A Bolbec, le laboratoire Servier veut profiter de la relocalisation de la chimie pharmaceutique

Pour maintenir l’emploi dans ses deux usines chimiques normandes et tirer parti de leur expertise, le laboratoire Servier les ouvre à la sous-traitance. Espérant convaincre des groupes pharmaceutiques du monde entier de lui confier la production de leurs principes actifs.

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A Bolbec, le laboratoire Servier veut profiter de la relocalisation de la chimie pharmaceutique

C’est une tendance encore difficilement quantifiable, mais qui se renforce. Lassés de rencontrer des ruptures d’approvisionnement sur les principes actifs, ingrédients phares de leurs médicaments dont la production était partie à 80% en Asie, de plus en plus de groupes pharmaceutiques la relocalisent en Europe. Une opportunité pour les acteurs de la chimie pharmaceutique, soit, en France, 81 entreprises pour un marché de 2,6 milliards d’euros, en stagnation l’an dernier à cause de la récession du marché hexagonal de la pharmacie.

Si ces acteurs sont principalement des PME ou ETI spécialisées, comme PCAS, Minakem et Axyntis, ils comptent encore dans leurs rangs les trois premiers laboratoires pharmaceutiques français. Sanofi, Servier et Pierre Fabre n’ayant pas voulu externaliser ce savoir-faire qu’ils jugeaient stratégique. Avec ses deux usines chimiques normandes de Bolbec (Seine-Maritime) et Baclair (Seine-Maritime), un ensemble de 800 salariés baptisé Oril, s’étendant sur 28 hectares à quelques kilomètres d’Etretat, Servier représente 10 % de l’effectif français de la chimie pharmaceutique.

Pallier aux ruptures de stock des médicaments

Alors qu’il se limitait jusqu’alors à fournir les neufs usines pharmaceutiques de Servier et celles de ses partenaires du monde entier, Oril s’apprête à connaître un changement d’ère, en s’ouvrant au compte de tiers. Une des mesures annoncées récemment par Olivier Laureau, le nouveau dirigeant de Servier depuis le décès du fondateur Jacques Servier il y a deux ans. Dans l’espoir d’éviter au groupe une restructuration, alors que ses concurrents n’ont pas pu y échapper en France et que lui-même a souffert l’an dernier. Plombé par les effets de change, alors qu’il réalise 75 % de son chiffre d'affaires à l’international, le laboratoire a vu ses ventes dégringoler de 4,8 % l’an dernier, atteignant 4 milliards d’euros, tandis que le résultat net était divisé par 4, à 77 millions.

En attendant le lancement de nouveaux médicaments innovants à partir de 2020, il compte donc sur Oril pour engendrer de nouveaux revenus en jouant le rôle de sous-traitant. "Notre objectif est de rester compétitif, de maintenir l’emploi et de pallier aux ruptures de stock de médicaments, ce qui devrait être la règle d’or dans le monde de la santé", estime Christian Sauveur, vice-président du groupe Servier en charge de l’industrie.

10 millions d’euros investis chaque année sur les sites normands

Sur ses sites agréés par les autorités sanitaires internationales et représentant 222 millions d’euros de chiffre d'affaires, sont produits chaque année 1 600 tonnes, dont 1 000 destinées au principe actif du Daflon. Un veinotonique phare car il représente 12 % du chiffre d'affaires de Servier. 10 millions d’euros sont injectés chaque année sur ces sites normands, soit un tiers de l’investissement industriel du groupe.

Petits réacteurs aux systèmes de pompage, innovations méthodologiques pour améliorer la purification, sondes pour optimiser l’étape critique de cristallisation… Dans les laboratoires de R&D industrielle, 150 salariés développent de nouvelles technologies et voies de synthèses chimiques qui permettront de transformer les matières premières (solvants, substances naturelles…) venues d’Europe et d’Asie en des molécules actives. Un véritable savoir-faire, chaque principe actif nécessitant trois à dix étapes de synthèse.

Oril s’est également doté de six isolateurs avec étuves et boîtes à gants, des équipements à 150 000 euros pièces permettant de laisser l’opérateur à l’extérieur lors de la production de molécules hautement actives, une des expertises du site. De quoi offrir aux futurs clients des garanties en termes de qualité, mais aussi de performances, selon Gwenaël Servant, adjoint au directeur des opérations industrie : "Parmi les 20 principes actifs que nous fabriquons ici, plusieurs sont produits pour moins chers que ceux fabriqués en Asie, grâce à nos innovations de procédés."

Chez Servier, on assure être déjà contacté par des laboratoires pharmaceutiques européens, américains voire chinois, obligés de se soumettre à de nouvelles exigences dans leur propre pays. Tous ces projets pourraient se concrétiser d’ici deux ans.

Gaëlle Fleitour

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