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L'Usine Matières premières

À Dunkerque, un géant fragile

Olivier James ,

Publié le

Le gigantesque site de Rio Tinto Alcan est l’un des fleurons de l’industrie française. Malgré les investissements, son avenir n’est pas garanti.

À Dunkerque, un géant fragile
Avec une puissance installée de 450 MW, le site de Dunkerque est le plus gros producteur d’aluminium de l’Union européenne.

a première vue, rien ne semble pouvoir menacer l’usine Aluminium Dunkerque de Rio Tinto Alcan, la filiale du groupe minier anglo-australien, située à Loon-Plage (Nord), près de Dunkerque. Face à la mer du Nord, les innombrables bâtiments s’enchevêtrent sur 65 hectares. Ceux qui abritent la production d’aluminium proprement dite s’étirent sur presque deux kilomètres ! Un Gargantua de la métallurgie, dont le chiffre d’affaires annuel avoisine les 500 millions d’euros. L’usine consomme 620 000 tonnes de matières premières par an pour produire 258 000 tonnes d’aluminium, des plaques et lingots qui serviront à la production de cannettes, de pièces automobiles et aéronautiques. Elle emploie 600 salariés et fait vivre 3 600 personnes. Pénétrer dans son enceinte, c’est entrer au cœur de l’un des fleurons de l’industrie française.

Aluminium Dunkerque représente les deux tiers de la production hexagonale d’aluminium. Mais aussi 0,6 % de la consommation d’électricité. C’est le talon d’Achille de ce géant, le plus grand site de production d’aluminium en Europe. Avec une puissance installée de 450 MW, l’usine, alimentée par la centrale nucléaire de Gravelines (Nord), requiert en permanence l’équivalent d’un demi-réacteur nucléaire ! L’énergie pèse plus du tiers du coût de production. Plane sur ce site, même si le groupe s’en défend, la menace qui fit trembler l’an dernier la vallée de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), où se trouve l’ancien site de Rio Tinto Alcan revendu à l’allemand Trimet : une fermeture, en cas de révision à la hausse du prix de l’électricité d’ici à la fin 2016 [lire ci-contre].

Malgré sa taille compétitive, sa situation géographique en front de mer et sa modernité (l’usine a environ 30 ans, contre plus d’un siècle pour sa consœur savoyarde), le site n’est pas à l’abri de la tempête qui secoue le secteur. « La question de la pertinence d’investissements à long terme, qui augmenteraient les capacités du site, se pose d’ici à l’échéance de 2016, reconnaît Colin McGibbon, le directeur de l’usine. Pour que la dynamique se poursuive, il nous faut une visibilité sur l’énergie, conditionnée au contrat avec EDF. » En attendant l’issue des négociations, Colin McGibbon l’assure : Rio Tinto Alcan continue d’investir et cherche à répondre aux besoins toujours plus exigeants de ses clients (Constellium, PSA Peugeot Citroën, Novelis…).
 

100 millions d’euros investis depuis trois ans

Certes, 65 emplois seront supprimés d’ici à avril 2015. Il n’empêche : 100 millions d’euros ont été investis depuis trois ans. « Des investissements offensifs, pas seulement de maintenance », souligne Colin McGibbon. Pour s’en rendre compte, il faut s’introduire dans le cœur de cette machinerie monumentale : deux bâtiments qui abritent 264 cuves d’électrolyse, alignées côte à côte sur plus de 1 500 mètres de longueur. Au niveau de chaque cuve, des hexapodes aux allures de tentacules géants assurent la plongée des anodes dans le bain électrolytique, chargé d’alumine. Au fond de l’installation, au niveau de la cathode située sous la surface du sol, l’aluminium liquide se forme peu à peu lors du passage du courant de haute intensité, dans les exhalaisons chimiques produites par cette réaction électro-intensive s’effectuant à plus de 1 000 °C. Puis les opérateurs ouvrent les trappes qui les protègent de cet enfer et manipulent des systèmes d’aspiration pour remplir des poches de 10 tonnes du précieux métal.

« Nous avons déjà changé tout un lot d’hexapodes, explique Colin McGibbon, dans sa combinaison de protection, la bouche couverte par un masque. Un deuxième puis un troisième lot seront renouvelés dans le courant de l’année, pour un montant de 11 millions d’euros. » En bout de chaîne de production, en sortie du four où l’aluminium est mélangé à d’autres métaux, la scie automatique découpe les plaques d’aluminium. Elle a fait l’objet de 13 millions d’euros de travaux de modernisation. Quant à la sous-station électrique, qui fait la jonction entre la centrale de Gravelines et les équipements de l’usine, elle a aussi été rénovée, pour 25 millions d’euros.

L’investissement le plus conséquent (32,3 millions d’euros) concerne une activité annexe de l’usine : un nouveau four pour la production d’anodes, composées de coke et de brai (résidu pâteux de la distillation du pétrole). Ces immenses cylindres noirs de 1,5 mètre de longueur et d’une tonne sont stockés par milliers dans un bâtiment adjacent, comme des pyramides aztèques. Une fois placées dans les cuves électrolytiques, les anodes se consumeront à petit feu. Le nouveau four, moins énergivore, en produit quelque 400 exemplaires par jour. « Ce four est plus grand que nécessaire, assure Colin McGibbon. Nous prévoyons de produire à moyen terme des anodes plus grandes, ce qui nécessitera d’investir dans de nouveaux convoyeurs. » L’intérêt ? Augmenter de plusieurs milliers de tonnes les capacités de production. Reste à savoir si la direction du géant minier suivra le mouvement… 

La question de la pertinence des investissements à long terme se pose d’ici à 2016. Il nous faut une visibilité sur l’énergie, conditionnée au contrat avec EDF.

Colin McGibbon, directeur d’Aluminium Dunkerque

L’avenir du site se jouera fin 2016

Les négociations promettent d’être musclées ! D’ici à fin 2016, la direction de Rio Tinto Alcan devra trouver un accord sur le renouvellement du contrat de fourniture d’électricité de l’usine de Dunkerque, qui courait depuis 1991. « Les négociations concernent le prix de l’électricité, mais aussi la durée du contrat, les volumes engagés et la flexibilité de la consommation », précise Colin McGibbon, le patron de l’usine. De source syndicale, le groupe minier « a été trop exigeant sur le prix » concernant Saint-Jean-de-Maurienne et « s’est fâché avec le PDG d’EDF ». L’inquiétude porte aussi sur les réflexions en cours quant à la filialisation du site, première étape avant une éventuelle revente. Au cabinet du ministre de l’Économie, on assure « être très vigilant » même si les pourparlers n’ont pas commencé. Une phase plus active devrait débuter cet automne. 

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