À défaut de biocarburants, les micro-algues prolifèrent pour d’autres industries

Le workshop européen « Alg’in Provence » s’est tenu à Arles (Bouches-du-Rhône) les 1er et 2 octobre pour évoquer, sur la base du projet européen « Abacus », diverses potentialités de valorisations des micro-algues dans l’industrie. La filière innove et se consolide. Plus vite dans les domaines de la nutraceutique, la cosmétique ou l’alimentation que dans les bioplastiques et les biocarburants, pourtant ciblés à l'origine.

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À défaut de biocarburants, les micro-algues prolifèrent pour d’autres industries
Le photobioréacteur de SunOléo produit des algues à bas coûts. Il se destine aux industriels émetteurs de CO2.

Les effets d’annonce ont parfois du bon. « Si, dans les années 2000, au prix fort du baril pétrolier, la perspective d’utiliser des micro-algues pour produire des biocarburants n’avait pas été évoquée, il n’y aurait jamais eu autant d’intérêt porté aux recherches, ni d’avancées technologiques pour la filière » admet, en coulisse, un participant du workshop européen « Alg’in Provence ». Organisé à Arles les 1er et 2 octobre, l’événement s’inscrivait dans le cadre du projet de R&D collaboratif européen H2020 « Abacus ». Un projet de plus de 5 millions d’euros sur trois ans, associant acteurs publics et privés, entamé en 2017. « Le CEA coordonne Abacus, mais nous avons souhaité mettre aussi en avant des résultats d’autres projets » explique Jean-François Sassi, manager du groupe « Technologies et procédés des algues » chez CEA Tech.

Avec la baisse des prix du pétrole, la perspective de voir des biocarburants issus de micro-algues dans une équation économique viable s’est éloignée. Les innovations profitent donc à des marchés beaucoup plus accessibles comme la nutraceutique, la cosmétique ou l’alimentation. Comme en témoigne Microphyt, près de Montpellier (Hérault), qui identifie et sélectionne des molécules en vue de fabriquer des extraits naturels à base de micro-algues pour la nutrition et le bien-être.

Sélection « darwinienne »

La société de 18 personnes a levé en juillet 28,5 millions d’euros pour conforter son portefeuille. Elle vient de décrocher, avec l’un de ses extraits, un agrément de la FDA pour investir le marché américain. « Nous démontrons que nous pouvons combiner brevets et industrialisation jusqu’au produit fini » souligne Rémi Pradelles, directeur R&D de Microphyt, arguant que chaque espèce d’algue contient des centaines de molécules aux vertus potentielles en prévention santé. L’entreprise en exploite avec les laboratoires Expanscience.

A Nice, Inalve (14 personnes) a levé, elle, 3 millions d’euros principalement pour le secteur de l’alimentation animale. Avec le laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes) et l’INRIA, elle a défini un mode de sélection naturelle « darwinienne » de souches de micro-algues consistant à conserver les plus résistantes à des conditions de stress, telles de larges amplitudes thermiques. Selon les méthodes expérimentées, les hausses de productivité varieraient de 34 à 77% après 160 jours de culture dans un turbidostat. Inalve a conçu un pilote industriel. « La qualité obtenue permettra de diminuer les doses d’antibiotiques dans la nourriture des poissons d’élevage » indique Christophe Vasseur, son président.

En Nouvelle-Calédonie, les recherches conduites par le Technopôle Adecal avec l’Ifremer visent à bâtir une industrie à partir de l’utilisation de souches de micro-algues locales pour des applications cosmétiques (anti-vieillissement), santé (anti-bactérien, anti-inflammatoire…), agricoles (insecticide)… Une cinquantaine de souches a été sélectionnée et plusieurs molécules identifiées font l’objet de tests.

Technologies alternatives

Le workshop a permis aussi à SunOleo, société de Pertuis (Vaucluse), d’exposer les attraits de son photobioréacteur qui combine volumes et qualité de production à faible coût et surface réduite. Sa solution repose sur un bassin vertical équipé d’optiques jouant le rôle de « puits de lumière flottants », en partie immergés dans le milieu de culture. Elles diffusent la lumière jusqu’à 6 mètres de profondeur. Cette technologie a été éprouvée en laboratoire avec un équipement de 200 litres d’une capacité de 0,5 kg par mois. Elle débute des tests de performance sur un pilote de 5 m3 avec des LED embarquées dans chaque puits de lumière, pour atteindre 10 kg par mois. En 2020, l’entreprise prévoit un réacteur de 100 m3. SunOleo cible des industriels émettant du CO2, de la chaleur ou de l’eau (cimenteries, agroalimentaire, papier…).

Quant à la production de bioplastiques à partir d’algues vertes collectées sur des plages, Eranova travaille toujours à l’implantation d’un site-pilote d’extraction de l’amidon algal à Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône), mais elle doit préalablement boucler sa levée de fonds pour ce projet à 5,5 millions d’euros. « Les pouvoirs publics encouragent les initiatives en faveur des bioplastiques, notre solution est validée, mais les fonds d’investissements privés restent difficiles à convaincre » confie Philippe Michon, cofondateur. Pour Jean-Paul Cadoret, dirigeant de Greensea, pionnière du secteur (depuis 1988) à Mèze, et président d’EABA (European Algae Biomass Association) qui réunit 150 membres, « de plus en plus d’acteurs investissent ce marché, mais rares sont les sociétés qui réussissent à gagner de l’argent avec des algues. Le business model est encore très start-up ! ».

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