A Doha, l’économique est au cœur du débat sur le climat

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Entretien Le sommet de Doha entre dans sa dernière ligne droite. La  18ème conférence des parties à la Convention cadre des Nations-Unies, qui se tient du 26 novembre au 7 décembre, tente de donner une suite au protocole de Kyoto. Celui-ci  touche à sa fin le 31 décembre 2012. Delphine Batho, la ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie, se rendra du 4 au 8 décembre au Qatar pour présenter  la position de la France. Pour Michel Havard, le président de l’Association Bilan Carbone, l’économie et la finance seront au cœur des débats.

A Doha, l’économique est au cœur du débat sur le climat © D.R.

L'Usine Nouvelle - Quelle position va défendre la France à Doha ?
Michel Havard - La France partage et défendra la position de l’Union européenne. Celle-ci est sans contexte la plus ambitieuse vis-à-vis des objectifs et des moyens pour lutter contre le changement climatique. L’objectif européen est d’accentuer la contrainte juridique des accords qui pourraient être signés  afin de limiter le risque d’une augmentation moyenne de la température de deux degrés, notamment en demandant aux États non engagés de le faire.

L’argumentation économique prévaudra sans aucun doute dans les échanges. Le dernier rapport de la Banque mondiale, qui  anticipe une hausse certaine de 4 degrés,  pourrait être ainsi un argument de poids face à celui du développement économique. Ce dernier sera en effet  fragilisé face aux changements générés par une hausse globale du climat. Le financement de cette transition reste un point essentiel sur lequel l’Union Européenne et la France vont porter toute leur vigilance. La France est notamment très attachée à trouver de nouvelles sources de financement pour lutter contre le changement climatique. L’économie et la finance sont ainsi fondamentalement au cœur de nos enjeux environnementaux et des débats qui ont lieu à Doha.

Quels sont les enjeux de ce nouveau rendez-vous climatique ?
Ils peuvent se résumer de la façon suivante : prolonger, accentuer, financer. L’un des premiers enjeux est de valider la deuxième période du protocole de Kyoto qui débutera en 2013 (acté lors du sommet de Durban en 2011, ndlr), avec notamment des engagements quantifiés des pays développés, dont l'Union Européenne, pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Le second est d’aller plus loin en négociant le futur accord global de lutte contre le changement climatique prévu en 2015 et devant entrer  en vigueur en 2020.

Il se pose à ce propos la question de la contrainte réglementaire qui sera organisée pour atteindre ces objectifs. Enfin, la finalisation de la mise en œuvre des accords de Cancun de 2010, avec notamment les modalités du fonctionnement du  fonds vert et de son financement, devra impérativement être réalisée.  Pour rappel, les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 pour financer des actions de lutte contre le changement climatique dans les pays en développement.

Les conférences internationales sur le climat s’enchainent sans véritable succès. L’issue de Doha se présente- t-elle  sous des auspices plus favorables ?
Il me semble injuste de dire que les conférences s’enchaînent sans succès car chacune d’elles, y compris Copenhague, a été porteuse d’avancées même si celles-ci n’étaient pas à la hauteur des attentes françaises et européennes. Les négociations à plusieurs pays sont toujours difficiles et la recherche du consensus peut donner ce sentiment d’échec. A cela s’ajoute un contexte économique qui affaiblit aujourd’hui les ambitions des parties prenantes.

Certaines cherchent à maintenir leur équilibre et voient dans ces négociations une contrainte supplémentaire. D’autres, à juste titre, réclament de pouvoir se développer. Quoi qu’il en soit, parler et échanger restent le fondement essentiel de la nouvelle régulation mondiale que l’on cherche à établir sur le changement climatique. C’est pourquoi la pérennité de ces conférences est essentielle. Elle garantit la continuité et la régularité de la recherche de la convergence.

Propos recueillis par Camille Chandès

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1 commentaire

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05/12/2012 - 14h46 -

L'argument économique concerne au premier chef tous les marchands de "bilans carbone" qui sont à l'affût pour profiter de la panique climatique sur laquelle ils surfent pour vendre n'importe quoi.
La seule ACV valable est celle qui prend en considération TOUS les impacts environnementaux et pas uniquement le carbone.
Très peu de marchands de "bilans carbone" sont sérieux: on les reconnaît au fait qu'ils savent indiquer l'imprécision de leur méthode ET le fait qu'un bilan carbone n'est en aucun cas un outil de comparaison entre deux produits.
Merci de publier ceci.
Bon courage pour naviguer dans cet océan d'impostures.
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