A Busan, le G20 n'a pas pu sauver les apparences

par Alan Wheatley

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BUSAN, Corée du Sud (Reuters) - On peut généralement compter sur des ministres des Finances pour présenter sous leur meilleur jour les événements affectant l'économie mondiale. A Busan, ce week-end, la réunion du G20 a fait exception.

Les deux journées de discussions entre les représentants du Groupe des Vingt pays industrialisés et émergents ont même été remarquables par la franchise des ministres sur l'ampleur de la crise de la dette en Europe ou l'impérative nécessité d'apaiser les marchés obligataires, qui ont contraint la Grèce à recourir à un plan extérieur de sauvetage et tournent aujourd'hui autour d'autres pays en difficulté.

"Il existe une inquiétude substantielle sur ce qui se passe en Europe et les risques qui y sont associés. Ceci se reflète non seulement dans le communiqué final mais aussi dans les discussions que nous avons eues", a résumé le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty.

Pendant des années, les marchés financiers vivaient dans l'attente des décisions du G7, le prédécesseur du G20 comme forum principal de politique économique mondiale. Ils cherchaient à déceler une possible intervention sur les devises ou d'autres initiatives.

Les rôles aujourd'hui sont inversés, du moins pour le moment. Et la réunion de Busan a tourné à l'avantage des marchés obligataires.

"Les pays confrontés à de graves défis budgétaires doivent accélérer le rythme de la consolidation", peut-on lire dans le principal passage de la déclaration finale adoptée samedi en Corée du Sud.

SUR LA DÉFENSIVE

Le sentiment que le G20 s'est retrouvé sur la défensive est renforcé par le fait que les ministres ont abandonné l'idée d'une taxe mondiale sur les banques, qui aurait financé de futures opérations de renflouement.

L'opposition du Canada, de l'Australie, de l'Inde ou encore du Brésil, qui n'ont pas frôlé eux de faillites bancaires contrairement aux Etats-Unis ou aux pays européens, a eu raison de ce projet.

Et le lobbying des banques semble avoir payé, puisque plusieurs ministres ont laissé entendre que la mise en œuvre de nouvelles règles encadrant les fonds propres des établissements bancaires serait inévitablement un long processus.

Le G20 a estimé samedi que les finances publiques devaient être ramenées sous contrôle d'une manière qui n'aille pas à l'encontre de la croissance et qui soit taillée sur mesures en fonction des situations spécifiques de chaque économie.

Lors de leur précédente réunion, il y a six semaines à peine, les ministres du G20 avaient également prescrit des stratégies personnalisées de retrait des mesures de soutien. Mais ils avaient alors souligné que les pays dont la croissance dépendait de ces mesures devraient les maintenir tant que la reprise ne serait pas davantage ancrée et fermement soutenue par le secteur privé.

A Busan, ils ont abandonné cette option. Leur communiqué mentionne à peine un engagement "à se tenir prêt à sauvegarder la reprise" et insiste sur les "défis significatifs" que pose la volatilité des marchés.

DISCUSSIONS VIVES

De l'aveu du vice-ministre sud-coréen des Finances, les discussions ont été très vives. "Ce fut chaud, très chaud", a dit Shin Je-yoon. Et l'une des raisons est à chercher dans la lettre adressée par le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, à ses homologues.

Il les met en garde, sur un ton franc, sur le risque qui menacerait la croissance mondiale si l'Europe, à commencer par l'Allemagne, de même que la Chine et le Japon ne soutenaient pas leur consommation intérieure alors que la demande des ménages américains devrait elle baisser sous l'effet de leur surendettement.

Les réactions obtenues par Geithner ne lui auront pas été d'un grand réconfort.

Naoto Kan, le nouveau Premier ministre japonais qui dévoilera la composition de son gouvernement mardi, passe pour un "conservateur budgétaire" et a laissé entendre qu'il pourrait augmenter la taxe sur la valeur ajoutée.

La Chine a réaffirmé elle sa position en matière de politique monétaire, et ne donne donc aucun signe d'un relèvement du yuan qui doperait le pouvoir d'achat des Chinois.

L'Allemagne enfin a fait un sort à l'opinion, partagée par le FMI, selon laquelle la croissance serait mise à mal à court terme si les économies riches réduisent leurs déficits budgétaires sans que les économies émergentes ne procèdent à des ajustements les rendant moins dépendantes de leurs exportations.

"Je n'ai pas pris de pincettes pour dire que je ne partage que très modérément la philosophie sous-jacente du FMI", a dit le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.

Du fait de la diversité des pays qui le composent, il n'est évidemment pas réaliste d'attendre que le G20 produise des solutions miracles. Mais il est difficile, même dans ce contexte, de présenter la réunion de Busan sous un jour favorable. Les ministres eux-mêmes ne s'y sont pas essayés.

avec Gernot Heller, David Lawder, Louise Egan et David Milliken, Henri-Pierre André pour le service français

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