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A Bruxelles, le lobbying sur les médicaments se frotte à la transparence

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Depuis trois ans, de nouvelles règles sont sensées brider l’influence des lobbyings pharmaceutiques. Mais il reste du chemin à parcourir. Enquête à la Commission européenne.

Institutions européennes à Bruxelles - Crédits : Guittet Pascal

Dans les interminables dédales de couloirs et de bâtiments de la Commission européenne, il est facile de se perdre. Certains n’ont pourtant pas de difficultés à se repérer. Les 176 lobbyistes employés par l’industrie pharmaceutique à Bruxelles connaissent bien le chemin. Trop, accusait récemment un rapport de l’association l’Observatoire de l’Europe industrielle (CEO), qui s’inquiète de leur influence sur les lois et des conséquences sur la santé publique.

"Nous n’avons pas d’accès préférentiel, et nous sommes une industrie très régulée. Le dialogue est nécessaire", réplique Richard Bergström, le patron du puissant syndicat européen de l’industrie pharmaceutique (EFPIA). Ce dernier a décroché, selon le CEO, 53 rendez-vous à la Commission européenne entre novembre 2014 et mars 2015. Il en relativise la portée. "La Commission nous utilise très souvent comme force de travail. Récemment, pour l’aider à mettre en place un système très complexe contre la contrefaçon des médicaments." 

A l’association européenne des fabricants de génériques, son directeur général Adrian van den Hoven estime important de se faire entendre sur ces "réglementations extrêmement techniques".

Un registre officiel pour les lobbyistes

Les institutions européennes ont néanmoins été accusées de ne pas mettre suffisamment de transparence dans leurs décisions. Elles ont été fragilisées par les scandales sanitaires comme le Mediator, qui ont mis en exergue le manque de communication et d’harmonisation en Europe lorsqu’un traitement posait problème.

Depuis 2012, les règles ont été renforcées. Depuis, les firmes ayant des relais à Bruxelles doivent s’inscrire dans un registre officiel lorsqu’elles rencontrent des députés ou fonctionnaires européens. Et publier leurs dépenses en lobbying. Montant déclaré l’an dernier par l’industrie pharmaceutique ? 40 millions d’euros.

Alors que ces informations sont sensées être publiques, les rassembler a été un parcours du combattant selon le CEO. "Nous n’avons pas essayé de cacher quoi que ce soit, se défend Richard Bergström. C’est vrai que le système de la Commission sur le lobbying devrait être amélioré".  Même s’il y a déjà trop de bureaucratie à ses yeux.  

Les industriels du générique appelés à la rescousse

Qu’en pense le patron de cette législation européenne harmonisée sur les médicaments ? "Notre politique est : écoutons, mais soyons très prudents car nous ne sommes pas sous influence", confie Martin Seychell, le directeur général adjoint pour la santé, à la Direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire de la Commission européenne (voir interview). Il assure se montrer proactif pour entendre les voix des représentants des patients… qui dépensent quinze fois moins que l’industrie en lobbying selon CEO.

Le rôle joué par l’industrie reste important. Ainsi, Adrian Van den Hoven peut être appelé à la rescousse lorsqu’un pays européen a un problème de budget à cause de médicaments trop onéreux. Grâce aux études qu’il fournit sur les bienfaits économiques apportés par ses produits, la Commission peut aider l’Etat en question à "stimuler la concurrence hors brevet, investir autrement grâce aux génériques et biosimilaires, explique-t-il. L’accès aux génériques a augmenté de 100% en dix ans en Europe!"

Quant à la transparence, elle avance pas à pas dans le système du médicament. Dès l’an prochain, l’industrie pharmaceutique européenne s’est engagée à publier ses liens financiers avec les médecins. Ce que la loi française impose depuis deux ans dans l’Hexagone.

Reste une autre problématique : la transparence sur les tests de médicaments menés sur l’homme, y compris ceux qui échouent. Les industriels conservaient jusqu’ici jalousement leurs données. Après d’intenses négociations, la Commission européenne a obtenu que soient publiées les informations générées par des essais cliniques portant sur des produits autorisés à partir de cette année.

Dès 2017, cela concernera des informations sur des médicaments déjà approuvés. En sont exclues les données personnelles, de localisation, commerciales ou jugées confidentielles. Restent à savoir ce qu’elles recouvrent…

Gaëlle Fleitour

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