "Les gens sont encore sous le choc, il est beaucoup trop tôt pour savoir ce qu’il va se passer", assure Les Flecther, directeur commercial au sein du groupe français ESI spécialisé dans la réalité immersive, implanté à Birmingham. Le début de l’événement a surtout été marqué par les nouvelles prévisions de marché des deux avionneurs Airbus et Boeing, encore plus  optimistes que celles établies l’an dernier.

Le constructeur européen prévoit une croissance du trafic aérien de 4,5% par an entre 2016 et 2035, soit 33000 nouveaux appareils de plus de 100 sièges (dont 32245 avions commerciaux et 645 avions pour le fret), contre 32600 prévus en 2015. Soit un doublement de la flotte mondiale en 2035 qui atteindrait dès lors 40 000 appareils. Ce qui revient à un marché mirobolant de 5200 milliards de dollars. Côté Boeing, qui ne restreint pas son calcul aux appareils de plus de 100 sièges, on évoque une demande de 39620 avions neufs pour les vingt prochaines années, soit 5900 milliards de dollars, contre 38 050 estimés l’an passé.

les grands groupes affichent leur sérennité

Au vu de ces chiffres, tirés par l’émergence des classes moyennes dans des pays tels que l’Inde et la Chine et par les méga cités qui vont pousser comme des champignons de par le monde, difficile de voir comment le Brexit pourrait déstabiliser la croissance inexorable de l’aéronautique. Certes le secteur joue dans le pays un rôle industriel de premier plan, avec des poids lourds tels que le motoriste Rolls-Royce dans les moteurs d’avions ou BAE Systems dans le secteur de la défense. En 2015, il a représenté 31,1 milliards de livres en 2015 (soit plus de 36 milliards d’euros au taux de change actuel), en hausse de 39% sur cinq ans. Et il employait 128300 personnes, selon les chiffres du syndicat du secteur ADS.

Les grands groupes français qui avaient fait savoir leur préférence pour un maintien du Royaume-Uni dans l’UE ne sont pas sortis du bois. Seul Airbus Group, par la voix de son patron Tom Enders, a fait savoir sa déception. Il faut dire qu’Airbus assure l’ingénierie et la production de toutes les ailes de ses appareils dans le pays, à Fulton et Broughton regroupant 10000 personnes. Le groupe étudie en interne l’impact du Brexit et évalue les différents scénarios possibles. Dans la presse anglo-saxonne, le patron du conglomérat UTC, Greg Hayes, et celui de General Electric, Jeff Immelt, ont fait savoir qu’ils ne s’attendaient pas à un impact significatif.

Les PME ont-elles plus à craindre ? "Aucune signe d’inquiétude n’est remontée jusqu’à nous, assure Philippe Eudeline, président de NAE qui regroupe les entreprises aéronautiques normandes dont 11 ont fait cette année le déplacement à Farnborough. Le seul risque que nous entrevoyons est le regain de compétitivité que pourrait offrir aux entreprises la baisse de la livre. C’est dommage alors que la parité euros/dollars est devenue moins défavorable !". Depuis l’annonce du Brexit, la livre sterling ne cesse de chuter, passant même sous la barre de 1,30 dollar américain, du jamais vu depuis 30 ans.

le marché nord-américain dans le collimateur

Doit-on s’attendre indirectement à un effet négatif pour la compétitivité des entreprises françaises, en particulier les PME et les ETI ? "Il est certain que la baisse de la livre fournit un avantage concurrentiel important aux entreprises anglaises", confirme Frédéric Michelland, le directeur général de Latécoère. La filière britannique, dont le chiffre d’affaires est réalisé à 90% à l’export, pourrait tailler des croupières aux entreprises européennes. A condition que la baisse de la monnaie se confirme sur le long terme, dans la mesure où le changement de fournisseur dans l’aéronautique est très long en raison des contraintes de certification.

"Nous ne venons pas tant à Farnborough pour faire du business avec des entreprises britanniques que pour nous rapprocher du marché nord-américain", tempère Nicolas Cazabon, ingénieur commercial au sein du français Lauak. Tout à leur volonté de diminuer leur taux de dépendance à Airbus, nombre de petites et moyennes entreprises françaises voient surtout dans Farnborough la possibilité de nouer des liens avec des groupes tels que Boeing bien sûr, mais aussi le canadien Bombardier dont le programme CSeries prend forme.

Les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, terre de sous-traitance, sont pour beaucoup d’entreprisses des terrains de jeux plus enthousiasmants que la petite île britannique. Reste que les fournisseurs européens se retrouvent confrontés par rapport à la zone nord-américaine à une différence de profitabilité patente. Elle s'établirait à 10% de marge opérationnelle en 2015 pour les entreprises européennes contre 14,6% pour les fournisseurs nord-américains, selon des données issues d'une étude du cabinet de conseil AlixPartners. Qui plus est, l'écart se creuse, passant de 4 points  en 2013 à 4,7 points en 2015. Plus que le Brexit, c'est la différence croissante de compétitivité des deux côtés de l'Atlantique qui promet de rebattre les cartes de la chaîne d'approvisionnement du secteur dans les prochaines années.

Olivier James

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Nous suivre

 
 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle